Au fond, c’est une « tactique » pour ne pas dire une « technique » de Sarkozy. Depuis qu’il est à l’Elysée, tous les quatre matins, il nous lance au visage une idée qui vient de lui passer par la tête, qu’il improvise complètement, qui n’a donc pas été étudiée sérieusement et dont il ignore lui-même totalement les conséquences.
Et cette idée, fumeuse, farfelue ou carrément démagogique, fait, pendant quelques heures ou quelques jours, voire quelques semaines, la « une » de l’actualité, l’ouverture des journaux télévisés. Mieux, elle fait débat, elle est au centre de toutes les discussions, on ne parle plus que d’elle. Et puis… çà retombe, on passe à autre chose, à une nouvelle idée du prince et on oublie la précédente. Cà a fait « pschitt », comme aurait dit son prédécesseur. Mais, grâce à cette idée-gadget, il a tenu le devant de la scène, il a amusé le tapis et parfois épaté la galerie.
Les exemples sont innombrables. Au hasard : il voulait supprimer les juges d’instruction, cela a provoqué un tollé général. On n’en parle plus. Il voulait que les professeurs lisent devant leurs élèves, le jour de la rentrée, la lettre de Guy Moquet. Certains se sont indignés. On n’en parle plus. Il voulait que les enfants de CM2 « parrainent » la mémoire d’un petit juif disparu dans les camps de la mort. Idée monstrueuse, bien vite oubliée. Il voulait supprimer la publicité à la télévision publique. Oublié. Il voulait créer une Union pour la Méditerranée. Emportée par les flots de l’actualité. Il voulait pouvoir s’adresser directement au Parlement. Il ne l’a encore jamais fait alors pourtant que les occasions de s’expliquer devant la représentation nationale ne lui ont pas manqué.
Et on pourrait multiplier à l’infini les gadgets que ce président farfadet nous a sortis de sa manche, de sa poche et de son chapeau, depuis qu’il est chargé de diriger le pays, de faire face aux crises économique et sociale dans lesquelles s’enfoncent les Français et de préparer un avenir qui s’annonce pour le moins morose.
Le stratagème a un double intérêt pour Sarkozy. Il démontre aux Français qu’il est actif, superactif, hyperactif, en permanence sur la brèche, plein d’idées novatrices, prêt à bousculer toutes les habitudes et, en même temps -et c’est surtout çà l’important- il distrait l’opinion, l’occupe avec des broutilles, lui fait oublier les vrais problèmes et ses propres échecs.
Aujourd’hui, le Parlement a définitivement adopté la loi interdisant le port du voile intégral dans tous les lieux publics. La chose est passée pratiquement inaperçue.
Or, il y a quelques mois, quand Sarkozy avait lancé cette idée, nous avions eu droit à des débats acharnés, à des polémiques enflammées. Les uns avaient brandi la dignité de la femme, le danger du fanatisme islamique, la défense de notre civilisation. Les autres avaient répondu en rappelant les grands principes de la République sur la liberté garantie à chacun, les dangers de la stigmatisation des minorités et les difficultés matérielles d’appliquer une telle loi.
Pendant quelques semaines, la France avait été divisée en deux par cette histoire totalement anecdotique et en tous les cas plus que marginale du voile : d’un coté, ceux qui voulaient interdire le voile, de l’autre, ceux qui refusaient qu’on ajoute une interdiction de plus à nos lois déjà trop liberticides. C’était pire que ce qu’avait été l’affaire Dreyfus !
Bravo, l’artiste ! Alors que la France était en pleine crise économique, que le nombre des chômeurs augmentait dans des proportions considérables, que la pauvreté et la précarité s’attaquaient à de nouvelles couches de notre société, que les jeunes désespéraient, que nos déficits et notre dette atteignaient des records historiques épouvantables, nous nous entredéchirions pour savoir s’il fallait mettre, ou non, une amende de 150 € aux 2.000 bonnes femmes (souvent d’ailleurs des converties de fraîche date) qui s’affublent avec les oripeaux des mollahs les plus fanatiques.
Nous nous étions fait totalement piéger.
Aujourd’hui, on nous dit que la loi sera appliquée dans six mois, si tant est que la Conseil constitutionnel ne la rejette pas, et qu’au pire les « coupables » seront astreintes à un stage de formation civique. Les policiers nous faisant d’ailleurs savoir qu’ils n’auront aucun moyen pour faire respecter ce texte.
On peut se demander si l’affaire des Roms ne relève pas de cette même tactique du leurre.
Pas plus que les 2.000 femmes en burqa rasant les murs dans leurs cités de non-droit, les 10.000 Roms faisant la manche aux alentours de leurs campements sauvages n’étaient un problème prioritaire dans la France d’aujourd’hui. Ni les unes ni les autres ne représentaient un danger immédiat pour les Français nécessitant lois d’urgence et mesures exceptionnelles et ce n’est ni en verbalisant les femmes voilées ni en expulsant les Roms que le pouvoir va apporter la moindre solution aux problèmes qui préoccupent, angoissent les Français.
Aujourd’hui, la loi « anti-burqa » a été adoptée par le Parlement et on s’aperçoit que tout le monde s’en fout.
Pour les Roms (qui nous ont, eux aussi, occupés, distraits pendant quelques semaines et nous ont presque fait oublier l’affaire Woerth) c’est un peu différent. Dans ce sketch-là, l’artiste a oublié non seulement la morale la plus élémentaire et les lois françaises mais aussi les lois européennes. Il se fait donc taper sur les doigts comme un mauvais élève qui a voulu épater ses petits copains et le pauvre Fillon doit aller plaider sa cause à Bruxelles pour tenter d’expliquer que le gosse mal élevé ne savait pas que c’était interdit d’être xénophobe.

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