Qu’on le veuille ou non, les sondages ont leur importance. D’abord, parce qu’ils révèlent l’ambiance du pays à un jour J, ensuite et surtout, parce qu’ils ont un effet boule de neige. Ils ouvrent les yeux, ils délient les langues, ils entraînent les hésitants. Dans un sens comme dans l’autre.
Dominique Strauss-Kahn, absent et silencieux depuis des mois, ne serait pas devenu l’homme politique le plus populaire de France si les Français n’avaient pas vu sa cote de popularité grimper régulièrement. Du coup, on a de plus en plus parlé de lui, on lui a trouvé toutes les qualités et certains qui ne savaient rien de lui ont rallié le camp des strauss-kahniens. On est toujours attiré vers celui qui paraît l’emporter.
C’est, semble-t-il, la même chose, en sens inverse, pour Nicolas Sarkozy qui, lui, poursuit inexorablement sa descente aux enfers. A force de le voir rejeté par de plus en plus de monde, certains hésitants ont fini par ne plus vouloir de lui.
Dans le sondage SOFRES que va publier le Figaro-Magazine, il bat tous ses records d’impopularité. 72% des Français ne lui font pas ou plus confiance et ils ne sont plus que 26% à lui faire confiance. La chute s’accélère puisqu’en un mois il a perdu 5 points.
Son coup de barre « à droite toute », avec son discours désastreux de Grenoble, l’histoire de la déchéance de nationalité et l’affaire des Roms, ne lui a servi à rien. Il n’a rien gagné à l’extrême droite et il a perdu des voix au centre. Il ne pourra plus jamais séduire les électeurs du Front national qu’il a bernés en 2007 et il s’est irrémédiablement aliéné l’électorat centriste attaché à certaines valeurs humanistes.
On aurait pu imaginer que sa réforme des retraites plairait à des électeurs de droite qui se disent « réalistes ». Elle a été polluée par l’affaire Woerth et il aurait, sans doute, fallu insister davantage sur l’allongement des années de cotisation (sur lequel tout le monde était plus ou moins d’accord) plutôt que sur l’âge légal des 62 ans.
Sarkozy ne semble pas avoir compris que la fameuse crise dont nous ne sommes toujours pas sortis a remis en cause bien des certitudes. Tous ceux qui fustigeaient le système français, l’Etat-providence, ont compris que c’était grâce à cette exception française que nous avions subi la crise plutôt moins mal que beaucoup d’autres pays. Tous ceux qui, pour les retraites, se faisaient les avocats du système par capitalisation et dénonçaient notre système de répartition ont vu ce qui s’était passé aux Etats-Unis avec la crise financière. La « rupture » espérée par une majorité de Français, promise (puis oubliée) par Sarkozy n’est plus à l’ordre du jour.
Sur quel thème Sarkozy pourrait-il rebondir ?
En juin 2007, au lendemain de son élection, Sarkozy avait la confiance de 63% des Français. Un « état de grâce » qui aurait pu lui permettre de faire toutes les réformes indispensables (réforme de la fiscalité, des institutions, du système de protection sociale, de la justice, du lycée, etc.). Il a perdu son temps avec des gadgets et gâcher son « état de grâce » avec ses « galipettes et cabrioles ». Dès décembre 2007, sa cote de popularité entrait dans le rouge.
Hier, nous évoquions les subtilités entre « la sarkophobie » et « l’antisarkozisme ». Les « sarkophobes » reprochant à Sarkozy son personnage, les « antisarkozistes » lui reprochant sa politique. On peut, naturellement, être les deux à la fois. Mais si on étudie la dégringolade de Sarkozy dans tous les sondages depuis ces trente-trois derniers mois, on s’aperçoit que c’est bien davantage « la sarkophobie » que « l’antisarkozisme » qui a coûté cher au président. Les Français lui reprochent d’être… ce qu’il est.
A maintes reprises, il nous a affirmé et répété sur tous les tons qu’il allait changer, qu’il avait changé. Promesse en l’air (une de plus) qu’il ne pouvait d’ailleurs pas respecter. Il est comme il est et c’est bien ce que les Français ne lui pardonnent pas.
Il est convaincu qu’il lui reste encore deux cartouches à tirer. Le remaniement ministériel et sa présidence du G20. Mais ces deux cartouches sont mouillées.
Ce n’est ni Borloo, ni Alliot-Marie, ni Baroin, ni Copé, ni même Guéant qui pourront transformer des « sarkophobes » en « sarkophiles ». Quoi qu’il puisse imaginer pour son petit jeu des chaises musicales, on lui reprochera soit d’avoir capitulé devant ses grincheux soit de n’avoir même pas entendu les grondements de sa majorité fissurée.
Quant au G20, il s’annonce bien mal. En effectuant son virage à droite, Sarkozy s’est mis au ban de la société des nations. Comment pourra-t-il plaider pour une taxe sur les transferts de capitaux afin de lutter contre la pauvreté dans le monde alors qu’il est montré du doigt parce qu’il fait la chasse aux Roms miséreux ? Comment pourra-t-il réclamer une moralisation de la vie économique mondiale alors que le monde entier a suivi jour après jour l’affaire Woerth ?
L’échéance de 2012 se rapproche de mois en mois et on a l’impression qu’à ce compte à rebours fatidique correspond la dégringolade présidentielle dans les sondages. 20 mois, 19 mois, 18 mois avant le scrutin, 30%, 26%, 24% d’opinions favorables.
La boule de neige grossit, grossit.

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