Jean-Luc Mélenchon qui apparait désormais comme le dirigeant de gauche le plus radical et Bernard Thibault, le patron de la CGT qui ne fait pas non plus toujours dans la finesse, viennent, tous deux, d’affirmer que des policiers en civil se sont infiltrés dans les cortèges des manifestations de ces derniers temps « pour faire de la provocation et jouer aux casseurs afin qu’il y ait des images choc au journal télévisé de 20 heures et de discréditer les opposants à la réforme des retraites ».
Ils prétendent avoir des preuves de ce qui serait, bien sûr, un scandale inadmissible. Des témoins auraient vu des « casseurs » qui, après avoir brisé des devantures et renversé des voitures, se seraient réfugiés au milieu des cordons de CRS en arborant des brassards de la police. Plusieurs vidéos circulent actuellement sur internet. Il faut dire qu’elles ne sont guère probantes. Tout y est trop flou au milieu des nuages des grenades lacrymogènes.
Mais ce qui est plus étonnant c’est que Brice Hortefeux qui passe son temps à rendre hommage à « ses » policiers, à vouloir défendre leur « honneur » et qui a inventé le concept du « présumé coupable » ait refusé de poursuivre Mélanchon et Thibault en diffamation, comme le lui demandaient avec insistance plusieurs syndicats de police.
Place Beauvau, on se contente de dire que le ministre ne souhaite pas donner davantage de publicité aux odieuses accusations de ces deux personnages.
Du coup, forcément, le doute s’instaure. On a tellement dit que Sarkozy souhaitait secrètement que les manifestations dégénèrent pour pouvoir récupérer son électorat de droite qu’on peut, bien sûr, imaginer que certains aient cru devoir faire du zèle.
Mais cela supposerait qu’on ait, au sein de la police, ou à coté d’elle, des hommes tenus par le secret et capables de toutes les basses besognes. Et cela serait prendre des risques considérables pour le cas où de tels agissements seraient découverts.
On ne veut pas croire que le régime ait instauré une telle police parallèle, digne des pires dictatures.
L’ennui c’est qu’au même moment on a appris que trois cambriolages, visiblement faits par des « professionnels », avaient eu lieu chez Hervé Gattegno, journaliste au Point, Gérard Davet, journaliste au Monde, et à Médiapart
Gattegno, Davet et les journalistes de Médiapart sont les grands spécialistes de l’affaire Bettencourt-Woerth. Ce sont eux qui ont rendu publics tous les documents de l’affaire (couverts par le secret de l’instruction) et qui ont permis de mettre en cause l’actuel ministre du Travail.
Naturellement, il y a chaque jour en France, des milliers de cambriolages. Mais la coïncidence est tout de même étrange. Rien d’autre que leurs ordinateurs n’a été emporté par ces cambrioleurs particulièrement habiles.
A qui peuvent bien profiter ces trois « larcins » ? On imagine mal les avocats de Liliane Bettencourt ou de sa fille ayant à leur disposition des équipes de monte-en-l’air capables de faire une telle opération sans la moindre effraction et sans laisser la moindre trace.
Là, l’affaire rappelle furieusement celle des « plombiers du Canard enchaîné » et, si elle prenait un peu d’ampleur, rappellerait celle du Watergate.
Bref, aux yeux de certains, Brice Hortefeux pourrait être considéré comme « présumé coupable ».
Il n’y a aucun doute que si les Français apprenaient que le ministre de l’Intérieur, meilleur ami du président de la République, a envoyé des policiers déguisés en casseurs pour faire dégénérer les manifestations anti-réforme des retraites et qu’il a, dans le même temps, organisé le cambriolage des journalistes qui suivent l’affaire Woerth, l’ambiance qui n’est déjà pas fameuse tournerait au vinaigre.

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