Eric Woerth a donc fini par avouer qu’il avait bel et bien demandé qu’on accorde la Légion d’Honneur à Patrice de Maistre.
A priori, ce n’est pas un crime impardonnable. Tous les députés, tous les ministres passent leur temps à demander des Légions d’Honneur pour leurs amis, leurs vagues relations et leurs électeurs.
Naturellement, on peut se demander quels étaient les mérites « exceptionnels » de Patrice de Maistre pour avoir droit à une telle distinction. Etre le gestionnaire de la plus grosse fortune de France et donc, inévitablement, être un habile spécialiste de l’évasion fiscale ne semble guère suffisant pour être ainsi honoré d’un petit ruban rouge par la République.
Il est vrai que Patrice de Maistre faisait aussi partie, en tant que conseiller de Liliane Bettencourt et à titre personnel, des généreux donateurs de l’UMP. Il serait d’ailleurs intéressant de savoir combien de membres du fameux « premier cercle » (le petit club des gros donateurs de l’UMP inventé par Woerth en tant que trésorier de la campagne de Sarkozy) ont reçu la Légion d’Honneur.
Mais ce qui est la plus grave, dans cet énième rebondissement, c’est que, sous la torture médiatique, Woerth a du avouer qu’il avait menti.
Depuis des semaines, le ministre nous jurait sur l’honneur qu’il ne connaissait pas Patrice de Maistre, ou à peine, qu’il ne lui avait jamais demandé d’embaucher sa femme, qu’en tant que ministre du Budget, il n’était jamais intervenu à propos des dossiers fiscaux de Liliane Bettencourt, qu’il n’avait jamais sollicité la Légion d’Honneur pour Patrice de Maistre et qu’il était un parfait honnête homme, qui ne mentait jamais, qui n’avait rien de rien à se reprocher et qui était la victime d’une odieuse campagne de déstabilisation menée, par les adversaires de la réforme de retraites et une presse de caniveau aux méthodes fascistes.
Or, Woerth le reconnaît enfin, il est un gros menteur. Et, en plus, un imbécile.
Comment a-t-il pu s’imaginer, une seule seconde, que la presse, accrochée à ses basques, ne finirait pas par trouver une preuve, un document, une lettre qui prouverait ses mensonges.
Et cette fois il va être difficile à ses derniers copains d’affirmer que la presse en question est trotskiste. C’est L’Express, l’hebdomadaire de « l’ami du président » Christophe Barbier, qui a sorti la lettre signée Woerth et demandant la Légion d’Honneur pour Patrice de Maistre. Du coup, certains vont jusqu’à se demander si Sarkozy continue vraiment à soutenir, à bout de bras et quoi qu’il arrive, son ministre du Travail. Et si c’était l’Elysée qui avait balancé la lettre compromettante à Barbier ?
Toujours est-il que celui qui doit, la semaine prochaine, présenter cette réforme des retraites à l’Assemblée (le jour même où les syndicats mobiliseront leurs troupes contre ce texte) est de plus en plus mal en point.
Jusqu’à présent il « bénéficiait » de ce que son collègue Brice Hortefeux appelle « la présomption de culpabilité ». La France entière était convaincue qu’il n’était « pas net », qu’il fricotait avec les grosses fortunes, magouillait avec les patrons du CAC40, au Bristol (où se retrouvent les membres du « premier cercle ») et dans les tribunes des champs de courses, à Chantilly, son fief, ou ailleurs.
Maintenant, les Français savent que ce type ne dit pas la vérité.
Dans tous les pays civilisés, les menteurs, pris la main dans le sac ou (ce qui est plutôt le cas de Woerth) les doigts dans le pot de confiture, sont immédiatement virés du gouvernement. Nixon est tombé à propos de l’affaire du Watergate simplement qu’il avait menti.
On raconte aujourd’hui qu’à l’occasion du grand remaniement ministériel, Sarkozy voudrait se livrer au petit jeu des chaises musicales en nommant Copé secrétaire général de l’UMP, Xavier Bertrand ministre du Travail et Woerth ministre de la Défense.
Il ne serait, sans doute, pas le premier menteur rue Saint Dominique mais ce serait la première fois qu’on y installerait un trafiquant de Légions d’Honneur.
On se souvient que Jules Grévy avait du démissionner de la présidence de la République, en 1887, quand on avait appris que son gendre, Daniel Wilson, vendait les Légions d’Honneur. Combien Patrice de Maistre a-t-il payé pour avoir sa Croix ?

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