François-Marie Banier et Jérôme Kerviel sont les deux « héros » de nos tribunaux depuis quelques mois. Tous les deux ont, semble-t-il, « abusé de la faiblesse » d’une vieille dame. Liliane Bettencourt pour le premier, la Société générale pour le second. Le premier a coûté un milliard à sa vieille dame, le second cinq milliards à la sienne. Le premier a vu son procès remis aux calendes grecques, le second vient d’écoper de trois ans ferme et d’une amende de cinq milliards qu’il aura, sans doute, des difficultés à payer.
Aux yeux de la Justice, il vaut donc mieux être un gigolo qu’un employé de banque.
Ces sommes font, bien sûr, rêver. Qu’une riche héritière puisse, sans se ruiner, offrir à un sauteur sans scrupules qui l’amusait un milliard en petites gâteries et qu’un jeune traider puisse jouer (et perdre) cinq milliards, sans que personne ne s’en aperçoive, laisse forcément un goût amer et notamment à ceux, de plus en plus nombreux, qui n’arrivent plus à « joindre les deux bouts ». Il y a quelque chose de pourri, quelque part, dans notre société.
Cela dit et quelles que soient les décisions de justice, il est évident que Liliane Bettencourt n’est pas aussi gâteuse que sa fille l’affirme aimablement et qu’elle peut donc disposer de sa fortune comme elle l’entend tout comme il est évident que Kerviel, aussi malin soit-il, n’est pas le seul responsable de cette perte abyssale de la Société générale.
On nous dit qu’il a pris des initiatives (malheureuses) sans en référer à ses supérieurs et que ceux-ci sont donc parfaitement innocents. Mais de qui se moque-t-on ? Dans toute entreprise normale, les supérieurs qui sont chargés de contrôler le travail de leurs subordonnés n’ont pas à attendre que leurs subordonnés leur signalent leurs irrégularités pour les sanctionner. Partout, le moindre chef de bureau est responsable des maladresses de ses collaborateurs.
Kerviel avait des supérieurs qui, même s’ils n’ont rien vu (ce qui serait une faute professionnelle impardonnable) sont tout aussi coupables que lui. D’ailleurs, on a, comme par hasard, oublié que le PDG de la Société générale avait été viré discrètement.
L’opinion publique a, évidemment, plus de sympathie pour le jongleur de milliards (qui n’a pas mis un sou dans sa poche) que pour le gigolo faisan et faisandé. Kerviel apparaît presque comme un chevalier blanc, un redresseur de torts qui a su démontrer, par l’absurde, la folie dans laquelle s’était fourvoyé le monde financier.
Que la Justice l’accable, et lui seul, en lui infligeant une peine absurde (comment pourrait-il rembourser ces cinq milliards ?) va évidemment choquer les Français qui n’aiment pas qu’on s’en prenne à des boucs émissaires par trop faciles.
Combien des traiders en ont fait, pendant des années, tout autour de la planète, tout autant que Kerviel qui n’est, bien sûr, pas le seul responsable de la quasi faillite dans laquelle a bien failli sombrer tout le système financier mondial ?
Trois ans de prison et cinq milliards d’amende ! Mais la Justice se ridiculise !

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