Tout le monde l’avait compris, Nicolas Sarkozy entendait mener sa campagne présidentielle de 2012 sur des promesses de lutte contre l’insécurité et le succès de sa réforme des retraites. Il espérait récupérer ainsi les voix de l’extrême droite qui lui avaient été si précieuses en 2007 et les électeurs modérés inquiets de l’avenir de leurs enfants.
C’est raté.
Ce ne sont ni les Roms, qu’on va expulser, ni les immigrés naturalisés, assassins de policiers, qu’on va déchoir de leur nationalité, qui constituent l’essentiel de nos criminels et délinquants.
En stigmatisant les Gens du voyage (400.000 dont 90% sont français depuis des générations) et les immigrés naturalisés de fraîche date, Sarkozy est complètement à coté de la plaque.
Ce que les Français veulent, c’est une police de proximité capable de lutter aussi bien contre les gangs que contre les petits voyous auteurs des larcins qui leur pourrissent la vie. La lutte contre l’insécurité n’a rien à voir avec le grand spectacle. C’est un travail quotidien de fourmis.
D’autre part, toutes ces rodomontades sécuritaires à forts relents xénophobes ont été condamnées par l’Eglise –Pape compris- par l’ONU et par le Parlement européen. Ce qui fait tout de même beaucoup. La France de Sarkozy est montrée du doigt. Même si certains estiment que le Pape (allemand, comme l’a rappelé scandaleusement Alain Minc), le « machin » de New York et le « truc » de Strasbourg n’ont pas à se mêler de nos affaires, beaucoup de Français, fiers de « La France des Droits de l’homme », n’aiment pas que la France soit ainsi mise au ban de la société internationale et ces condamnations venues d’un peu partout leur ont ouvert les yeux sur une dérive qu’ils n’avaient peut-être pas toujours perçue.
Pour ce qui est de la réforme des retraites (que chacun sait indispensable), elle est maintenant rejetée par deux millions et demi de manifestants, 55% des Français (selon certains sondages), les syndicats qui ont, grâce à elle, retrouvé toutes leurs couleurs et, bien sûr, l’opposition, elle aussi, requinquée.
En s’attaquant au tabou des 60 ans au lieu de se contenter d’allonger le nombre des années de cotisation nécessaires pour avoir une retraite à taux plein (ce que tout le monde aurait accepté et qui revenait au même), Sarkozy a, évidemment, commis une erreur impardonnable. Par idéologie. Visiblement, il s’agissait pour lui d’abroger l’une des décisions phares de Mitterrand.
Or, il y a des acquis devenus symboliques sur lesquels on ne peut pas revenir. Et d’autant plus qu’en reculant ainsi l’âge légal de la retraite on souligne encore davantage les inégalités qui séparent les « défavorisés » qui ont commencé à travailler jeunes et souvent dans des métiers pénibles et les « favorisés » qui ont pu faire des études et entrer tardivement dans la vie active, généralement, dans des postes plus confortables.
Avec quarante et un ans et demi de cotisations obligatoires, un ouvrier entré dans la vie active à 18 ans et demi pouvait partir avec une retraite à taux plein à 60 ans. Il va maintenant lui falloir travailler deux ans de plus. Alors qu’un « bourgeois », entré dans la vie active après ses études, ne pouvait, en tous les cas, pas partir à la retraite à 60 ans puisqu’il n’avait pas les années de cotisation nécessaires. En clair, cette réforme impose deux ans de plus aux « pauvres » et ne change rien pour les « riches ».
Or, Sarkozy, moins que quiconque, ne pouvait pas se permettre d’avoir l’air de favoriser ainsi « les riches ». Son quinquennat a une tache indélébile, celle d’être « le régime du fric », de la collusion entre le pouvoir et « les puissances d’argent ». Cà a commencé avec le Fouquet’s et le yacht de Bolloré et çà s’est prolongé jusqu’à un ministre (justement chargé des retraites) compromis avec la plus grosse fortune de France.
Les deux arguments massifs que le candidat Sarkozy espérait pouvoir brandir pendant sa campagne se sont donc pour le moins émoussés.
Il lui reste une dernière cartouche à tirer : le remaniement ministériel.
Pour émerger du fin fond de ses sondages, faire oublier soudain ses échecs, ses promesses non tenues, ses balivernes et ses fanfaronnades et « ressusciter » avec une image toute différente, il faudrait qu’il sorte de sa manche ou de son chapeau une équipe nouvelle, jeune, dynamique, inattendue, en précisant bien qu’il ne les traitera plus comme des larbins soumis ou comme des collaborateurs dociles mais comme des ministres compétents et responsables.
Or, de qui parle-t-on aujourd’hui dans les salons qui prétendent savoir ? De Borloo que les Français considèrent comme « un poivrot rigolo », de Michèle Alliot-Marie qui fait désormais figure de « vieille dame d’une autre époque », éventuellement d’Hortefeux, le type qui a inventé « la présomption de culpabilité », « l’expulsion basée sur le volontariat » et « le délit de polygamie de fait », de Luc Chatel qui à force de jouer les porte-parole ressemble à un porte-flingues, de François Baroin qu’on appelle toujours « Harry Potter », voire de Jean-François Copé, un louveteau aux dents longues qu’il serait bien dangereux de faire entrer dans la bergerie, ou même de Claude Guéant, l’austère préfet à la mine patibulaire d’âme damnée.
Sarkozy manque visiblement de ténors en réserve. Du coup, certains en viennent à annoncer que le grand remaniement, si maladroitement annoncé avant l’été, et qui devait être un coup d’éclat si ce n’est un coup de tonnerre, pourrait se limiter à… la reconduction de Fillon.
Et ce n’est pas le départ de Kouchner (même remplacé par Juppé), de Morin et autres Fadela Amara qui pourra redonner au président une image de vainqueur prêt à affronter, la fleur au fusil, tous ceux qui oseront se présenter contre lui.
La dernière cartouche semble un peu mouillée.

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