Encore un sondage, dira-t-on. Oui mais après le flot d’injures qu’on m’a jeté au visage à propos de l’affaire des Roms et de mes critiques sur la politique « discriminatoire» du gouvernement, on comprendra, j’espère, que je ne résiste pas à en faire état.
C’est un sondage IFOP (donc a priori sérieux) que publie aujourd’hui Sud-Ouest.
La question posée était simple : « Au cours des dernières semaines, diriez-vous que l’image de la France à l’étranger s’est améliorée, dégradée ou n’a pas changé ? »
Les réponses sont tout aussi simples : 71% des Français estiment que l’image de leur pays s’est dégradée, 27% qu’elle n’a pas changé, 2% qu’elle s’est améliorée.
Et, si on entre dans les détails des réponses au sondage, on apprend que 61% des gens de droite, 78% des gens de gauche, 67% des ouvriers et 85% des cadres considèrent que l’image de la France s’est dégradée à l’étranger.
Naturellement, on pourra toujours dire que les Français ne connaissent pas l’image que les étrangers ont de notre pays. Tous ne lisent pas la presse étrangère (qui a été unanime à nous condamner), tous n’ont pas des amis résidant à l’étranger qui leur ont téléphoné pour leur faire savoir l’émotion provoquée par l’affaire des Roms dans les milieux francophiles des grandes capitales.
En fait, les Français se contentent d’imaginer que l’image de la France en a pris un sérieux coup. Parce qu’ils s’imaginent aussi que l’image de notre pays était celle d’un pays de droit, respectueux des droits de l’homme, hospitalier et chaleureux où les étrangers pouvaient être « heureux comme un Juif en France », selon la vieille et jolie formule. Ils s’imaginent donc aisément que le virage au tout sécuritaire, les menaces de déchéance de la nationalité pour les délinquants naturalisés de fraîche date, la loi anti-burqa et la chasse aux Roms ont pu et du choquer voire scandaliser les étrangers. Ils ont raison.
On peut aussi, bien sûr, dire qu’on se moque éperdument de ce que pensent les étrangers de la France. Renvoyer le pape à ses prêtres pédophiles, « le machin » de l’ONU à des problèmes autrement plus graves à travers la planète et qu’il n’arrive pas à résoudre, l’Europe à son incapacité à faire face à la crise économique qui secoue le continent.
On peut dire que nous sommes les meilleurs (nous faisons çà très bien) et que le reste de la planète n’a qu’à aller se faire voir ailleurs.
Oui. Mais alors que nous reste-t-il ? Notre puissance économique ? Le déficit devenu chronique de notre balance commerciale est éloquent. Notre puissance militaire ? Les malheurs de notre seul et unique porte-avions doivent nous rendre modestes. Notre influence diplomatique ? La seule apparition de Kouchner fait sourire dans toutes les réunions internationales.
Non. Ce qui nous restait c’était justement notre « image ». Celle d’un grand pays, au passé prestigieux, à la culture universaliste, à la civilisation prestigieuse, mais aussi, malgré tous nos déboires, exemplaire sur certains principes moraux. La France pouvait, parfois, donner des leçons au monde entier, grâce, justement à son « image ».
Si en mettant « la tâche de la honte sur le drapeau tricolore » comme a dit Villepin (auquel on peut reprocher bien des choses mais pas d’être « un mauvais Français ») nous perdons cette image, il ne nous restera pas grand-chose et nous deviendrons un petit pays, tout petit, étriqué, renfermé sur lui-même et ressassant ses peurs, ses haines, ses rancoeurs.
Ce n’est pas ce que souhaitent ceux que certains qualifient aujourd’hui de « mauvais français » sous prétexte qu’ils sont en désaccord avec la politique démagogique (et donc irresponsable) d’un président de la République rejeté d’ailleurs désormais par 66% des Français.

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