Décidemment rien ne nous aura été épargné ! Surtout dès qu’il s’agit de sombrer dans le ridicule.
La France va-t-elle déclarer la guerre au Grand Duché du Luxembourg ? On pourrait presque le croire.
Sous prétexte que la commissaire européenne à la Justice Viviane Reding a critiqué sans ménagement la France à propos de sa politique discriminatoire envers les Roms (en dérapant un peu, c’est vrai, puisqu’elle a évoqué les drames de la seconde guerre mondiale) et qu’elle est de nationalité luxembourgeoise, Sarkozy et les siens ont oublié toutes les convenances, tous les usages, diplomatiques ou autres, et ce sont mis à tirer à vue sur ce malheureux petit Luxembourg.
Il va sans dire que Viviane Reding, commissaire européenne, parlait au nom de la commission européenne et non pas au nom de son « petit » Grand Duché d’origine. Mais qu’importe. Affolé par ces accusations qui venaient après celles du Pape, de l’ONU et de la communauté internationale (mis à part Berlusconi) l’Elysée n’a rien trouvé de mieux que de s’en prendre au Luxembourg, petit pays, certes, mais pays fondateur de l’Union européenne, au cœur du continent, siège du tribunal européen et pays avec lequel, jusqu’à présent, la France n’avait eu aucun contentieux.
Ca a commencé avec Sarkozy lui-même qui a conseillé au Luxembourg d’accueillir des Roms. Ca a continué avec le secrétaire d’Etat aux affaires européennes, Pierre Lellouche, qui est allé à Bruxelles pour faire savoir que la France n’avait « pas de leçons à recevoir d’un petit pays ». Puis, Chantal Brunel, députée de Seine-et-Marne et plus ou moins porte parole de l’UMP, a enfoncé le clou en s’écriant : « La France n’a pas à recevoir de leçon de morale d’une commissaire qui représente un petit pays de 350.000 habitants ». Phrase, on en conviendra, particulièrement idiote. Quelle population au minimum doit avoir son pays pour qu’un commissaire européen puisse s’exprimer au nom de la commission européenne ?
Mais c’est évidemment Philippe Mariani qui a décroché le gros lot en déclarant textuellement : « J’aurais préféré qu’en 1867, Napoléon III et Bismarck aient un entretien qui débouche autrement et que le Luxembourg n’existe pas ». Or, Mariani n’est pas n’importe qui. Sénateur-maire de Compiègne, il est le rapporteur du Budget au palais … du Luxembourg. L’ennui c’est qu’il ignore autant les usages diplomatiques que l’Histoire.
L’entretien entre Napoléon III et Bismarck n’a pas eu lieu en 1867 mais en octobre 1865, à Biarritz. Au cours de cette rencontre, Napoléon III s’était engagé à rester neutre au cas où une guerre opposerait la Prusse à l’Autriche en échange d’une (vague) promesse de Bismarck de faire offrir à la France la Belgique et le Luxembourg. La Prusse ayant pu, grâce à la neutralité française, battre l’Autriche à Sadowa en juillet 1866, Bismarck oublia ses promesses et la Conférence de Londres, en mai 1867, créa un Luxembourg « libre et neutre ». Le maire de Compiègne, « ville impériale », peut reprocher bien des choses à Napoléon III (notamment de s’être fait rouler par Bismarck) mais sûrement pas d’avoir créé le Luxembourg. Mais là n’et pas l’essentiel.
Ce qui est sidérant c’est qu’un chef d’Etat et des responsables politiques perdent ainsi leurs nerfs et confondent soudain la scène internationale avec une cour d’école, voire un champ de foire, où des gamins mal élevés, voire des maquignons, pourraient s’injurier et s’étriper.
Sarkozy déteste personnellement le Luxembourg. Pas seulement parce que s’y trouve le siège de Clearstream mais à cause de l’affaire, autrement plus grave, des sous-marins vendus en 1994 au Pakistan.
On sait que onze Français ont été, en 2002, victimes d’un attentat à Karachi et que toutes les enquêtes tendent à prouver que cet attentat a été fomenté par des personnalités pakistanaises qui reprochaient à la France d’avoir interrompu, en 1996, le versement des commissions qu’elles devaient toucher pour avoir facilité la vente de ces sous-marins.
Naturellement, certains imaginent que ces dessous-de-table (légaux) servaient aussi à distribuer des rétro-commissions (illégales) à certains responsables français. Et on soupçonne Edouard Balladur (dont le directeur de campagne n’était autre que Sarkozy) d’avoir financé, en partie, sa campagne présidentielle de 1995 avec ces rétro-commissions.
Or, la police luxembourgeoise a officiellement fait savoir qu’elle était en possession de « documents prouvant que Nicolas Sarkozy avait directement supervisé, en 1994, la constitution de la société offshore Heine par laquelle transitaient toutes les commissions du contrat Agosta et qu’il avait personnellement recruté les deux dirigeants de cette société, Jean-Marie Boivin et Yves Schmidt ». La police luxembourgeoise détient même des lettres, signées Boivin et Schmidt, adressées à Nicolas Sarkozy, et dans lesquelles les deux hommes protestent contre l’interruption du versement des commissions et demandent des indemnités.
On comprend alors pourquoi Sarkozy a une telle haine contre le Luxembourg. Mais de là à déclarer une guerre, même verbale, au Grand Duché, il y a un pas qu’il n’aurait jamais du franchir.

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