La situation politique de notre pays est totalement surréaliste.
Nous avons un premier ministre qui, convaincu qu’il va devoir quitter Matignon très prochainement, feuillette vraisemblablement les catalogues des agences de voyages pour choisir la destination où il va aller prendre quelques jours de repos (bien mérités). Un numéro deux du gouvernement qui, convaincu, lui, qu’il va être nommé premier ministre, va chez son coiffeur et chez son tailleur pour être plus présentable. La moitié du gouvernement, résignée à perdre voitures avec chauffeur et appartements de fonction mais qui n’est pas fâchée de quitter la galère à la dérive. L’autre moitié du gouvernement qui, comme des caniches de cirque, fait le beau en multipliant les déclarations d’allégeance envers celui qui semble désormais le favori. Tout cela est profondément malsain et dure maintenant depuis des mois.
Et puis, dans son palais doré, le souverain, en compagnie de ses âmes damnées préférées, s’amuse à faire, à défaire et à refaire le « casting » pour le nouveau spectacle qu’il prépare.
On a déjà une idée de la nouvelle pièce. Après « A droite toute » qui n’a eu aucun succès et « Droit dans mes bottes » qui a été copieusement sifflée par les spectateurs, on va nous jouer « Dialoguons, dialoguons ! »
De quoi va-t-on dialoguer ? De la dépendance, comme annoncé ? Non, tout le monde s’en fout. De la fiscalité, comme promis ? Non, c’est un sujet un peu épineux. On va dialoguer du travail des jeunes et du travail des vieux. Autant dire du chômage catastrophique des uns et des autres.
On nous dit que, contrairement à ce que pensent les braves gens, plus il y a de chômage des vieux plus il y a de chômage des jeunes. C’est parfaitement vrai. Ce qu’on oublie de nous dire c’est que, tant qu’il y aura du chômage toutes catégories confondues, les jeunes et les vieux en seront inévitablement les premières victimes.
Il ne faut jouer ni les « nounous » avec les jeunes ni les assistantes sociales avec les vieux. Il faut, tout simplement et avant tout, permettre aux entreprises, grandes, moyennes et petites, de se développer, d’innover, de redevenir concurrentielles, de retrouver des clients, à l’exportation comme à l’intérieur, pour qu’elles puissent embaucher les jeunes et les moins jeunes et arrêter de licencier les vieux et les moins vieux.
On va donc dialoguer pour se donner bonne conscience en se gardant bien d’entrer dans le vif du sujet qui n’est autre que le système français dans son ensemble qui paralyse notre économie avec ses charges écrasantes et sa législation paralysante.
Aucun doute que pour ce genre de mise en scène, Jean-Louis Borloo serait parfait. On se souvient du brio avec lequel qu’il avait animé des spectacles sur « la cohésion sociale », « la politique de la ville » ou « l’écologie ». Ses numéros de charme (et de claquettes) avaient été applaudis… avant de tomber dans l’oubli le plus total et après nous avoir coûté des fortunes.
Mais en retardant indéfiniment la nomination de sa nouvelle équipe, Nicolas Sarkozy n’a pas compris qu’il commettait une erreur considérable. Non seulement le gouvernement « sortant » est tétanisé depuis avant les vacances mais, plus grave encore, tout l’effet de surprise, de « rafraichissement » que peut avoir l’arrivée d’un nouveau gouvernement s’est émoussé. Et, au fil des semaines, chacun a eu tout le temps de se souvenir de toutes les insuffisances de tous ceux qu’on évoquait comme « premier ministrables ».
La nomination de Borloo en juin dernier aurait fait son petit effet. Aujourd’hui, elle ne surprendra et donc ne séduira personne. Les Français ont eu trois mois pour se souvenir que Sarkozy lui-même avait déclaré : « Borloo premier ministre, ce serait Gainsbourg à Matignon » et… pour découvrir tous les charmes de Fillon qui va être regretté comme aucun premier ministre viré ne l’a jamais été.
La « surprise du chef » va sans doute faire un flop.

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