Sarkozy espérait que les présidences du G8 et du G20 allaient lui permettre de redorer son blason et lui donner, enfin, une envergure d’homme d’Etat pour affronter la campagne présidentielle de 2012. C’est raté.
La stupide affaire des Roms dans laquelle il s’est engouffré par pure démagogie le met au ban de la société des nations et va gravement compromettre le rôle qu’il s’apprêtait à tenir à la tribune internationale.
Hier, à Bruxelles, l’Europe des 27 l’a unanimement condamné (à l’exception de Berlusconi mais qui n’est pas la meilleure des références morales) pour la politique « discriminatoire » qu’il mène « contre une minorité ethnique », les Roms. En clair, les chefs d’Etat européens l’ont accusé sans ménagement d’être raciste et xénophobe.
Au lieu de chercher une échappatoire en racontant qu’on l’avait mal compris, qu’il s’agissait d’un malentendu provoqué par la maladresse d’un fonctionnaire qui avait malencontreusement évoqué dans une circulaire « les Roms » au lieu de parler « des étrangers en situation irrégulière », il s’est entêté et, montant sur ses ergots, a défié tout le monde.
Heureusement pour lui, que la commissaire européenne chargée du respect des Droits de l’Homme avait un peu dérapé en faisant référence aux drames de la seconde guerre mondiale. Cette allusion –tout de même très excessive- lui a permis d’essayer –en vain- de noyer le poisson en jouant les indignés, blessés par l’insulte.
Mais, lors de la conférence de presse qu’il a donnée à l’issue de ce sommet, il a été pitoyable en mentant sans vergogne. Pourquoi a-t-il raconté que tout le monde lui avait donné raison, alors que tous les autres répétaient leur indignation devant les décisions de Paris ? Pourquoi a-t-il juré ses grands dieux qu’il n’y avait eu aucun « clash » alors que les autres affirmaient qu’il avait failli en venir aux mains avec le président de la commission et qu’on avait entendu des éclats de voix jusque dans le couloir ? Pourquoi a-t-il prétendu qu’Angela Merkel lui avait dit qu’elle allait, elle aussi, faire détruire des campements sauvages de Roms en Allemagne, ce que Berlin a immédiatement démenti ?
Trop habitué à mentir en France devant une presse complaisante, Sarkozy ignore que, sur la scène internationale, ses interlocuteurs et les journalistes du monde entier n’hésiteront jamais à le contredire pour rétablir la vérité.
Voilà donc le président de la République française coupé de l’Europe, ostracisé, et pour une raison morale particulièrement infamante. Il est « le » raciste des 27. Comment va-t-il pouvoir présider le G8 et le G20 ?
Il faut bien dire que, contrairement à ce qu’on nous raconte trop souvent, la France n’est déjà pas très appréciée dans les capitales européennes. On lui a toujours reproché son arrogance et sa prétention d’Etat fondateur à vouloir tout diriger. La France a été la seule, avec les Pays-Bas, à voter « non » au projet de Constitution. Mais depuis l’élection de Sarkozy les choses se sont encore aggravées.
Là encore contrairement à ce qu’on nous raconte, la présidence de l’Europe par Sarkozy n’a pas été considérée par les Européens comme un succès. On se souvient qu’elle avait commencé par le lancement à grands renforts de tambours et de trompettes d’une Union pour la Méditerranée totalement ridicule (puisqu’elle faisait des pays scandinaves des riverains de la Méditerranée) et aujourd’hui complètement oubliée. Et qu’elle s’est poursuivie par l’opération de Géorgie. Sarkozy nous avait alors raconté qu’il avait su sauver ce petit pays en faisant reculer Medvedev, Poutine et leurs chars. Les Français en sont, aujourd’hui encore, convaincus. Les Européens, eux, savent parfaitement que la Russie a envahi, occupé et même définitivement annexé les deux provinces géorgiennes qu’elle convoitait.
Pour ce qui est de la crise économique et financière qui frappa l’Europe de plein fouet alors que Sarkozy la présidait, on ne peut pas dire non plus qu’il ait su y faire face, même s’il a adopté les solutions que préconisait Londres, tout en s’inclinant devant les diktats de Berlin.
Quant au reste de la planète, on ne faudrait pas croire qu’il ait une admiration béate pour le président français. Obama l’ignore superbement, les Chinois le méprisent depuis ses volte-face à propos du Dalaï-Lama, les Russes le roulent dans la farine comme le prouve l’affaire des porte-hélicoptères et les nouveaux Grands, l’Inde, le Brésil, le Mexique et les autres, le prennent pour quantité négligeable. Que sont d’ailleurs devenus tous les contrats d’achat de Rafale, de TGV ou de centrales nucléaires que Sarkozy brandissait à ses retours de voyages officiels dans tous ces pays ?
Ajoutons que ses projets pour ses présidences du G8 et du G20 font déjà rigoler ceux qu’il va vouloir présider. Ses idées de gouvernance économique mondiale, de contrôle planétaire des banques ou de fixation mondial du prix des matières premières stupéfient tous les chefs d’Etat responsables. Sarkozy n’a toujours pas compris que le volontarisme, quel qu’il soit, n’a aucun pouvoir en face des réalités.
La France avait une place à part sur la planète qui lui permettait de faire encore partie des Grands parce qu’elle était le pays des Droits de l’Homme, d’une culture universaliste, de quelques grands penseurs.
En se faisant montrer du doigt et condamner pour une histoire mal gérée de « Romanichels », Sarkozy ne pourra plus parler au nom de « la France éternelle ».
Il aura peut-être gagné quelques voix à l’extrême droite (et ce n’est même pas sûr, ils ont « déjà donné » et ils ne lui pardonneront jamais sa trahison de « l’ouverture ») mais il aura rendu aphone la voix de la France. Ni le G8 ni le G20 ne lui permettront de faire croire aux électeurs de 2012 que, malgré tous ses échecs intérieurs, il est un grand homme d’Etat.

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