On comprend maintenant pourquoi, Fillon mis à part, le gouvernement, hésite à parler de « rigueur » et se refuse à prononcer le mot d’« austérité ».
René Dosière, le député de l’Aisne qui adore fourrer son nez dans tous les comptes un peu secrets de la République, vient de révéler les salaires des 114 principaux collaborateurs (sa liste est donc loin d’être exhaustive) de nos 38 ministres et secrétaires d’Etats.
Le moins qu’on puisse dire est que ces hommes de l’ombre, ces hommes de paille, voire ces hommes de main ne s’ennuient pas, ne se privent de rien et que si leurs patrons sont les premiers à demander aux Français de faire des sacrifices, vu la situation que connaît actuellement le pays, eux-mêmes ne semblent pas avoir l’intention de se serrer la ceinture.
Les trois principaux collaborateurs de François Fillon à Matignon touchent, chacun, 14.086 € par mois. On a envie de leur demander si çà ne les gêne pas et s’ils ont la moindre idée du montant actuel du Smic.
Mais ils pourront toujours nous répondre que les trois principaux collaborateurs de François Baroin à Bercy touchent, eux, chacun, 15.117 € par mois. Il est vrai qu’étant au Budget, on ne voit pas pourquoi ils ne seraient pas les premiers à se servir copieusement. Ce sont eux qui touchent le plus. Nettement plus que ceux qui sont chez Christine Lagarde, aux Finances, qui doivent se contenter de 13.948 € par mois. Les plus mal lotis sont les collaborateurs d’un certain Henri de Raincourt qu’on dit être le ministre chargé des Relations avec le Parlement. Une misère pour eux : 8.183 € par mois.
Rappelons pour mémoire que les trois principaux collaborateurs de Nicolas Sarkozy à l’Elysée touchent, eux, en moyenne 16.479 € par mois. Mais, il est vrai que çà ne doit pas être de tout repos que d’avoir, chaque jour, à trouver un gadget nouveau pour le président et de devoir subir, tous les soirs, ses colères à la lecture des sondages d’opinion.
On ne sait pas très bien à quoi servent les collaborateurs des ministres. Ils écrivent les discours, suivent les dossiers, tiennent les agendas, préparent les séances de questions orales à l’Assemblée, éloignent les raseurs, bichonnent la presse et font des ronds de jambe. Ils sont, sans aucun doute, indispensables, certains connaissant d’ailleurs infiniment mieux les dossiers et le fonctionnement de l’administration que leur patron.
Il semble qu’on ait depuis longtemps totalement oublié qu’en principe un ministre avait, pour l’assister dans son travail, sa propre administration, avec une flopée de directeurs de ceci et de sous-directeurs de cela. La prolifération des cabinets qui sont forcément des cabinets plus ou moins noirs est quelque chose de profondément malsain. Mais les ministres ayant été dépossédés de tout pouvoir par le cabinet de l’Elysée, on comprend presque qu’ils se réfugient derrière leurs propres cabinets.
La France est maintenant une république dirigée par le cabinet du prince et les cabinets des sous-fifres. Ce n’est pas très démocratique.
On nous avait juré de réduire le nombre de ces collaborateurs, ce qui n’a, bien sûr, pas été fait et on nous avait affirmé que l’Etat allait diminuer très sérieusement ses frais de fonctionnement. Est-il besoin de préciser que tous ces principaux collaborateurs bénéficient aussi, en plus, d’une voiture avec chauffeur, d’un abondant secrétariat, de bureaux somptueux et de menues friandises diverses.
On se souvient qu’en pleine crise, il y a quelques mois, certains gouvernements européens avaient annoncé publiquement que les ministres diminuaient d’eux-mêmes leurs salaires. Quand on avait demandé à nos ministres s’ils comptaient en faire autant, ils avaient eu un haut-le-cœur et nous avaient répliqué qu’ils se refusaient à sombrer dans ce genre de démagogie.
Est-ce faire du populisme de bas étage que de trouver qu’un salaire mensuel de 15.117 € pour un collaborateur du ministre du Budget c’est purement et simplement scandaleux ?

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