Les hasards du calendrier ont valu à Paris de vivre « une journée noire » et « une nuit blanche », ce week-end. Une gigantesque manifestation de mobilisation contre la réforme des retraites puis une pseudo fête populaire à la sauce Delanoë.
Blogeur consciencieux, j’ai déambulé, l’après midi, aux alentours de la République et un peu traîné, le soir, du coté du Marais. Ici et là, le « peuple » avait, en effet, envahi les rues de la capitale. Mais l’ambiance était, bien sûr, différente.
Quelle que soit la ridicule querelle des chiffres entre la police et les syndicats, il y avait foule entre la République et la Nation et il est indiscutable que les syndicats ont gagné leur pari.
Or ce n’était pas joué d’avance. C’était la troisième manifestation en moins d’un mois. Ce qui commence à faire beaucoup. C’était un samedi. On pouvait se demander si les salariés ne préféreraient profiter tranquillement d’un jour de repos plutôt que d’aller piétiner dans des cortèges. Et puis, surtout, tout le monde a maintenant compris que le gouvernement ne reculera pas d’un pouce dans cette réforme, quelle que soit la mobilisation populaire.
Pourtant il y a eu un monde fou. En jouant un samedi, les syndicats espéraient attirer les salariés des petites entreprises, les familles et les jeunes. Si on observait les cortèges, on pouvait remarquer qu’il y avait beaucoup de salariés du privé qui devaient manifester pour la première fois de leur vie, des couples avec enfants mais peu de jeunes, mis à part quelques groupes de lycéens particulièrement bruyants.
La plupart des banderoles et des slogans fustigeait le projet de réforme des retraites, mais c’était évidemment Sarkozy qui était la cible de tous les quolibets, comme si les retraites n’étaient plus qu’un prétexte pour exprimer sa colère, parfois violente, contre le chef d’Etat.
Forts des sondages qui affirment que désormais plus de 70% des Français sont hostiles à ce projet de réforme (chiffre qui correspond exactement au nombre de Français qui ne font plus confiance à Sarkozy), les manifestants paraissaient résignés à l’adoption de cette réforme parce que convaincus de la défaite, en 2012, du président sortant.
« La réforme passera et Sarkozy ne repassera pas », semblaient-ils dire, ravis de la défaite annoncée, programmée, de Sarkozy. La peau de l’ours était déjà mise à l’encan. Une ambiance de fin de règne. On se demande quelle va bien pouvoir être l’atmosphère du pays tout au long de cette dernière année et demie du quinquennat. Sarkozy nous avait promis « la rupture », il semble qu’il y ait maintenant une vraie rupture entre un pouvoir qui n’a plus prise sur les réalités, qui se barricade derrière des certitudes, et une population excédée par ses difficultés quotidiennes et l’image d’un chef d’Etat qu’elle rejette.
Le soir, pour la nuit blanche, c’était différent. Curieusement la fête était moins joyeuse que la manifestation. Cette nuit n’était pas blanche, elle était blafarde. Certes, il n’y avait que des jeunes. Le « 9.3 ». déambulait dans Paris. Mais ces garçons et ces filles, canettes de bière à la main, semblaient s’ennuyer comme si, après la Fête de la musique, la Gay pride et la Technoparade, ils commençaient à trouver que ces festivités organisées à date fixe devenaient monotones. On ne fait, peut-être, pas la fête sur commande. Ces jeunes-là attendent visiblement, eux aussi, autre chose.
La rage des uns qui parlaient de grèves dures et, parfois, de bloquer le pays, l’ennui des autres qui cherchaient des incidents au milieu des sirènes des voitures de police, ce week-end parisien n’annonçait pas un automne paisible.

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