Hervé Morin vient d’annoncer que la France commencerait à retirer ses troupes d’Afghanistan « dès l’année prochaine ». Enfin, et bravo !
Malheureusement, cet imbécile a annoncé cette sage décision quelques heures après que Ben Laden avait lancé un ultimatum à la France, la menaçant des pires catastrophes si elle ne retirait pas ses troupes d’Afghanistan.
Naturellement, l’imbécile en question a tenu à préciser que l’annonce qu’il faisait de ce retrait n’avait « strictement aucun rapport » avec le nouveau chantage de Ben Laden.
Que notre ministre de la Défense prenne les Français pour « des cons », on le sait. Il l’a clairement déclaré l’autre jour. Et on peut ajouter qu’ils le lui rendent bien. Mais il a tort d’en faire autant avec le milliard de musulmans qui peuple la planète.
Il est évident qu’à travers tout le monde arabo-musulman, cette déclaration du ministre français, suivant immédiatement les menaces du patron d’al Qaïda, va être interprétée comme une superbe victoire de Ben Laden et comme une capitulation pitoyable de Paris.
Chacun se souvient encore des récentes déclarations péremptoires et bien ridicules de Sarkozy proclamant que nos soldats resteraient en Afghanistan « le temps qu’il faudrait », jusqu’à « l’éradication des terroristes islamistes » et « le retour d’une vie démocratique » dans ce beau pays (qui n’a jamais connu la moindre vie démocratique). On en rit encore dans les grottes montagneuses des zones tribales de la frontière pakistano-afghane.
La seule excuse qu’on pourrait trouver à cette stupéfiante maladresse d’Hervé Morin serait que l’annonce officielle de ce retrait soit une des conditions imposées par les preneurs d’otages pour la libération des deux journalistes français prisonniers depuis plus de 300 jours dans les montagnes afghanes. Voire même, aussi, pour la libération des cinq Français enlevés au Niger par la filiale maghrébine d’Al Qaïda que Ben Laden a évoqués avec insistance.
Cela dit, il est évident, depuis des années, que nous n’avons strictement rien à faire en Afghanistan. Cinquante soldats français y ont déjà été tués, pour rien.
D’abord, parce que cette guerre ne nous concerne pas, ensuite parce qu’elle est évidemment perdue d’avance.
Elle ne nous concerne pas car, contrairement à ce qu’a répété vingt fois Sarkozy, ce n’est pas en envoyant à la mort nos soldats dans les montagnes afghanes qu’on pourra vaincre le terrorisme islamiste. Les « fous d’Allah » sont partout. En Afghanistan mais aussi en Irak, en Iran, au Liban, en Egypte, au Maghreb, dans les républiques musulmanes d’Asie centrale, au Yémen, au Soudan, en Afrique noire, aux Philippines, en Indonésie, partout et jusque dans les banlieues des grandes métropoles occidentales.
Contrairement à ce qu’a aussi affirmé Sarkozy nous n’avons pas à imposer, par la force, la démocratie à ce pays, ni même nos mœurs. Divisé par ses montagnes, ses ethnies, ses langues et ses haines ancestrales, l’Afghanistan ne peut (et ne veut) vivre qu’avec un système tribal dans lequel le mot « élection » signifie allégeance au petit chef local. On n’impose pas la démocratie à un pays qui n’en veut pas.
Quant au fameux voile intégral que portent les femmes afghanes, Sarkozy ignore sans doute qu’il n’a pas été imposé par les Talibans mais qu’il est porté en Afghanistan depuis des siècles. L’Occident n’a d’ailleurs pas à imposer, à coups de canon, ses modes vestimentaires, même si elles lui semblent plus seyantes, au reste de la planète.
Cette guerre est perdue d’avance. Depuis bientôt dix ans, des dizaines de milliers de soldats occidentaux, armés des matériels les plus sophistiqués, avec chars, avions, hélicoptères, radars etc. recherchent Ben Laden et ne l’ont toujours pas trouvé. Pire encore, les Talibans qui ne contrôlaient pas tout le pays, loin s’en faut, quand ils étaient au pouvoir à Kaboul sont maintenant les maîtres absolus des deux tiers du pays.
Pourquoi ? Tout simplement parce que, comme chaque fois qu’elles ont été attaquées par des étrangers -les Britanniques avant-hier, les Soviétiques hier, la coalition occidentale aujourd’hui- toutes ces ethnies, toutes ces tribus qui se détestent entre elles ont eu un réflexe national qui les a poussées à se retrouver pour bouter hors du pays l’envahisseur étranger et, de plus, infidèle. Comme les britanniques au XIXème et les Soviétiques au siècle dernier, nous avons réussi à créer l’union sacrée (contre nous) de tous ces peuples de guerriers, indélogeables dans leurs montagnes et incompréhensibles avec leurs traditions où se mêlent le goût des combats, l’Islam le plus rigoureux, une farouche volonté d’indépendance, les coutumes tribales, la pire des corruptions et le traditionnel trafic de la drogue.
Il faut, en effet, s’en aller au plus tôt, laisser les Pachtouns et les autres se débrouiller avec les Talibans (ils recommenceront alors à s’entretuer), admettre que l’Afghanistan est le pays de tribus et des femmes voilées (comme tous les pays du Golf et de plus en plus de pays musulmans) et, au lieu d’aller faire là-bas une guerre perdue d’avance, prendre les mesures qui s’imposent pour que les gens de là-bas ne nous fassent pas la guerre chez nous.
Les menaces de Ben Laden sont évidemment à prendre au sérieux. Et si nous avons été incapables de le prendre mort ou vif, il est, lui, parfaitement capable de faire déposer une bombe en plein Paris.

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