On nous dit que Nicolas Sarkozy pourrait s’adresser au pays mercredi ou jeudi pour tirer les conclusions de l’affaire de la réforme des retraites et « tourner la page ».
On veut espérer que, contrairement à ses habitudes, le président ne va pas trop pratiquer le triomphalisme. Certes, il pourra toujours se vanter d’avoir fait une réforme (indispensable) qu’aucun de ses prédécesseurs n’avait osé mener à son terme (on a oublié les réformettes Balladur et Fillon). Mais, d’une part, tout le monde sait que cette réforme est insuffisante et qu’il faudra rouvrir le chantier avant longtemps et, d’autre part et surtout, on ne pas peut dire que la chose ait été menée de main de maître.
Il est évident qu’il aurait fallu lancer cette réforme (comme celle de la fiscalité, plus ou moins promise pour l’année prochaine) dès le début du quinquennat, avant que Sarkozy ne sombre dans tous les sondages. Mais il est vrai que Sarkozy s’était bêtement engagé, pendant sa campagne, à ne pas toucher aux 60 ans.
Il est d’ailleurs évident qu’il était maladroit de s’attaquer à ce mythe des 60 ans. Il aurait suffi d’augmenter, avec une certaine hypocrisie, le nombre d’années de cotisation nécessaires pour avoir une retraite à taux plein et le tour était joué.
Il est évident qu’il aurait fallu prendre mieux en compte la « pénibilité » (ne pas la confondre avec l’« invalidité »), le cas des carrières longues et des carrières interrompues. On aurait ainsi donné un os à ronger aux syndicats.
Il est évident enfin qu’il aurait fallu virer Eric Woerth aux premiers jours du scandale qui allait le discréditer totalement aussi bien aux yeux de ses interlocuteurs syndicalistes qu’aux yeux des Français et lui interdire de porter cette réforme difficile.
Et ajoutons que le fait d’avoir annoncé, avant l’été, un grand remaniement ministériel tétanisait totalement le gouvernement, désormais en sursis, et le rendait inaudible pour faire face à l’opposition prévisible à ce texte.
Tout cela fait tout de même beaucoup d’erreurs qui prouvent que Sarkozy est, sans doute, beaucoup moins habile qu’il ne le croit et qui font qu’il ne va pas pouvoir se targuer de cette réforme autant qu’il l’aurait voulu.
Les quelques millions de manifestants qui, à six reprises, sont descendus dans les rues pour hurler leur colère lui ont quelque peu gâché sa réforme et sans doute son plaisir.
Mais il va évidemment nous dire que cette réforme s’imposait, qu’elle est parfaitement équitable, qu’elle a été adoptée par le Parlement, que les pays voisins ont fait « bien pire » et que ce n’est ni la rue ni même les sondages qui font la loi dans une démocratie, ce en quoi il aura parfaitement raison, même si certains pourraient lui faire remarquer qu’il arrive que la rue et les sondages fassent les élections.
Va-t-il en profiter pour nous annoncer son nouveau gouvernement ? C’était prévu pour « après l’adoption de la réforme des retraites ». Nous y sommes. Cela permettrait, en effet, de mieux tourner la page des retraites. Et les Français en ont sûrement assez de toutes ces spéculations du microcosme politique qui, depuis des mois maintenant, fait défiler à Matignon Borloo, Alliot-Marie, Chatel, Baroin, Hortefeux, Guéant et… Fillon.
Le choix d’un premier ministre est une chose importante même si Sarkozy a instauré, sans nous le dire, une VIème République avec un système présidentiel qui a transformé Matignon en vulgaires communs de l’Elysée. Il est très malsain que ce choix soit devenu une sorte de loto et que, pour connaître le vainqueur, on ait ainsi à attendre, pendant des mois, le nom de celui que le bon plaisir du souverain aura choisi parmi tous ses courtisans.
Il ne serait d’ailleurs pas très judicieux de sortir le nom de l’heureux élu alors que les manifestations anti-réforme des retraites ne sont pas encore terminées.
Il va, plus certainement, nous parler des mois à venir. Mais, là encore, il est imprévisible. Non pas par habileté mais tout simplement parce que, visiblement, il ne sait pas lui-même sur quel pied danser. Il nous a dit, avec le même sérieux, qu’il ferait « une pause dans les réformes en 2011 » et… qu’il poursuivrait sans relâche « les réformes jusqu’à la fin du quinquennat », en évoquant la dépendance et la fiscalité
Pour l’instant, les manants que nous sommes attendent la parole du maître tout en jugeant l’attitude du souverain pendant ces quelques semaines de turbulences. Certains lui sauront gré d’avoir fait preuve de fermeté. Mais d’autres, sans doute plus nombreux, lui reprocheront de n’avoir pas su faire passer cette réforme « en douceur » et d’avoir provoqué un tel tohu-bohu.
Le rôle d’un chef d’Etat n’est pas de prendre bille en tête ses adversaires pour tenter de regrouper ses partisans. C’est d’avancer prudemment en essayant de rassembler.

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