Le moins qu’on puisse dire c’est qu’il y a de l’ambiance dans les allées du pouvoir. Une ambiance délétère et pourrie, celle des fins de règne où tout le monde s’étripe et où chacun tente de sauver sa peau. Les rats quittent le navire et, dans le panier, les crabes s’arrachent les yeux, alors que, dans le marigot, les crocodiles s’entredévorent.
Récapitulons :
Le premier ministre, François Fillon, fait savoir qu’il n’a ni la même « sensibilité » ni la même « façon d’agir » que le président de la République et qu’il a été « surpris » par les prises de position du ministre de l’Intérieur et du ministre de l’Industrie, Brice Hortefeux et Christian Estrosi, les deux premiers « chouchous » du chef de l’Etat.
Le président du groupe UMP à l’Assemblée, Jean-François Copé, se dit « étonné » par les déclarations du premier ministre et s’écrie : « Je peux comprendre qu’à gauche, où on est gêné sur la sécurité, on préfère taper sur le président de la République. Je le comprends moins de la part de certains de nos amis ».
Le président de l’UMP, Xavier Bertrand, déclare : « Dans notre camp plus qu’ailleurs, on n’aime pas les diviseurs, on n’aime pas les snipers, on n’aime pas ceux qui jouent contre leur camp ». On pourrait se demander s’il vise le premier ministre ou le président du groupe UMP de l’Assemblée. Mais quand on sait à quel point il déteste ce dernier, le doute n’est pas permis. D’autant plus que ce dernier en question venait de critiquer, sans ménagement, la façon dont le président de l’UMP avait organisé les universités d’été.
Le premier ministre remet alors çà en demandant à chacun « d’éviter toute stigmatisation et toute surenchère » et de « taire ses états d’âme » ce qui est un comble de sa part puisqu’il vient, lui-même, de les étaler au grand jour.
Et la ministre de l’Enseignement supérieur, Valérie Pécresse, résume la situation en affirmant : « Il y a tous ceux qui, quand la tempête fait rage, descendent dans la cale pour y organiser le procès du capitaine. Ils parlent fort et quelquefois leurs ambitions personnelles leur font perdre le cap ». En voilà une, en tous les cas, qui ne croit pas que Fillon va rester à Matignon.
Le moins qu’on puisse dire c’est que tout cela fait désordre, que le général ne tient plus ses troupes et qu’il y a de la débandade dans l’air.
Que la tempête fasse rage est évident. Elle a été provoquée par le fameux discours de Grenoble et le coup de barre à l’extrême droite qu’a voulu donner Sarkozy pour lancer sa campagne des présidentielles de 2012 et faire oublier ses échecs et les scandales. Un bon nombre des siens se sont soudain sentis mal à l’aise avec cette surenchère sécuritaire aux relents xénophobes qui les embarquait vers une aventure bien dangereuse.
Mais d’autres éléments ont fait lever la tempête.
Il était évidemment absurde d’annoncer, avant l’été, un grand remaniement ministériel. Tous les membres du gouvernement ont passé des vacances épouvantables en se demandant s’ils allaient perdre leur « job » et se retrouver à la rue. Et les autres se sont mis à rêver d’une promotion à laquelle ils aspirent depuis des années. Il en faut moins que çà pour pourrir une atmosphère, réveiller toutes les ambitions, toutes les rancoeurs, toutes les haines. Tous les coups deviennent permis et c’est le chacun pour soi.
Et puis, bien sûr, il y a l’approche des présidentielles et les sondages. Avec le quinquennat, la campagne commence encore plus tôt. A mi mandat, il faut déjà prendre position et fourbir ses armes. Or, pour certains, à la lecture des sondages, les carottes semblent déjà cuites. Ils sonnent donc le sauve-qui-peut.
Après trois ans de cohabitation docile et respectueuse, le premier ministre nous fait savoir qu’il n’a rien de commun avec le président, le ministre des Affaires étrangères nous fait croire qu’il est là par erreur, le ministre de la Défense nous confirme qu’il se présentera contre le président en 2012, la secrétaire d’Etat à la Ville nous rappelle qu’elle est de gauche et qu’elle désapprouve la politique menée, etc.
D’autres, convaincus que Dominique Strauss-Kahn ne se présentera pas et que donc tout n’est, peut-être, pas perdu et sachant surtout que leur heure n’est pas encore arrivée (si tant est qu’elle arrive jamais) s’accrochent aux basques du capitaine désarçonné, tout en tentant de s’entretuer. Ce sont, par exemple, Copé et Bertrand.
Et les Français, dans tout cela ? Ils observent, sans doute, d’un œil désabusé ces déballages, ces règlements de comptes, ces trahisons et cela ne va, sûrement, pas les inciter à redonner sa chance à un homme qui leur avait promis monts et merveilles, une République irréprochable et le bonheur pour tous et qui, finalement, aura géré les siens aussi mal que le pays.
En face, au PS, on sourit, on se lèche les babines et on met déjà pratiquement en vente la peau de l’ours. « Nous sommes unis, vive l’unité ! », répètent-ils en chœur. Mais unis sur quoi ? Quand on n’a ni programme établi, ni candidat désigné, il est trop facile de proclamer haut et fort qu’on est tous d’accord. Les Français les observent eux aussi.

Mots-clefs : , , ,