Archives par moisoctobre 2010



L’humour, le traître et France-Inter

Les traitres ont un avantager considérable. Ils font du zèle pour se faire pardonner leur félonie et devancent toujours les désirs de leur nouveau maître pour faire oublier leur passé.
Regardez Eric Besson. Second couteau du Parti socialiste, il a rallié avec armes et bagages Nicolas Sarkozy. Depuis, il en rajoute. Meilleur qu’Hortefeux dans la chasse à l’immigré, au clandestin, au mariage « gris » (lui qui vient d’épouser à la sauvette une jeunette tunisienne).
Tout le monde avait été un peu étonné -même si plus rien ne nous étonne- quand Nicolas Sarkozy, autoproclamé grand maître de l’audiovisuel, avait fait nommer Philippe Val à la tête de France-Inter.
Val était le patron de… Charlie Hebdo, le dernier brûlot anarchiste des vieux soixante-huitards qui, ne pouvant plus balancer des pavés sur les CRS, en balançaient sur le pape, les curés, l’armée, la magistrature et toutes les institutions pour peu qu’elles fussent respectables si ce n’est respectées.
On avait cru qu’en nommant à la tête de la grande radio publique l’héritier du « professeur » Choron, de Cavanna et de Siné Sarkozy faisait non plus dans l’ouverture, mais dans la provocation. Personne n’avait remarqué que, pour s’attirer les bonnes grâces de Sarkozy, Val venait de virer de Charlie Hebdo Siné qui avait ironisé sur le fils du président (en laissant croire que, pour épouser une fille de milliardaire, héritière de Darty, le petit s’était converti au judaïsme, ce qui était, il est vrai, à la fois faux et assez odieux).
Mais Sarkozy ne faisait pas dans la provocation. Il faisait dans la récupération. Pour une poignée de cacahouètes (un beau salaire, un beau bureau et une voiture avec chauffeur) il s’offrait un « gaucho » patenté qui allait se mettre à ses ordres et à ses pieds pour reprendre en main une radio qui, au goût du souverain, flirtait trop souvent avec l’impertinence.
Sarkozy peut être content de sa recrue. En moins de temps qu’il ne faut pour le dire, Val a viré de France Inter Stephan Guillon, Didier Porte, Raphaël Mezrahi et, aujourd’hui, Gérald Dahan. Beau tableau de chasse ! C’est ce qui s’appelle faire du nettoyage au Karcher. On ne rigolera plus du président et de ses petits copains sur les ondes. Dans n’importe quel pays un peu civilisé, ce « carnage de bouffons » aurait provoqué l’indignation générale.
Certes, on peut toujours discuter de l’humour des victimes de cette purge. Etaient-ils tous vraiment drôles ? Pas sûr.
Mais là n’est pas la question. L’histoire prouve qu’un régime qui s’en prend à ses humoristes, drôles ou moins drôles, qui ne supporte plus la critique finit toujours mal. Le sens de l’humour va de pair avec le sens de l’histoire.
Sarkozy n’a sans doute ni le sens de l’humour ni même celui du ridicule. C’est dommage dans un pays qui se prétend –un peu abusivement- le plus spirituel du monde.

30 Oct 2010 | Comments (4)

Les lieux communs du président

Au cours de la même conférence de presse tenue, ce vendredi, à Bruxelles, Nicolas Sarkozy vient de nous affirmer qu’il avait « entendu les inquiétudes des Français » et que « la France ne céderait pas au chantage des terroristes ». C’est ce qu’on appelle des « lieux communs ».
On image mal, en effet, un président de la République déclarer publiquement : 1) qu’il se « contrefout » des quelques millions de Français qui ont hurlé, à sept reprises, leur mécontentement dans toutes les rues du pays à propos d’une réforme qu’il leur impose, et, 2) que la France va, bien entendu, retirer les troupes d’Afghanistan et abroger sa loi sur l’interdiction de voile intégral, puisque Ben Laden vient de le lui demander.
L’ennui c’est que, d’une part, Sarkozy n’a tenu strictement aucun compte de la mobilisation populaire contre sa réforme des retraites qui est passée au Parlement et qu’il va signer dès que le Conseil constitutionnel aura donné son aval et, d’autre part, que Hervé Morin, ministre de la Défense jusqu’à nouvel ordre, a annoncé, quelques heures après les menaces de Ben Laden, que les troupes françaises commenceraient à évacuer l’Afghanistan dès l’année prochaine.
En clair : Sarkozy s’est complètement assis sur « les inquiétudes des Français » et cède, en rase campagne, devant « le chantage des terroristes ». Bref, il nous dit n’importe quoi.
Naturellement, tout cela est un peu plus compliqué.
Il est évident qu’une réforme des retraites s’imposait tout simplement parce que l’allongement de la durée de vie exigeait un allongement de la durée de travail.
Il est clair qu’on aurait pu se contenter d’augmenter le nombre d’années de cotisation obligatoires pour avoir une retraite à taux plein au lieu de s’attaquer au tabou des 60 ans. Cela aurait été un peu hypocrite mais aurait permis de réparer bien des injustes, notamment envers ceux qui ont commencé à travailler jeunes et donc, souvent, dans les métiers plus pénibles.
Ceux qui auront commencé à travailler à 18 ans devront travailler 44 ans pour avoir droit à une retraite, alors que ceux qui auront fait des études jusqu’à 26 ans n’auront à travailler que 36 ans (ou 41 ans pour avoir une retraite à taux plein).
Mais Sarkozy voulait visiblement abroger l’une des décisions phare de Mitterrand. Ne pouvant pas rétablir la peine de mort, il ne lui restait que les 60 ans.
Cela dit, s’il avait vraiment voulu entendre « les inquiétudes des Français », il aurait pu faire quelques concessions notamment sur la barre des 65 ans (retraite à taux plein même pour ceux qui n’ont pas le total des années de cotisation nécessaires) que sa réforme porte à 67 ans et sur la pénibilité. Il aurait surtout dû s’attaquer au problème de fond du chômage car il est évidemment absurde de prolonger la durée obligatoire du travail alors que 4 millions de Français ne trouvent pas de travail.
Des concessions lui auraient permis de changer, d’améliorer son image. Mais il a préféré apparaître (à l’électorat qu’il voudrait récupérer) comme « le président qui ne cède pas la rue » plutôt que de surprendre ses adversaires politiques (qui ne voteront jamais pour lui) en se présentant en « homme du dialogue ».
Cela dit, ceux qui, aujourd’hui, parlent d’une « victoire évidente » du président et d’une « défaite épouvantable » des syndicats (et de l’opposition) n’ont, bien sûr, rien compris.
On ne peut pas considérer comme « une victoire de Sarkozy » l’adoption par le Parlement de sa réforme des retraites. Sarkozy a la majorité des voix aussi bien à l’Assemblée qu’au Sénat (avec l’apport des centristes). Il peut donc faire passer n’importe quel texte, sans aucun problème. Il aurait été stupéfiant que des députés UMP votent contre « la » réforme du quinquennat.
Et dire que l’adoption de la réforme des retraites par le Parlement constitue « une défaite sévère » pour les syndicats est tout aussi absurde. Ni Chérèque ni Thibault ne se faisaient la moindre illusion. Ils savaient parfaitement que Sarkozy ne reculerait pas d’un pouce devant les manifestations populaires. Il aurait fallu que ces manifestations dégénèrent en insurrections, qu’il y ait un nouveau « mai 68 » (ou pire encore) pour que Sarkozy, effrayé, recule. Ni le patron de la CFDT ni celui de la CGT ne souhaitaient ouvrir la porte à l’aventure.
Mais cette réforme des retraites a permis à nos syndicats qui ne représentent plus que 7% des salariés français, ce qui est dérisoire, de mobiliser des foules au-delà de toute espérance. A dix-huit mois des présidentielles, ces masses populaires qui protestaient au moins autant contre la réforme des retraites que contre Sarkozy lui-même symbolisent mieux que tous les sondages le rejet dont Sarkozy va avoir à souffrir au printemps 2012.
Comment, alors qu’il a sciemment pratiqué l’autisme le plus absolu pendant tous ces derniers mois, Sarkozy va-t-il pouvoir faire croire aux Français non seulement qu’il les a entendus mais qu’il est prêt à les écouter.
Quant à Ben Laden, bien sûr, il doit rigoler. 4.500 de nos meilleurs soldats, avec 150.000 soldats d’élite de l’Occident, le cherchent depuis près de dix ans dans ses cailloux de la frontière pakistano-afghane. En vain. Et il lui suffit de faire une déclaration de 1minute 25 secondes pour affoler toutes les capitales. Mieux encore, il lui suffit de faire capturer par ses copains deux journalistes dans les environs de Kaboul et cinq techniciens dans le désert du Niger pour que Paris, quoiqu’en dise le président de la République française, soit prêt à tout céder.
Au lieu de multiplier les balivernes (à propos de l’attention qu’il porte au mécontentement des Français) et les fanfaronnades (à destination des terroristes) Sarkozy ferait mieux de regarder les réalités en face.
En avril 2009, je publiais un petit livre intitulé « Sarkozy, ses balivernes et ses fanfaronnades ». Il n’a, hélas, fait aucun progrès depuis. C’est décourageant…

30 Oct 2010 Commentaires fermés sur Les lieux communs du président

Morin, Ben Laden, nos otages et l’Afghanistan

Hervé Morin vient d’annoncer que la France commencerait à retirer ses troupes d’Afghanistan « dès l’année prochaine ». Enfin, et bravo !
Malheureusement, cet imbécile a annoncé cette sage décision quelques heures après que Ben Laden avait lancé un ultimatum à la France, la menaçant des pires catastrophes si elle ne retirait pas ses troupes d’Afghanistan.
Naturellement, l’imbécile en question a tenu à préciser que l’annonce qu’il faisait de ce retrait n’avait « strictement aucun rapport » avec le nouveau chantage de Ben Laden.
Que notre ministre de la Défense prenne les Français pour « des cons », on le sait. Il l’a clairement déclaré l’autre jour. Et on peut ajouter qu’ils le lui rendent bien. Mais il a tort d’en faire autant avec le milliard de musulmans qui peuple la planète.
Il est évident qu’à travers tout le monde arabo-musulman, cette déclaration du ministre français, suivant immédiatement les menaces du patron d’al Qaïda, va être interprétée comme une superbe victoire de Ben Laden et comme une capitulation pitoyable de Paris.
Chacun se souvient encore des récentes déclarations péremptoires et bien ridicules de Sarkozy proclamant que nos soldats resteraient en Afghanistan « le temps qu’il faudrait », jusqu’à « l’éradication des terroristes islamistes » et « le retour d’une vie démocratique » dans ce beau pays (qui n’a jamais connu la moindre vie démocratique). On en rit encore dans les grottes montagneuses des zones tribales de la frontière pakistano-afghane.
La seule excuse qu’on pourrait trouver à cette stupéfiante maladresse d’Hervé Morin serait que l’annonce officielle de ce retrait soit une des conditions imposées par les preneurs d’otages pour la libération des deux journalistes français prisonniers depuis plus de 300 jours dans les montagnes afghanes. Voire même, aussi, pour la libération des cinq Français enlevés au Niger par la filiale maghrébine d’Al Qaïda que Ben Laden a évoqués avec insistance.
Cela dit, il est évident, depuis des années, que nous n’avons strictement rien à faire en Afghanistan. Cinquante soldats français y ont déjà été tués, pour rien.
D’abord, parce que cette guerre ne nous concerne pas, ensuite parce qu’elle est évidemment perdue d’avance.
Elle ne nous concerne pas car, contrairement à ce qu’a répété vingt fois Sarkozy, ce n’est pas en envoyant à la mort nos soldats dans les montagnes afghanes qu’on pourra vaincre le terrorisme islamiste. Les « fous d’Allah » sont partout. En Afghanistan mais aussi en Irak, en Iran, au Liban, en Egypte, au Maghreb, dans les républiques musulmanes d’Asie centrale, au Yémen, au Soudan, en Afrique noire, aux Philippines, en Indonésie, partout et jusque dans les banlieues des grandes métropoles occidentales.
Contrairement à ce qu’a aussi affirmé Sarkozy nous n’avons pas à imposer, par la force, la démocratie à ce pays, ni même nos mœurs. Divisé par ses montagnes, ses ethnies, ses langues et ses haines ancestrales, l’Afghanistan ne peut (et ne veut) vivre qu’avec un système tribal dans lequel le mot « élection » signifie allégeance au petit chef local. On n’impose pas la démocratie à un pays qui n’en veut pas.
Quant au fameux voile intégral que portent les femmes afghanes, Sarkozy ignore sans doute qu’il n’a pas été imposé par les Talibans mais qu’il est porté en Afghanistan depuis des siècles. L’Occident n’a d’ailleurs pas à imposer, à coups de canon, ses modes vestimentaires, même si elles lui semblent plus seyantes, au reste de la planète.
Cette guerre est perdue d’avance. Depuis bientôt dix ans, des dizaines de milliers de soldats occidentaux, armés des matériels les plus sophistiqués, avec chars, avions, hélicoptères, radars etc. recherchent Ben Laden et ne l’ont toujours pas trouvé. Pire encore, les Talibans qui ne contrôlaient pas tout le pays, loin s’en faut, quand ils étaient au pouvoir à Kaboul sont maintenant les maîtres absolus des deux tiers du pays.
Pourquoi ? Tout simplement parce que, comme chaque fois qu’elles ont été attaquées par des étrangers -les Britanniques avant-hier, les Soviétiques hier, la coalition occidentale aujourd’hui- toutes ces ethnies, toutes ces tribus qui se détestent entre elles ont eu un réflexe national qui les a poussées à se retrouver pour bouter hors du pays l’envahisseur étranger et, de plus, infidèle. Comme les britanniques au XIXème et les Soviétiques au siècle dernier, nous avons réussi à créer l’union sacrée (contre nous) de tous ces peuples de guerriers, indélogeables dans leurs montagnes et incompréhensibles avec leurs traditions où se mêlent le goût des combats, l’Islam le plus rigoureux, une farouche volonté d’indépendance, les coutumes tribales, la pire des corruptions et le traditionnel trafic de la drogue.
Il faut, en effet, s’en aller au plus tôt, laisser les Pachtouns et les autres se débrouiller avec les Talibans (ils recommenceront alors à s’entretuer), admettre que l’Afghanistan est le pays de tribus et des femmes voilées (comme tous les pays du Golf et de plus en plus de pays musulmans) et, au lieu d’aller faire là-bas une guerre perdue d’avance, prendre les mesures qui s’imposent pour que les gens de là-bas ne nous fassent pas la guerre chez nous.
Les menaces de Ben Laden sont évidemment à prendre au sérieux. Et si nous avons été incapables de le prendre mort ou vif, il est, lui, parfaitement capable de faire déposer une bombe en plein Paris.

28 Oct 2010 | Comments (3)

Pourquoi Borloo ?

Aucun président de la Vème République n’a gardé un premier ministre pendant tout son mandat. Et qu’on ait réduit le septennat à un quinquennat ne semble pas avoir changé les choses. Un président a sans doute besoin, à mi-parcours ou dans la perspective de son éventuelle réélection, d’un second souffle, de changer de comparse. A moins, bien sûr, que le curieux « couple » président-premier ministre n’en soit arrivé, comme beaucoup de couples, à ne plus s’entendre, à se chamailler, à se haïr. Ce qui a été le plus souvent le cas.
En 1962, de Gaulle a viré Michel Debré, resté nostalgique de l’Algérie française pour prendre un inconnu qui s’appelait Pompidou. En 1968, il a viré Pompidou qui s’était trop vanté d’avoir gagné « les législatives de la peur », pour prendre Couve de Murville. En 1972, Pompidou a viré Chaban qui, se prenant pour un président du Conseil de la IVème République, avait lancé, de sa propre initiative, sa « Nouvelle société » et il a appelé Messmer. En 1976, c’est Chirac qui a démissionné de Matignon, ne supportant plus les avanies que lui faisait subir Giscard. Il a été remplacé à Barre. En 1984, Mitterrand a viré Mauroy pour effectuer son virage à 180 degrés, celui de la rigueur, avec Fabius. Puis ce fut la cohabitation avec Chirac à Matignon. En 1991, Mitterrand a viré Rocard qu’il n’avait jamais supporté et qu’il avait nommé à Matignon pour le tuer définitivement. En 1992, il a viré Edith Cresson qui avait rapidement démontré qu’une femme pouvait être aussi nulle qu’un homme et l’a remplacé par Bérégovoy. Puis, ce fut la seconde cohabitation avec Balladur. En 1997, Juppé a dû céder Matignon à Jospin pour une nouvelle cohabitation. En 2005, Chirac a viré Raffarin qui avait épuisé tous les charmes de la communication aux formules faciles et qui avait été tué par la canicule et l’a remplacé par Villepin.
On s’aperçoit donc que, dans la plupart des cas, c’est une incompatibilité d’humeur devenue insupportable ou un désaccord fondamental sur la politique à mener qui conduit le président de la République à changer de premier ministre.
Or, on ne voit pas ce que Sarkozy pourrait reprocher à Fillon. Jamais aucun premier ministre n’a été aussi docile, soumis, respectueux. Fillon (qui, avant d’être nommé premier ministre, avait déclaré qu’il faudrait supprimer le poste de premier ministre) a consciencieusement avalé toutes les couleuvres, toutes les vexations, toutes les brimades dont le gavait avec un plaisir sadique Sarkozy.
Oui, mais Fillon a commis une faute impardonnable. Tout en jouant à la perfection son rôle de larbin (Sarkozy disait « collaborateur ») il est devenu infiniment plus populaire que le président. Ce qui est invraisemblable car on ne peut tout de même pas dire qu’avec sa tête patibulaire Fillon ait de quoi soulever l’enthousiasme délirant des foules et d’autant moins que personne n’a la moindre idée de ce que pourrait être une vraie politique « fillonniste ».
Mais –et c’est là que tout s’aggrave- si Fillon est ainsi devenu populaire c’est tout simplement parce que, aux yeux des Français, il apparaissait comme l’exact contraire de Sarkozy. Bien élevé, gardant son calme, son sang-froid, disant généralement la vérité. Il aura commencé son séjour à Matignon en reconnaissant que la France était « en faillite » et il l’aura terminé en avouant qu’il fallait passer à « la rigueur ».
Qu’un premier ministre soit plus populaire que lui est déjà insupportable pour un président de la République. Ce fut le cas de Chaban face à Pompidou, de Rocard face à Mitterrand. Mais qu’il le soit simplement parce que sa seule présence souligne tout ce qu’on reproche au chef de l’Etat devient évidemment odieux pour celui-ci.
Sarkozy qui veut, bien sûr, se trouver une seconde chance doit donc se trouver un premier ministre qui pourrait symboliser un nouveau souffle mais surtout qui ne lui ferait aucune ombre, qui ne serait pas, comme l’a été Fillon, une sorte de reproche permanent.
Certes, Borloo, patron du parti radical, symbolise, à tort ou à raison, « le dialogue », ce qui après la partie de bras de fer sur la réforme des retraites pourrait un peu calmer le jeu. Mais surtout il incarne à la perfection bien des défauts qu’on reproche à Sarkozy lui-même. Il est aussi inélégant que lui (dans un autre registre), il a la même vulgarité, le même vocabulaire de charretier, il est tout aussi imprévisible, tout aussi brouillon, tout aussi « tout fou », toujours prêt à improviser des initiatives farfelues. Il a, lui aussi, des relations compromettantes puisqu’il a été l’avocat de la plupart de ceux qui ont été traînés en justice pour des affaires politico-financières. A bien des égards, il est même pire que Sarkozy.
On peut imaginer qu’après trois mois de Borloo à Matignon, les Français finiront par trouver Sarkozy… élégant, distingué, posé, raisonnable.
Sarkozy a fait l’erreur de ne pas vouloir que Fillon lui serve de « fusible » ce qui devrait pourtant être le rôle d’un premier ministre. Avec Borloo il pourrait se trouver un « faire valoir ».
Mais on frémit à la seule idée de voir la France représentée sur la scène internationale par un tel couple. « Bonjour l’élégance ! » comme dirait sans doute Borloo

28 Oct 2010 | Comments (3)

Hortefeux jouerait-il avec le feu ?

Jean-Luc Mélenchon qui apparait désormais comme le dirigeant de gauche le plus radical et Bernard Thibault, le patron de la CGT qui ne fait pas non plus toujours dans la finesse, viennent, tous deux, d’affirmer que des policiers en civil se sont infiltrés dans les cortèges des manifestations de ces derniers temps « pour faire de la provocation et jouer aux casseurs afin qu’il y ait des images choc au journal télévisé de 20 heures et de discréditer les opposants à la réforme des retraites ».
Ils prétendent avoir des preuves de ce qui serait, bien sûr, un scandale inadmissible. Des témoins auraient vu des « casseurs » qui, après avoir brisé des devantures et renversé des voitures, se seraient réfugiés au milieu des cordons de CRS en arborant des brassards de la police. Plusieurs vidéos circulent actuellement sur internet. Il faut dire qu’elles ne sont guère probantes. Tout y est trop flou au milieu des nuages des grenades lacrymogènes.
Mais ce qui est plus étonnant c’est que Brice Hortefeux qui passe son temps à rendre hommage à « ses » policiers, à vouloir défendre leur « honneur » et qui a inventé le concept du « présumé coupable » ait refusé de poursuivre Mélanchon et Thibault en diffamation, comme le lui demandaient avec insistance plusieurs syndicats de police.
Place Beauvau, on se contente de dire que le ministre ne souhaite pas donner davantage de publicité aux odieuses accusations de ces deux personnages.
Du coup, forcément, le doute s’instaure. On a tellement dit que Sarkozy souhaitait secrètement que les manifestations dégénèrent pour pouvoir récupérer son électorat de droite qu’on peut, bien sûr, imaginer que certains aient cru devoir faire du zèle.
Mais cela supposerait qu’on ait, au sein de la police, ou à coté d’elle, des hommes tenus par le secret et capables de toutes les basses besognes. Et cela serait prendre des risques considérables pour le cas où de tels agissements seraient découverts.
On ne veut pas croire que le régime ait instauré une telle police parallèle, digne des pires dictatures.
L’ennui c’est qu’au même moment on a appris que trois cambriolages, visiblement faits par des « professionnels », avaient eu lieu chez Hervé Gattegno, journaliste au Point, Gérard Davet, journaliste au Monde, et à Médiapart
Gattegno, Davet et les journalistes de Médiapart sont les grands spécialistes de l’affaire Bettencourt-Woerth. Ce sont eux qui ont rendu publics tous les documents de l’affaire (couverts par le secret de l’instruction) et qui ont permis de mettre en cause l’actuel ministre du Travail.
Naturellement, il y a chaque jour en France, des milliers de cambriolages. Mais la coïncidence est tout de même étrange. Rien d’autre que leurs ordinateurs n’a été emporté par ces cambrioleurs particulièrement habiles.
A qui peuvent bien profiter ces trois « larcins » ? On imagine mal les avocats de Liliane Bettencourt ou de sa fille ayant à leur disposition des équipes de monte-en-l’air capables de faire une telle opération sans la moindre effraction et sans laisser la moindre trace.
Là, l’affaire rappelle furieusement celle des « plombiers du Canard enchaîné » et, si elle prenait un peu d’ampleur, rappellerait celle du Watergate.
Bref, aux yeux de certains, Brice Hortefeux pourrait être considéré comme « présumé coupable ».
Il n’y a aucun doute que si les Français apprenaient que le ministre de l’Intérieur, meilleur ami du président de la République, a envoyé des policiers déguisés en casseurs pour faire dégénérer les manifestations anti-réforme des retraites et qu’il a, dans le même temps, organisé le cambriolage des journalistes qui suivent l’affaire Woerth, l’ambiance qui n’est déjà pas fameuse tournerait au vinaigre.

27 Oct 2010 | Comments (3)

La surprise du chef va faire flop

La situation politique de notre pays est totalement surréaliste.
Nous avons un premier ministre qui, convaincu qu’il va devoir quitter Matignon très prochainement, feuillette vraisemblablement les catalogues des agences de voyages pour choisir la destination où il va aller prendre quelques jours de repos (bien mérités). Un numéro deux du gouvernement qui, convaincu, lui, qu’il va être nommé premier ministre, va chez son coiffeur et chez son tailleur pour être plus présentable. La moitié du gouvernement, résignée à perdre voitures avec chauffeur et appartements de fonction mais qui n’est pas fâchée de quitter la galère à la dérive. L’autre moitié du gouvernement qui, comme des caniches de cirque, fait le beau en multipliant les déclarations d’allégeance envers celui qui semble désormais le favori. Tout cela est profondément malsain et dure maintenant depuis des mois.
Et puis, dans son palais doré, le souverain, en compagnie de ses âmes damnées préférées, s’amuse à faire, à défaire et à refaire le « casting » pour le nouveau spectacle qu’il prépare.
On a déjà une idée de la nouvelle pièce. Après « A droite toute » qui n’a eu aucun succès et « Droit dans mes bottes » qui a été copieusement sifflée par les spectateurs, on va nous jouer « Dialoguons, dialoguons ! »
De quoi va-t-on dialoguer ? De la dépendance, comme annoncé ? Non, tout le monde s’en fout. De la fiscalité, comme promis ? Non, c’est un sujet un peu épineux. On va dialoguer du travail des jeunes et du travail des vieux. Autant dire du chômage catastrophique des uns et des autres.
On nous dit que, contrairement à ce que pensent les braves gens, plus il y a de chômage des vieux plus il y a de chômage des jeunes. C’est parfaitement vrai. Ce qu’on oublie de nous dire c’est que, tant qu’il y aura du chômage toutes catégories confondues, les jeunes et les vieux en seront inévitablement les premières victimes.
Il ne faut jouer ni les « nounous » avec les jeunes ni les assistantes sociales avec les vieux. Il faut, tout simplement et avant tout, permettre aux entreprises, grandes, moyennes et petites, de se développer, d’innover, de redevenir concurrentielles, de retrouver des clients, à l’exportation comme à l’intérieur, pour qu’elles puissent embaucher les jeunes et les moins jeunes et arrêter de licencier les vieux et les moins vieux.
On va donc dialoguer pour se donner bonne conscience en se gardant bien d’entrer dans le vif du sujet qui n’est autre que le système français dans son ensemble qui paralyse notre économie avec ses charges écrasantes et sa législation paralysante.
Aucun doute que pour ce genre de mise en scène, Jean-Louis Borloo serait parfait. On se souvient du brio avec lequel qu’il avait animé des spectacles sur « la cohésion sociale », « la politique de la ville » ou « l’écologie ». Ses numéros de charme (et de claquettes) avaient été applaudis… avant de tomber dans l’oubli le plus total et après nous avoir coûté des fortunes.
Mais en retardant indéfiniment la nomination de sa nouvelle équipe, Nicolas Sarkozy n’a pas compris qu’il commettait une erreur considérable. Non seulement le gouvernement « sortant » est tétanisé depuis avant les vacances mais, plus grave encore, tout l’effet de surprise, de « rafraichissement » que peut avoir l’arrivée d’un nouveau gouvernement s’est émoussé. Et, au fil des semaines, chacun a eu tout le temps de se souvenir de toutes les insuffisances de tous ceux qu’on évoquait comme « premier ministrables ».
La nomination de Borloo en juin dernier aurait fait son petit effet. Aujourd’hui, elle ne surprendra et donc ne séduira personne. Les Français ont eu trois mois pour se souvenir que Sarkozy lui-même avait déclaré : « Borloo premier ministre, ce serait Gainsbourg à Matignon » et… pour découvrir tous les charmes de Fillon qui va être regretté comme aucun premier ministre viré ne l’a jamais été.
La « surprise du chef » va sans doute faire un flop.

27 Oct 2010 | Comments (5)

Où sont les démagogues ?

Certains bons esprits s’indignent aujourd’hui de la dernière idée de Jean-François Copé. Le président du groupe UMP de l’Assemblée vient, en effet, de proposer qu’on rétablisse un examen d’entrée en 6ème. Ce qui s’appelait autrefois le Certificat d’études primaires.
Nous serons d’accord avec eux pour dire que Copé, avec ses dents longues et ses gros sabots, a fini par se rendre insupportable. Il rêve d’avoir le destin de Sarkozy et il lui ressemble déjà épouvantablement. Prêt à tout pour faire parler de lui, maniant à la fois la flagornerie et la dague envers son maître, il ne pense visiblement qu’à l’Elysée, qu’à « tuer le père », en se rasant tous les matins, ce qui lui a fait enfler les chevilles au-delà du raisonnable.
Mais est-ce une raison pour considérer que le rétablissement d’un examen pour passer du primaire au secondaire serait une monstruosité, le triomphe de la plus odieuse des réactions, un retour en arrière, voire à la barbarie ?
Une fois de plus c’est démagogie contre démagogie. Copé sait qu’il caresse là, dans le sens du poil, un électorat de droite nostalgique des Hussards de la République et des petites têtes blondes fières de leurs ancêtres les Gaulois et qui connaissaient leurs départements. Les bons esprits savent qu’en criant « facho ! » on a toujours son petit succès entre les Deux Magots et le Café de Flore. Et tout le monde se contrefout, bien sûr, de la situation de notre Ecole et de l’avenir de nos gosses.
Or le grand problème de notre système scolaire d’aujourd’hui (qui a voulu, par une idéologie totalement pervertie, supprimer les notes, les classements, les devoirs à la maison, les redoublements, les examens) est que nous avons, en fin de collège et même parfois en fin de lycée, des jeunes qui ne savent vraiment ni lire, ni écrire, ni compter et qui n’ont pas la moindre idée de qui a bien pu être Louis XVI ni d’où pourrait bien se trouver Cholet ou Montauban.
Il est évident qu’un gosse qui entre au collège sans avoir acquis, à l’école, une certaine maîtrise de ce qu’on appelle « les fondamentaux » (lire, écrire compter) va se traîner au fond de la classe, près du radiateur, pendant toute sa scolarité, qu’il sera orienté vers des filières-poubelles et que, libéré de ses obligations scolaires, il n’aura plus qu’à grossir le nombre des jeunes sans emploi et surtout sans aucun avenir.
On peut toujours dire qu’il est foncièrement réactionnaire de souhaiter que tous les jeunes Français (ou immigrés) sachent lire, écrire, compter pour avoir au moins une chance d’entrer dans la vie active. On peut dire n’importe quoi.
Mais il est bien dommage que nos bons esprits aient oublié que le meilleur ministre de l’Education Nationale que nous ayons eu ces dernières décennies s’appelait Jean-Pierre Chevènement (il était « de gauche » même s’il ne l’est peut-être plus aujourd’hui) et qu’il avait été le premier à vouloir rétablir l’apprentissage des fondamentaux dans nos écoles primaires.
Et qu’on ne nous raconte pas que le Certificat d’autrefois était l’apanage des enfants les plus favorisés. C’était lui qui permettait à des enfants « de pauvres » de devenir boursiers et d’emprunter l’ascenseur social. C’est sa suppression qui a permis (en partie) à l’Ecole de la République, gratuite et obligatoire, de laisser croupir dans l’illettrisme les enfants des classes défavorisées. Tout en ayant bonne conscience.
Mais nos bons esprits pensent sûrement qu’il n’est pas nécessaire que les « gosses de pauvres » sachent lire. Qu’ils se rassurent. Les syndicats d’enseignants sont assez puissants rue de Grenelle pour que cette idée de bon sens soit vite enterrée. Pas de chance pour Copé, pour une fois qu’il avait raison.

26 Oct 2010 | Comments (2)

Même la fermeté ne paie plus…

Nicolas Sarkozy continue à dégringoler dans tous les sondages. Les uns nous disent qu’il est désormais sous la barre des 30% de (plus ou moins) « satisfaits », les autres qu’il a franchi la barre des 70% de (plus ou moins) « mécontents ». Ce qui revient, il faut le reconnaître, à peu près au même. En tous les cas, le verre est vide à plus des deux tiers. A ce rythme-là, les « satisfaits » devraient se compter sur les doigts d’une seule main à la veille des élections présidentielles…
On va finir par s’attendrir sur son sort car on ne peut pas lui reprocher de ménager ses efforts pour tenter de remonter sur son cheval. Mais l’animal semble se cabrer. Le tout est de savoir si c’est lui qui est un piètre cavalier ou si c’est le fier destrier qui n’est une sale rosse.
A terre au milieu du manège depuis longtemps, il a d’abord commencé en maniant sa cravache. Ce fut le discours de Grenoble. Haro sur les racailles pour peu qu’elles fussent d’origine étrangère ! Sus aux Roms !
Ca n’a pas marché. La clientèle, bien particulière, qu’il visait ne veut plus de sa camelote depuis qu’elle s’est aperçue qu’il leur avait refilé des produits faisandés. Ceux-là, on ne les y reprendra plus jamais et Sarkozy peut leur faire toutes les danses du ventre qu’il pourra imaginer, ils ne lui pardonneront jamais ce qu’ils appellent « la trahison de l’ouverture ».
Alors, abandonnant ces « supplétifs » qui lui avaient été si utiles en 2007 mais auxquels il avait oublié de servir la pitance à laquelle ils estimaient avoir droit, il est redevenu plus classique.
Il s’est grimé en dirigeant responsable et ferme, veillant à l’équilibre des comptes, à l’avenir de nos enfants quand ils seront de petits vieux et en faisant savoir à chacun qu’il était inutile d’essayer de le détourner de son droit chemin. Ce fut l’épisode de la réforme des retraites qui s’achève aujourd’hui par une nouvelle chute dans les sondages.
Le bateleur de foire racoleur des voix de l’extrême droite voulait se transformer en Churchill, promettant du sang et des larmes mais la victoire. Cà, c’était pour le public de la droite « de bon ton », des gens qui l’avaient acclamé avant qu’il ne monte vraiment sur scène, mais qui ne remplissaient plus ses salles depuis longtemps.
En principe, le spectacle aurait dû leur plaire. Certes, la représentation aurait été meilleure si elle avait pu être vraiment perturbée par quelques mauvais coucheurs. Ils se sont contentés de siffler le numéro.
Mais l’artiste avait joué son rôle, impassible, sans entendre les sifflets ni changer son texte.
Or, le public est resté de marbre. Il pensait faire « un tabac » avec cette réforme et la fermeté dont il avait su faire preuve. Il a fait « un flop » et encore perdu trois points. Même la fermeté ne paie plus.
Le public d’extrême–droite le boude ostensiblement, le public de la droite « de bon ton » l’ignore superbement, où va-t-il trouver quelques chalands pour l’applaudir et quel rôle va-t-il leur jouer ?
Dans les coulisses, on dit qu’il prépare un nouveau numéro avec un vieux clown triste du nom de Borloo. Du trapèze volant ou de la prestidigitation ? On ne sait pas ;
Jadis, il était le roi du bonneteau.

25 Oct 2010 | Comment (1)

Vous avez dit « antisarkozisme » ?

C’est drôle ! Voilà maintenant que certains reprochent à ceux qui se permettent d’émettre quelques réserves sur la politique menée par le président de la République, voire de la critiquer, de faire… de « l’antisarkozisme ». Ils n’ajoutent pas « primaire », mais c’est tout comme. (cf.artgoldhammer.blogspot.com et bernardg.blogspot.com, deux blogs toujours particulièrement intéressants)
A entendre ces milieux élégants, ceux qui remarquent que les promesses n’ont pas été tenues, que le chômage, la précarité, les injustices, les prélèvements obligatoires, les déficits, la dette ont considérablement augmenté et que la gouvernance autoritaire et solitaire conduit à toutes les incohérences seraient simplement aveuglés par une haine personnelle à l’égard du chef de l’Etat. Et donc, « n’aimant pas » Sarkozy, ils n’auraient pas le droit de contester sa politique.
Ces bons esprits ne se demandent pas si ce n’est pas parce qu’ils n’apprécient pas sa politique depuis le premier jour de son quinquennat que certains (70% des Français, excusez du peu) en sont arrivés à ne plus « aimer » (du tout) le président de la République.
Que les choses soient claires : ce n’est pas parce qu’on n’aime pas Sarkozy qu’on critique sa politique mais bien parce qu’on pense que sa politique est foncièrement mauvaise qu’on n’aime pas Sarkozy. J’avoue que je ne pensais pas avoir à faire cette précision.
« L’amour » n’a d’ailleurs pas grand-chose à voir ici.
Il est incontestable que l’élection de Nicolas Sarkozy en 2007 (c’était il y a des années-lumière) avait suscité un immense espoir chez une grande majorité de Français. Le mot « rupture » avait enthousiasmé l’opinion qui avait alors imaginé qu’une ère nouvelle allait commencer avec un « Etat irréprochable » (sic !), des réformes indispensables que tous les autres avaient jusqu’alors retardées, un dialogue social apaisé, un redémarrage de notre économie, grâce à une liberté d’entreprendre nouvelle. C’était la fin du chômage, de la précarité, de la misère puisque chacun allait « gagner plus en travaillant plus ». Les Français allaient pouvoir, heureux, se retrouver puisque ce serait aussi la fin de l’insécurité et de tous les communautarismes. C’était le bonheur assuré !
Que certains aient été un peu, beaucoup, passionnément déçus, on peut le comprendre. Déçus, voire désespérés par la politique menée, ils se sont mis tout naturellement à détester, voire à vomir le personnage.
Il faut d’ailleurs remarquer que si le programme de Sarkozy avait bel et bien fait rêver les Français, sa propre personnalité n’avait jamais entraîné la même adhésion. Contrairement à son prédécesseur, il n’était pas « sympa » aux yeux des Français. De plus, si personne n’aurait eu l’idée saugrenue de le comparer à de Gaulle, il n’avait, visiblement, ni la culture d’un Pompidou, ni l’élégance d’un Giscard, ni la présence d’un Mitterrand. Mais les temps avaient, sans doute, changé. Nous avions affaire à un petit animal politique, plein d’énergie, plein d’idées qui nous avait promis monts et merveilles et nous l’avions cru.
Mais il n’a pas fallu longtemps pour que, dans son propre électorat, certains le… prennent en grippe. On a tout dit sur l’effet dévastateur de la soirée du Fouquet’s et de la croisière sur le yacht de Bolloré. Deux gaffes impardonnables (et impardonnées) qui sont, évidemment, à l’origine de la « sarkophobie ». Les Français qui détestent les riches et plus encore le tape-à-l’œil ont alors, tout de suite, compris que l’Etat sarkoziste ne serait pas « irréprochable ».
On dira que ces reproches qui n’ont fait que s’accumuler au fil des mois par la multiplication des maladresses et des incongruités présidentielles étaient dérisoires. Qu’il ait des copains milliardaires, qu’il soit d’une vulgarité épouvantable, qu’il traite de « petit con » un pauvre type au salon de l’Agriculture, qu’il épouse un ancien top-modèle, qu’il tente de caser son fils à l’Epad, qu’il emmène Bigard au Vatican, qu’il s’en prenne à « La princesse de Clèves » n’était qu’anecdotique en face de la dégringolade du pays que sa politique semblait accélérer.
Anecdotique, peut-être, mais… fondamental.
Car ces « incidents de parcours » révélaient deux choses. D’abord, qu’avec ses allures de pignouf, il était indigne d’être le chef de l’Etat. Ensuite et surtout, qu’il voulait être et se présenter comme « le président des riches », de « ceux qui ont réussi » (à « faire du fric »), qui ont pu « s’offrir une Rolex avant 50 ans », pour reprendre la bien malheureuse formule d’un de ses meilleurs amis.
Quand on se goberge, sans pudeur, sur le yacht de Bolloré, on est, forcément, favorable au bouclier fiscal, forcément, prêt à couvrir toutes les magouilles des ténors du CAC40 et d’un ancien ministre du Budget indélicat. On avait déjà eu le régime « des copains et des coquins ». On entrait dans celui « des canailles et de leur valetaille ». On est, forcément, inconscient des souffrances des petits, des modestes, des obscurs.
On reproche à ces « antisarkozistes » de s’en prendre davantage à l’homme qu’à sa politique. Mais il se trouve que le bonhomme est une incarnation caricaturale de sa politique, brouillonne, agitée, coléreuse, méprisante, se limitant à ses effets d’annonce et des coups de menton, jouant de la provocation, multipliant des volte-face, injuste…
Naturellement, ceux qui semblent s’en prendre davantage à l’homme qu’à sa politique sont, le plus souvent, des « gens de droite ». La droite est plus déçue que la gauche qui ne se faisait aucune illusion. Elle est aussi sans doute, plus sensible à l’image d’un chef d’Etat, à son vocabulaire, à certains principes moraux.
Quoi qu’il en soit, c’est la « désaffection » (et le mot est faible) de ces gens-là qui est, aujourd’hui, dramatique pour Sarkozy. Sauf catastrophe (comme, par exemple, un nouveau mai 68) ils ne revoteront jamais pour lui, en 2012. Certes, ils ne basculeront pas non plus à « gauche-toute », cependant un certain nombre d’entre eux pourraient s’accommoder d’un Dominique Strauss-Kahn auquel, le connaissant mal, ils font déjà les yeux doux depuis des années. Mais la majorité de ces déçus de Sarkozy pourrait aussi se réfugier dans l’abstention. A moins, bien sûr, qu’elle ne se découvre, dans l’année qui vient, un « homme providentiel ». C’est l’éternel espoir d’un Bayrou, le nouveau rêve d’un Villepin. Pour l’instant, ils sont les seuls à l’espérer ou à y croire, un peu.
En tous les cas, qu’on se le dise, les déçus de Sarkozy ne sont pas prêts à cacher leur rancœur, même si on leur reproche désormais de s’en prendre plus à l’homme qu’à sa politique.

25 Oct 2010 | Comments (5)

Pyrrhus ne l’a pas emporté au paradis

Nombreux étaient ceux, ces derniers temps, qui pensaient, les uns en l’espérant, les autres en le redoutant, que la levée de bouclier massive contre la réforme des retraites, les gigantesques manifestations de rue qui se succédaient et les grèves qui se multipliaient allaient conduire le pays à connaître un nouveau « mai 68 ».
Il semble bien que les choses s’apaisent et que ce ne soit pas encore pour cette fois.
La loi a été votée, les jeunes sont partis en vacances et les syndicats, étonnés eux-mêmes du succès des mobilisations qu’ils avaient décrétées, n’ont envie ni de jouer avec le feu et de se faire déborder par les extrémistes ni même de reconnaître que, la lassitude venant, le mouvement s’essouffle.
On va donc, sans doute, en rester là… pour le moment. Avec un Sarkozy fier d’avoir fait passer « en force » sa réforme et des syndicats (et une opposition) fiers d’avoir réussi à organiser une telle mobilisation contre le pouvoir.
En attendant de voir la suite des événements, ce qui est intéressant c’est d’essayer de comprendre pourquoi tout n’a pas dégénéré.
Presque tous les ingrédients nécessaires pour une explosion semblaient réunis.
Jamais, avant Sarkozy, aucun chef d’Etat n’avait été rejeté avec une telle violence. En 1968, les Français en avaient, sans doute, assez de de Gaulle mais ils ne le méprisaient pas. Or, aujourd’hui, les Français méprisent le président de la République, à cause de son style, de son allure, de ses volte-face, de ses promesses non tenues, de ses échecs.
Jamais, depuis les débuts de la Vème République, la situation économique et sociale du pays n’avait été aussi catastrophique avec 4 millions de chômeurs, 7 millions de Français vivant sous la ligne de pauvreté, une dette de 1.500 milliards, des déficits qui se creusent partout.
Jamais, sans doute, nous n’avions connu une telle crise morale. Pris entre la mondialisation, l’Europe et l’immigration, les Français ne savent plus ce que c’est qu’être français, ils ne voient plus d’autre avenir qu’un déclin programmé, ils ne font plus aucune confiance ni au personnel politique ni même à l’Etat maintenant qu’ils ont compris que l’Etat-providence était condamné.
Et pourtant, ils ont fini –semble-t-il et jusqu’à preuve du contraire- par se résigner. Personne n’a voulu élever des barricades ni même se lancer dans une grève générale.
Cette réforme des retraites n’était sans doute pas le bon prétexte. Même si nombreux sont ceux qui la contestent, tous les Français ont parfaitement conscience que, si on veut sauvegarder un système des retraites quel qu’il soit, il faudra, d’une manière ou d’une autre, travailler plus longtemps.
Pour faire une « révolution » il faut que la foule veuille « autre chose » et soit donc prête à se lancer dans l’aventure. Or, pour l’affaire des retraites, la foule voulait, au contraire, conserver ce qu’elle avait. Elle était sur la défensive, la protection d’un avantage acquis. Et on peut se demander si des gens qui veulent chausser leurs charentaises le plus tôt possible sont prêts à se battre, même contre un pouvoir honni.
Il faut aussi, pour mettre le feu aux poudres, une alliance objective entre les jeunes toujours prêts à en découdre et ceux qu’on pourrait appeler « les intellectuels ». Là, les jeunes n’ont fait que prendre le train en marche et il faut bien dire qu’il y avait quelque chose de ridicule chez ces lycéens et étudiants qui prétendaient se battre pour pouvoir jouir, dans quarante ans, d’une retraite à 60 ans. En 68, les jeunes voulaient se battre pour changer le monde. C’était, bien sûr, dérisoire mais ça avait tout de même plus d’allure.
Quant aux intellectuels, leur silence a été, pendant toute la crise, assourdissant. Au point qu’on peut se demander s’ils existent encore. En 1968, il y avait tout de même Jean-Paul Sartre pour souffler sur les braises.
On en arrive à la question de fond : un pays qui a vécu pendant des décennies dans l’assistanat généralisé, qui s’accroche à ses retraites, à ses pensions, à ses allocations a-t-il encore la force de s’insurger, même si on lui grignote, petit à petit, quelques-uns de ses privilèges ?
Les révolutionnaires sont toujours des gens qui n’ont « plus rien à perdre ». Or, aujourd’hui, il semble bien que les Français ne veuillent pas perdre le peu qui leur reste.
Les historiens à la mode aiment évoquer notre passé de révolutionnaires. Ils oublient pudiquement nos périodes de soumission, voire de collaboration.
Les Français aiment sans doute davantage Guizot que Robespierre. Ce qui n’est pas plus mal.
Reste que Sarkozy aurait tort de se croire le grand vainqueur de ce bras de fer. Il a remporté tout au plus une victoire à la Pyrrhus et le champ de bataille offre un bien triste spectacle. Il est toujours rejeté par une écrasante majorité de la population (il perd encore ce matin trois points dans le sondage Ifop-JDD à 70% de mécontents, record absolu dans l’histoire de la Vème République) et les « vaincus » sont plus forts que jamais, après avoir remporté la bataille de l’opinion et mobiliser plus de troupes que jamais.
Pyrrhus a d’ailleurs très mal fini…

24 Oct 2010 | Comments (8)

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