Cette deuxième journée de mobilisation générale contre la réforme des retraites va-t-elle faire céder le gouvernement ? Evidement non. On imagine mal Nicolas Sarkozy nous déclarant, ce soir, à la télévision : « Eh bien puisque vous ne voulez pas travailler plus longtemps pour sauver notre système de retraites, je renonce à ma réforme et n’en parlons plus ».
Sarkozy sait que cette réforme est indispensable, même si elle a été mal fagotée et mal présentée. Il aurait mieux valu se contenter d’augmenter le nombre des années de cotisation nécessaires pour avoir une retraite à taux plein et ne pas s’attaquer au tabou des 60 ans. Cela aurait été plus équitable et tout le monde l’aurait accepté.
Mais Sarkozy sait surtout que, finalement, cette réforme restera comme la seule « rupture » à laquelle il aura procédé au cours de son quinquennat. Il nous avait promis monts et merveilles. Or, jusqu’à présent, son règne n’a été marqué que par des maladresses relevant des pages people (sa soirée au Fouquet’s, le yacht de Bolloré, son divorce, son remariage), des pages faits divers (le scandale Bettencourt-Woerth) ou de dérapages impardonnables (de l’affaire de l’EPAD à celle de la burqa ou à celle des Roms).
Ayant été incapable de s’attaquer aux problèmes du chômage, de la précarité, de la baisse des revenus, du logement, de la compétitivité de notre économie, de la crise de notre agriculture, n’ayant pas osé entreprendre une réforme de la fiscalité, Sarkozy n’aura que cette réforme des retraites à présenter aux électeurs lors de la présidentielle de 2012.
Les syndicats et l’opposition vont-ils pour autant, devant l’inflexibilité présidentielle, abandonner le combat ? Evidemment non. Eux aussi, savent que cette réforme des retraites est le seul atout de Sarkozy et, comme ils veulent « sa peau », ils vont continuer de l’attaquer sur les failles du projet (les femmes, la pénibilité, les carrières fragmentées) tout en jouant, bien sûr, sur la démagogie (faire payer les riches) et le peu d’envie qu’ont les Français à travailler plus longtemps, d’autant plus qu’ils savent qu’à 55 ans un chômeur n’a plus aucune chance de trouver un emploi.
La réforme va être adoptée à l’Assemblée. Mais elle va rester à l’ordre du jour jusqu’au scrutin de 2012.
Les présidentielles opposeront « le monsieur des 62 ans » à la « dame des 35 heures » (ou au « monsieur des 35 heures » puisque c’est Dominique Strauss-Kahn le vrai « père » des 35 heures).
Certes, plus personne à gauche ne croit encore aux vertus de ces fameuses 35 heures qui ont été oubliées d’un commun accord (tacite) et ni Strauss-Kahn, ni Martine Aubry ne sont, en réalité, fondamentalement opposés à un allongement de la durée de la vie active. Mais, dans cette affaire, tout est symbolique.
Il y aura, d’un coté, celui qui veut faire « trimer » plus longtemps encore les ouvriers exténués par une vie de travail harassant et, de l’autre, les utopistes qui veulent ignorer les réalités de la démographie et de l’économie.
Pour Sarkozy, c’est une chance. Il aura « tout de même » fait quelque chose de sérieux, au milieu de toutes ses frasques et de toutes ses balivernes.
Mais pour l’opposition, aussi, l’argument aura du poids. Il lui suffira, en effet, de présenter cette réforme des retraites comme une preuve supplémentaire de la collusion entre le sarkozisme et les « puissances de l’argent » en répétant inlassablement que « l’homme à la Rolex préfère faire travailler les pauvres plutôt que de taxer les riches ».
Le débat sur les retraites a été pourri par l’affaire Woerth mais la campagne présidentielle va être marquée par ce dossier des retraites.

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