La publication du brouillon des lois antijuives de 1940 qui serait annoté de la main même de Philippe Pétain a rouvert un éternel débat.
D’abord, il y a ceux qui en ont assez que soixante-dix ans après les faits, on ressasse indéfiniment les pages les plus noires de notre histoire. Ils ont tort.
Les historiens font leur travail. Ils débattent toujours de l’emplacement exact de la bataille d’Alésia. Il est normal qu’ils continuent à fouiller les archives pour tenter de cerner au plus près ce que fut l’attitude de chacun après le désastre de 40.
Ajoutons que le combat qui a opposé collaborateurs et résistants est toujours d’actualité. Il y a toujours eu et il y aura toujours ceux qui préfèrent l’ordre à l’honneur et ceux qui préfèrent les grands principes à la discipline.
Il était évidemment excessif -donc ridicule et même inadmissible- de comparer les mesures annoncées par Sarkozy et Hortefeux contre les Roms au sort fait aux Juifs par le gouvernement de Vichy. Pour une fois, le triste Lellouche a eu raison. Roissy n’est pas Drancy.
Mais, sur le fond, dès l’instant où on fustige une communauté, qu’on la considère comme coupable de tous les maux et qu’on la désigne à la vindicte populaire, on bascule du mauvais coté. On commence par dire « coupables parce que Juifs », « coupables parce que Roms » et l’étape suivante c’est de leur imposer le port d’une étoile, quelle que soit sa couleur.
Il est donc utile de rappeler ces « dérapages » (et le mot est faible) de l’Histoire et de se souvenir que bien rares furent ceux qui, à l’automne 40, s’indignèrent de ces premières lois antijuives.
Ensuite, il y a ceux qui s’étonnent qu’on puisse encore se demander si Pétain était antisémite. On sait que les derniers pétainistes –de moins en moins nombreux- continuent à affirmer que le Maréchal était gâteux et qu’après avoir fait « le don de sa personne à la France » il n’avait plus été qu’une marionnette entre les mains d’un entourage redoutable qui rêvait d’un ordre nouveau imposé, sous la botte nazie, grâce à une révolution nationale.
Certes, Pétain était un vieillard de 84 ans en 40, mais les quatre années qu’il a passées comme chef de l’Etat français ont démontré qu’il avait encore toute sa lucidité et que la défaite lui avait enfin permis de réaliser un vieux rêve qu’il caressait depuis des années. Le vainqueur de Verdun qui avait eu 38 ans lors de l’affaire Dreyfus avait toujours été antisémite.
La découverte du brouillon du projet de loi annoté de sa main (si tant est que les experts en graphologie certifient son écriture) confirme son antisémitisme mais ne révèle rien.
Le plus curieux dans cette affaire d’aujourd’hui c’est la fabuleuse inculture de certains commentateurs.
Hier soir, au cours de la (très mauvaise) émission de Giesbert sur la 2, on a pu entendre une péronnelle affirmer que « les gaullistes avaient toujours voulu épargner Pétain en racontant qu’il était le bouclier et que de Gaulle était la glaive ». Personne n’a relevé l’absurdité de cette affirmation.
L’histoire du bouclier et du glaive fut, pendant les années de l’occupation, la thèse ou plutôt l’hypothèse de ceux qui ne pouvaient pas croire que le vainqueur de Verdun était devenu un traître. Cette hypothèse qui permettait, évidemment, d’avoir bonne conscience et de se cantonner à faire un peu marché noir ne tenait, bien sûr, pas debout. Jamais aucun gaulliste n’avait sorti une telle contre-évidence et certains ont même reproché au Général d’avoir gracié Pétain après sa condamnation à mort, au lendemain de la Libération.
Mais qu’une chroniqueuse d’une grande chaîne de télévision nous raconte froidement que les gaullistes ont toujours épargné Pétain sans que personne sur le plateau ne la mouche révèle une fois de plus l’abominable inculture de nos guignols de la petite lucarne.

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