Cinq de nos compatriotes ont été pris en otages, jeudi dernier, dans le nord du Niger, à Arlit où ils travaillaient sur le gigantesque site d’extraction d’uranium. L’opération a, sans doute, été menée par le même groupe de rebelles -des membres d’Al Qaïda au Maghreb Islamique- qui avait déjà capturé Michel Germaneau et l’avait assassiné en juillet dernier.
Il s’agit de fanatiques religieux qui, après avoir mené une véritable guerre terroriste contre le régime algérien, sous le nom du GIA, et avoir été refoulés d’Algérie, déambulent, depuis des années, en toute impunité, à travers l’immense désert qui recouvre le sud algérien, la Mauritanie, le Mali et le Niger. Ces terroristes pratiquent à la fois la guerre sainte contre « les infidèles », c’est-à-dire les Occidentaux, et des razzias relevant du simple banditisme.
A Paris, on nous jure que l’armée française ne participe pas à l’opération que vient de lancer au Mali -où se sont vraisemblablement repliés ces rebelles avec leurs otages- l’armée mauritanienne. On voudrait le croire, même si certains témoins affirment avoir vu des avions de reconnaissance français survoler, dès vendredi, l’est du désert malien et qu’il est difficile d’imaginer que Nouakchott n’ait pas demandé à Paris une certaine assistance pour mener une opération visant à libérer des otages français.
Personne n’a oublié le drame de Michel Germaneau. Ce vieil humanitaire français a été assassiné par ses geôliers le 25 juillet parce que l’armée française avait, quelques jours plus tôt, mené, en vain, avec les Mauritaniens, une opération pour tenter de le libérer, opération au cours de laquelle sept rebelles avaient été tués. C’est en réponse à cette opération ratée que les terroristes ont exécuté leur otage français.
Quelques jours plus tard, ce même groupe de l’Aqmi a libéré deux otages espagnols qu’il détenait. On imagine sans peine que Madrid avait négocié avec les rebelles et payé une rançon. Le gouvernement espagnol a été plus habile que le gouvernement français. Ses ressortissants ont eu la vie sauve, le notre a été assassiné.
Dans ce genre de situation le seul mot d’ordre qui s’impose c’est, d’abord et avant tout, de sauver les otages. Il faut donc négocier, même avec les pires terroristes, quitte, bien sûr, à régler les comptes, plus tard, quand les otages sont rentrés sains et saufs.
Dans le drame de Michel Germaneau, les autorités françaises (Kouchner en l’occurrence) nous ont menti effrontément en nous affirmant qu’elles n’avaient jamais eu le moindre contact avec les rebelles et que ceux-ci n’avaient jamais formulé la moindre exigence pour libérer le Français. Or on n’a jamais vu de preneurs d’otages ne pas se manifester et ne pas formuler certaines revendications pour monnayer leurs otages.
En fait, les rebelles avaient demandé la libération d’un certain nombre de leurs amis détenus dans les prisons mauritaniennes, maliennes et nigériennes. Ces exigences étaient évidemment difficiles à accepter puisque Paris ne peut pas à la fois aider ces capitales à lutter contre le terrorisme islamiste et leur demander de libérer des terroristes dès qu’il y va de la vie d’un Français. Il est difficile aussi de payer une rançon puisqu’on sait parfaitement que cet argent va permettre aux rebelles d’acheter des armes pour poursuivre leur combat. Mais on n’a guère le choix.
En tous les cas, toutes les opérations militaires sont vouées à l’échec. Même si on arrive à repérer au milieu de l’immensité du désert la bande de terroristes qui détient les otages, il est évident que, dès le début de l’attaque, les rebelles massacreront leurs prisonniers.
Les hasards du métier de journaliste m’ont fait beaucoup fréquenter ces rebelles qui guerroient dans cet immense désert, le Polisario, au sud marocain, les Touaregs, au Mali et au Niger, le Frolinat, au Tchad. Jamais, nulle part, aucune armée régulière n’a pu venir à bout de ces bandes de combattants qui sont comme des poissons dans l’eau dans leurs dunes et leurs rocailles, qui sont guerriers « de naissance » à la résistance physique incroyable et qui bénéficient, pour des raisons tribales, de la complicité des caravaniers de ce monde très particulier qu’est le désert.
Le seul moyen de mettre un terme à ces rebellions c’est de les « asphyxier à la source ». Seuls, les Marocains ont pu vaincre (plus ou moins) le Polisario. Pas avec des opérations militaires qu’ils ont menées en vain pendant des années. Mais en signant finalement des accords secrets avec l’Algérie qui servait de base arrière à ces rebelles. Du jour où le Polisario n’a plus pu recevoir d’armes par l’Algérie et n’a plus possédé de camps d’entraînement dans la région de Tindouf, il a du accepter les conditions que lui offrait Rabat.
Les terroristes de l’Aqmi qui sont de mieux en mieux équipés, comme le prouve l’opération d’Arlit, reçoivent leurs armes et leurs véhicules de « quelque part ». C’est sur ce « quelque part » qu’il faut agir.
Il suffit de regarder une carte pour soupçonner leurs protecteurs qui sont, en fait, leurs commanditaires. On a le choix entre la Libye de Khadafy qui a très longtemps financé et armé les rebelles du Tchad et le Soudan, fief de l’islamisme radical par lequel transite vers le cœur de l’Afrique toutes les aides venues du Golfe.
Il est plus facile de suivre à la trace le parcours des pétrodollars islamistes que de repérer les traces de trois jeeps dans les sables du désert.
La tentation de lancer une opération spectaculaire de commando pour châtier les preneurs d’otages est évidemment grande. Mais on veut croire que Nicolas Sarkozy se souviendra de Michel Germaneau.

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