On a appris aujourd’hui que le gendarme qui, dans la nuit du 16 au 17 juillet dernier, avait tiré et tué un jeune gitan de 22 ans, Luigi Duquenet, passager d’une voiture qui aurait forcé un barrage routier, a été mis en examen par le juge d’instruction de Blois, Xavier Girieu, pour « coups et blessures volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner ».
On se souvient que cet incident dramatique avait provoqué la colère de tous les amis gitans de Luigi Duquenet qui avaient alors saccagé leur village de Saint Aignan ainsi que plusieurs bourgades du Loir-et-Cher.
Réagissant « à chaud », Nicolas Sarkozy avait aussitôt déclaré la guerre aux Roms.
Nombreux étaient ceux qui s’étaient indignés que le président de la République puisse ainsi désigner à la vindicte populaire toute une communauté, sous prétexte que quelques dizaines d’individus avaient eu une conduite, en effet, inadmissible. Le chef de l’Etat violait à la fois la loi qui interdit qu’on fasse la moindre discrimination raciale ou ethnique et les principes fondamentaux du droit français qui interdisent qu’on prononce des punitions collectives.
Plusieurs spécialistes firent, dans les jours suivants, remarquer que Luigi Duquenet et ses amis n’appartenaient pas à la communauté des Roms mais à celle des Gens du voyage, qu’ils n’étaient pas roumains mais français, depuis de nombreuses générations, et qu’ils étaient depuis longtemps sédentarisés dans ce petit village de Saint Aignan où ils avaient d’ailleurs leurs places dans le petit cimetière local.
Sarkozy avait donc « tout faux » dans cette affaire. Voulant, comme à son habitude, sauter sur la moindre occasion, le moindre prétexte, le moindre fait divers pour ressortir de sa manche son arme favorite de la lutte contre l’insécurité, il s’était pris les deux pieds dans le tapis, en dérapant dans le xénophobie et en confondant Roms et Gens du voyage.
L’Elysée a, bien sûr, voulu nous faire croire que Luigi Duquenet avait forcé un barrage (mais ce n’était pas lui qui conduisait la voiture), qu’il s’agissait d’un repris de justice en fuite (il était, en effet, recherché pour un vol de… 20 €) et qu’il avait tenté d’écraser le gendarme-tireur qui se trouvait donc en état de légitime défense.
L’enquête révélera, peut-être, un jour les circonstances exactes du drame. La voiture a-t-elle vraiment forcé le barrage ? A-t-elle vraiment foncé sur le gendarme ? Mais en mettant en examen le gendarme pour « coups et blessures volontaires ayant entraîné la mort », le juge d’instruction de Blois qui connaît le dossier ne semble guère croire à la légitime défense du gendarme, même s’il a ouvert parallèlement une enquête pour savoir si le gendarme avait été menacé.
Quoi qu’il en soit, le vrai coupable pour l’instant c’est Sarkozy. Il a dégainé trop vite et a tiré à coté.
Un chef de l’Etat n’a pas à réagir et à prendre des mesures générales au moindre incident, même si celui-ci a fait, pendant quelques jours, la « une » de l’actualité et scandalisé ou ému l’opinion.
Bel exemple de ce que ceux qui sont devenus des « sarkophobes » reprochent au président de la République.

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