C’est toujours pareil et ce n’est vraiment pas de chance. C’est quand ils ne sont plus au pouvoir que nos hommes politiques sont les meilleurs.
Visiblement, François Fillon fait ses valises. Depuis qu’on l’a vu en tenue de sport, cet été, à Bregançon, tout le monde a compris… qu’il avait compris. Il n’allait pas finir le quinquennat à Matignon. Et cette perspective d’un licenciement prochain l’avait métamorphosé. Il souriait. D’aise. On pouvait le comprendre. A force d’avaler des couleuvres et des avanies, il en avait la nausée. La seule idée d’être rapidement enfin libéré le comblait de plaisir.
Hier, devant les caméras d’M6, le premier ministre (qu’il est encore) nous a affirmé tout de go que le « rabotage » des niches fiscales était « bel et bien une augmentation d’impôts » et, mieux encore, que le bouclier fiscal et l’ISF « n’étaient pas des sujets tabous ».
En clair, avant même d’être viré, il passait, avec armes et bagages, dans une opposition de bon aloi.
En effet, Nicolas Sarkozy nous a toujours juré ses grands dieux qu’il n’augmenterait « jamais » les impôts et, cette semaine encore, aussi bien Christine Lagarde que François Baroin ont tenté désespérément de nous démontrer que le « rabotage » des niches fiscales n’était pas une augmentation des impôts mais… une baisse des dépenses de l’Etat. Quant au bouclier fiscal et à l’ISF, ils ont toujours été présentés par Sarkozy et ses plus fidèles serviteurs comme des tabous symbolisant le sarkozisme, même si l’un et l’autre existaient avant l’arrivée à l’Elysée du petit Nicolas.
Fillon a donc mis les pieds dans le plat.
Aussi bien élevé soit-il, ce n’est pas la première fois. On se souvient qu’arrivant à Matignon, il avait eu le culot de déclarer qu’il était « à la tête d’un Etat en faillite ». L’Elysée avait été furieux. Non pas tant qu’il ait parlé de « faillite » mais qu’il ait osé laisser croire qu’il était « à la tête de l’Etat ». Plus récemment, il avait, au Japon, lâché le mot « rigueur » alors que ce mot, comme le mot « austérité », était encore totalement proscrit du vocabulaire officiel.
Fillon veut donc laisser l’image de « l’homme qui a dit la vérité » au milieu d’une cour de menteurs et d’arracheurs de dents. Amateur de Guy Béart, il donne d’ailleurs ainsi à Sarkozy la meilleure raison de le licencier, « il doit être exécuté ».
Le premier ministre sait aussi parfaitement qu’une majorité de parlementaires UMP pense, depuis longtemps, que le maintien du bouclier fiscal est une erreur qui va coûter très cher. D’abord, parce qu’avec la crise et les efforts demandés à tous, il est choquant que les plus privilégiés puissent être épargnés en se protégeant derrière ce bouclier. Ensuite, parce que, pour mille raisons, du Fouquet’s à l’affaire Bettencourt, le régime sarkoziste apparaît aux yeux des Français comme une oligarchie au service des plus grandes fortunes et que ce bouclier fiscal en est devenu la disposition la plus symbolique.
Fillon nous laisse entendre que le bouclier fiscal et l’ISF pourraient être remis en cause avant les présidentielles de 2012 dans le cadre d’une vaste réforme de toute notre fiscalité. Ce serait une excellente idée même si, bien sûr, cette réforme serait un peu tardive et qu’on imagine mal qu’en pleine campagne électorale un candidat puisse annoncer une augmentation substantielle du nombre des contribuables (on sait que l’une des anomalies de notre système fiscal est que plus de la moitié des Français ne paie pas l’impôt sur le revenu).
En annonçant une telle réforme de notre fiscalité pour l’année prochaine, Fillon se moque évidemment et du président de la République et du monde puisqu’il sait qu’il ne sera plus alors à Matignon.
Sarkozy n’a jamais écouté les conseils pourtant souvent judicieux de son premier ministre. Il y a peu de chance qu’il tienne compte des conseils de son « ancien » premier ministre.
Mais en continuant ainsi à se démarquer de Sarkozy sur des sujets essentiels, Fillon finira peut-être par faire oublier aux Français qu’il a été pendant trois ans l’exécuteur docile pour ne pas dire servile de la politique du président le plus impopulaire de la Vème République.

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