De par la Constitution, le président de la République est « le garant de l’indépendance de la justice ». Et c’est très bien ainsi. L’ennui, avec ce président-là, c’est qu’il risque bien d’avoir, avant longtemps, à changer de rôle et de se retrouver… dans le box des accusés.
Il s’était imaginé que, dans la course aux voix, on pouvait tout se permettre. Confondant sans vergogne « démocratie » et « démagogie », il pensait pouvoir, sans risque, utiliser le populisme de caniveau, manier le pire des racismes et brandir l’étendard de la xénophobie. Il croyait que la France qui l’avait élu n’avait plus de morale, plus de principes, plus de lois.
Il avait simplement oublié « les intellos de Saint Germain des Près » comme dirait l’imbécile d’Hortefeux et qui, c’est vrai, n’ont plus guère de poids mais aussi –excusez du peu- le pape, l’Europe et les pays du monde entier réunis au sein de l’ONU qui, même s’ils ne sont pas, tous, toujours, irréprochables, c’est le moins qu’on puisse dire, peuvent encore s’offrir le luxe de défendre officiellement quelques grands principes de civilisation et ne ratent, en tous les cas, jamais une occasion de dénoncer à grands cris tout donneur de leçons ayant dérapé.
Comment Sarkozy a-t-il pu imaginer un seul instant que nos « copains » européens (qui, en général, le détestent) et nos « amis » de la planète (qui, le plus souvent, le méprisent) ne sursauteraient pas devant ses élucubrations sécuritaires et se priveraient de l’occasion inespérée qu’il leur donnait de moucher la France et de la traîner devant les tribunaux de la (bomme ou mauvaise) conscience internationale.
Viviane Reding, la commissaire européenne à la Justice et aux Droits des citoyens, a annoncé aujourd’hui que devant l’attitude « honteuse » de Paris et des méthodes « qu’on espérait ne plus revoir depuis la fin de la seconde guerre mondiale » (sic !) elle demandait « l’ouverture contre la France d’une procédure pour attitude discriminatoire et infraction à la législation européenne sur la libre circulation des citoyens européens ».
Sarkozy aurait bonne mine s’il se retrouvait dans le box des accusés de la Cour européenne de justice à Luxembourg.
Ce même mardi, le journal Le Monde a fait savoir qu’il envisageait de poursuivre en justice l’Elysée, c’est-à-dire Sarkozy, qu’il accuse d’avoir fait espionner un de ses collaborateurs qui enquêtait sur l’affaire Woerth.
Là encore, le président aurait bonne mine, dans ce box virtuel, si la justice démontrait qu’il a délibérément violé la loi et a utilisé les services (secrets) de l’Etat pour tenter de faire taire des journalistes qui risquaient fort de découvrir certaines méthodes utilisées pour le financement de sa campagne présidentielle de 2007.
Et ce n’est pas fini. Cet après-midi, la Cour d’appel de Versailles a autorisé la juge Prévost-Desprez à poursuivre son enquête sur cette même affaire Woerth-Bettencourt et à se servir des enregistrements des conversations de Patrice de Maistre, le gestionnaire de l’héritière de l’Oréal.
Or, on sait que ce gestionnaire, membre éminent du « premier cercle » des bienfaiteurs-donateurs de Sarkozy (et accessoirement patron de Florence Woerth), manquait un peu de discrétion, notamment au téléphone, quand il se targuait de « tenir » le ministre du Budget, trésorier de l’UMP.
Mme Prévost-Desprez risque donc d’en apprendre de belles sur le financement de l’UMP. Rebelote pour Sarkozy et dans un autre box.
Mais le pire du pire est ailleurs. Car, là, il y a eu morts d’homme.
Toujours hier –décidément une bien mauvaise journée pour « le garant de l’indépendance de notre justice »- le juge Renaud Van Ruymbeke, chargé du dossier de l’attentat du 8 mai 2002 qui avait causé, à Karachi, la mort de 11 Français employés par la Direction des Constructions Navales, a fait savoir qu’il allait enquêter sur un faux témoignage essentiel pour la recherche de la vérité. Il s’agit du témoignage d’un certain Jean-Marie Boivin, administrateur de la société par laquelle transitaient les commissions versées par Paris aux intermédiaires pakistanais qui avaient facilité la vente de nos sous-marins à Islamabad.
Or, dans cette affaire, qui dit « commissions » pense « rétro-commissions » et qui pense « rétro-commissions » soupçonne fort cet argent sale et depuis taché de sang d’avoir servi à la campagne présidentielle d’Edouard Balladur dont Nicolas Sarkozy était la directeur.
Que Nicolas Sarkozy aille d’un box d’accusé à un autre prouverait, bien sûr, l’indépendance de notre justice dont il est la garant. Mais cela ne donnerait sans doute pas une très bonne image de la France.
On comprend mieux pourquoi Sarkozy voulait supprimer le juge d’instruction…

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