La décision de Michael O’Leary est parfaitement normale, compréhensible et on aimerait qu’elle soit méditée par bien des gens de ce pays, notamment par les syndicalistes.
Le patron de la compagnie aérienne irlandaise à bas prix Ryanair vient de décider de plier bagages, de fermer la seule base qu’il avait en France, à Marseille, et d’aller s’installer ailleurs, à Barcelone ou à Milan.
Pourquoi ? Tout simplement parce qu’il en a assez de la France, de sa législation et de ses syndicats et qu’il estime qu’on ne peut plus travailler sérieusement dans notre beau pays.
Il faut dire qu’il a été mis en examen par le tribunal d’Aix-en-Provence pour « travail dissimulé » à la suite d’une plainte déposée par plusieurs syndicats, parmi lesquels le puissant Syndicat National des Pilotes de Ligne.
O’Leary n’est pas un négrier qui exploiterait son personnel de manière scandaleuse. Il fait partie de ces patrons audacieux qui ont su innover et qui ont pu, par une gestion sans aucun doute rigoureuse, casser les prix que pratiquaient les grandes compagnies aériennes qui avaient, pendant des années, bénéficié de véritables monopoles de fait. Du coup, on pourrait presque le considérer comme un « progressiste » puisque, avec quelques autres, il a ouvert le voyage aérien à bien des gens pour lesquels il était inaccessible.
Sa compagnie étant irlandaise, les deux cents salariés qu’il avait à Marseille étaient soumis à la législation du travail irlandaise. Logique et parfaitement légal en vertu de la réglementation européenne pour « les travailleurs mobiles des transports ». On sait qu’en principe les textes européens l’emportent sur les textes français.
Mais nos syndicats et notamment celui des pilotes de ligne (qui ne sont pas les plus à plaindre de nos salariés) ne l’ont pas entendu de cette oreille et ont traîné Ryanair en justice pour tenter de lui imposer les règles de la législation française du travail.
Rien ne dit que la justice leur aurait donné raison. Mais O’Leary, excédé par des années de lutte quotidienne contre les persécutions de nos textes et de nos syndicats, le tout dans l’atmosphère délétère de l’économie marseillaise, a piqué un coup de sang et a brusquement décidé d’abandonner la France à ses propres malheurs.
Outre ses deux cents salariés qui seront « délocalisés » à Barcelone ou à Milan, Arynair avait, en quatre ans de présence à Marseille, créé 1.000 emplois directs ou indirects et permis 550 millions de retombées économiques en étant devenu la deuxième compagnie aérienne du port phocéen.
Jean-Claude Gaudin, le sénateur-maire de Marseille, a été le premier à déplorer cette « catastrophe » pour l’économie (et pour l’image) de sa ville en en faisant porter l’entière responsabilité sur l’inconscience des syndicats.
Des dizaines de bateaux attendent actuellement au large de Marseille la fin de la grève des dockers et cela fait des années que la CGT (qui a le monopole d’embauche chez les dockers) fait crever à petit feu le port de Marseille à coups de grèves à répétition et d’exigences insupportables, à la plus grande satisfaction, bien sûr, des ports italiens et espagnols. La pénurie d’essence commence à se faire sentir dans tout le Midi en raison de la grève des raffineries et l’économie de toute la région est au bord de la paralysie.

On comprend parfaitement le coup de sang d’O’Leary. Il est dommage que les syndicats n’aient toujours pas compris que les avions et les bateaux pouvaient parfaitement aller dans d’autres aéroports et d’autres ports que les aéroports et les ports français. Et qu’ils n’aient pas compris non plus, d’ailleurs, pourquoi, plus généralement, les entreprises se délocalisaient.

On se demande parfois ce qu’on fait encore en France. O’Leary ne se le demande plus, il part.

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