Mais que leur prend-il donc ? Depuis quelques jours, un certain nombre de gouvernements affolent leurs populations en affirmant qu’ils sont en possession d’informations laissant redouter que des terroristes (qu’on suppose islamistes) seraient sur le point de commettre de nouveaux attentats dans certaines capitales européennes.
Ca a commencé avec un responsable français de la sécurité qui n’a pas hésité à parler de « menaces réelles », puis Brice Hortefeux en a, naturellement, rajouté. Du coup, quelques dingues se sont mis à téléphoner à la police pour annoncer qu’ils avaient déposé ou aperçu des bombes au pied de la Tour Eiffel, à la gare Saint Lazare ou ailleurs.
Mais le gouvernement britannique s’est mis lui aussi à évoquer des « menaces sérieuses ». Et maintenant c’est Washington et Tokyo qui demandent à leurs ressortissants en voyage en Europe d’être « particulièrement vigilants ».
On ne comprend pas l’utilité de telles mises en garde.
De deux choses l’une : ou les gouvernements occidentaux ont réellement des informations sur ce que fomentent les terroristes et alors il est aussi inutile de leur faire savoir que nos services secrets sont sur leurs traces que d’inquiéter une population qui ne peut rien faire. Que veut dire, en effet, pour le citoyen lambda « être vigilant » ? Ne plus prendre de transports en commun ? Ne plus s’approcher des points stratégiques ? Et il est évidemment absurde de demander à la population de signaler tout paquet suspect, voire tout visage un peu basané qui aurait un regard torve.
Ou alors les gouvernements en question n’ont aucune information sérieuse. Là, on comprendrait mieux. L’idée étant partie de Paris, on pourrait imaginer qu’après « le flop » de l’opération anti-Roms et « le bide » de l’opération déchéance de la nationalité, une âme damnée élyséenne se soit dit qu’il fallait encore monter d’un cran dans le registre de l’insécurité pour avoir l’air sérieux.
La peur des Roms et la peur des naturalisés (de fraîche date et tuant des policiers) n’ayant pas suffi à ranimer le sarkozisme populaire, on pouvait espérer qu’agiter la peur des terroristes s’étant déjà attaqué à New York, à Londres et à Madrid allait tout de même avoir quelques effets. Comme si face aux poseurs de bombes d’Al Qaïda, Sarkozy faisait plus sérieux que Martine Aubry ou DSK…
L’idée étant séduisante à première vue, les autres capitales l’auraient alors reprise.
En fait, l’idée est absurde. Le rôle des gouvernements est de rassurer, pas d’affoler.
Si les renseignements de nos « services » sont exacts et s’il y a un attentat, les citoyens lambda et autres pourront reprocher à leurs gouvernements de n’avoir pas su prendre les mesures qui s’imposaient alors qu’ils étaient pourtant au courant des menaces.
Si, comme on veut l’espérer, il ne s’agit que d’une opération de manipulation de l’opinion et qu’il ne se passe strictement rien, tout le monde ironisera sur des gouvernements qui se seront, une fois de plus discrédités.
Qu’il y ait des loups ou qu’il n’y en ait pas, il ne faut jamais crier « au loup ! »
L’opinion publique française n’a, d’ailleurs, pas l’air de s’émouvoir des propos inquiétants de nos responsables. A croire que, désormais, qu’ils annoncent des jours meilleurs ou l’apocalypse, plus personne ne prête la moindre attention à ce qu’ils peuvent dire.

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