En plus de tout ce qu’on peut lui reprocher, il faut bien reconnaître que Nicolas Sarkozy n’a pas de chance. Il est confronté à d’énormes problèmes économiques et, tout ancien ministre du Budget qu’il soit, de toute évidence, il n’y connaît rien.
Le budget 2011 qui vient d’être présenté au Conseil des ministres de ce matin est épouvantable. Il révèle une situation et des lendemains encore plus catastrophiques que tout ce que les pires pessimistes nous racontaient.
Le candidat Sarkozy nous avait promis de s’attaquer aux déficits publics et à la dette.
Le déficit pour 2010 va battre tous les records. Il était de 7,5% du PIB en 2009, il va être, cette année, de 7,7%. Certes, Christine Lagarde peut toujours nous raconter qu’on redoutait 8,2% mais ce n’est pas une consolation. Et quand elle nous promet qu’il ne sera plus que de 6% en 2011, 4,6% en 2012, 3% en 2013 et même 2% en 2014, elle nous prend –visiblement et une fois de plus- pour plus naïfs que nous ne sommes.
Elle appuie ses prévisions optimistes sur une reprise de la croissance. 1,5% cette année, ce qui n’est pas impossible, 2% en 2011, ce qui tient déjà du fantasme, et de mieux en mieux dans les années suivantes.
Tous les experts sont d’accord : la crise mondiale s’éloigne, la croissance reprend mais… en Asie seulement.
Qui dit déficits aggravés dit, bien sûr, dette publique en augmentation. Cette année, la dette de la France sera de 82,9% du PIB, l’année prochaine 86,2%, en 2012, 87,4%. On sait que la règle européenne est formelle : pas plus de 3% de déficit, pas plus de 60% de dette.
Le candidat Sarkozy nous avait aussi juré ses grands dieux qu’il n’augmenterait jamais les impôts.
Les prélèvements obligatoires représenteront 41,9% du PIB cette année, 42,9% en 2011, 43,3% en 2012, 43,6% en 2013, 43,9% en 2014.
On a beau nous dire que tous les prélèvements obligatoires ne sont pas des impôts et que supprimer ou « raboter » des niches fiscales ce n’est pas augmenter les impôts, les Français qui sont déjà les plus imposés du monde auront, d’année en année, davantage à payer à l’Etat.
Certes, les dépenses de l’Etat sont un peu réduites dans ce budget 2011, passant de 319 milliards à 286 milliards. 31.636 postes de fonctionnaires vont être supprimés, les salaires des fonctionnaires vont être gelés ainsi que les dotations de l’Etat aux collectivités. Et les recettes vont un peu augmenter, à 271 milliards, notamment grâce à la suppression de 22 niches fiscales et au « rabotage » d’un certain nombre d’autres de ces niches.
Mais tout cela est insuffisant (319 milliards de dépenses et 271 milliards de recettes, c’est encore et toujours du déficit), manque de vision d’ensemble (joue-t-on la croissance et la relance ou la rigueur et l’austérité ?) et surtout va paraître profondément injuste aux classes moyennes qui vont, comme d’habitude, faire les frais de cette politique mi chèvre mi chou. Avant de se lancer dans une réforme des retraites, il aurait évidemment fallu faire une grande réforme de notre fiscalité. Mais Sarkozy n’y a pas pensé !
Les Français sont trop préoccupés par leurs difficultés quotidiennes pour être vraiment conscients des drames qu’annoncent nos déficits et notre dette, même s’ils savent que le paiement des seuls intérêts de notre dette est notre premier poste budgétaire (bien avant l’Education nationale) et représente plus que ce que rapporte l’impôt sur le revenu. Mais ils vont, sans doute, très mal réagir à cette augmentation des prélèvements obligatoire à un moment où leurs revenus s’effondrent déjà.
Les derniers partisans de Sarkozy nous disent que ce n’est pas de sa faute, que la crise a été mondiale, que nous nous en sortons mieux que certains pays européens et que les socialistes au pouvoir auraient fait beaucoup moins bien.
Peut-être. Mais ce ne sont pas là des arguments qui pèsent en période pré-électorale. Sarkozy avait promis, Sarkozy n’a pas tenu ses promesses et, quand on prétend prendre la barre, il faut savoir affronter les tempêtes, mêmes imprévues. Sinon l’équipage se met à murmurer (c’est le cas) et les passagers ont le mal de mer (c’est aussi le cas).
Ce qui est le plus étonnant c’est que Sarkozy qui n’hésite pas à nous imposer un grand discours sur sa nouvelle politique ultra sécuritaire quand deux loubards font un braquage à Grenoble n’a pas, aujourd’hui, l’idée de s’adresser à la Nation pour lui expliquer sa politique économique. La sortie (hypothétique) de la crise, la rigueur imposée à (presque) tous et les espoirs (incertains) de relance intéressent infiniment plus les Français que la déchéance nationale de quelques immigrés naturalisés de fraîche date ayant assassiné des gendarmes.
Ce silence de Sarkozy est peut-être reposant, mais il est assourdissant. Les Français vont finir par se demander si le président de la République a la moindre idée pour sortir le pays de la crise, pour relancer l’économie, pour s’attaquer au chômage.
Sarkozy s’imaginait qu’il pourrait remonter sur son cheval en brandissant son épée de carton contre la délinquance. Les derniers sondages prouvent que son discours de Grenoble ne lui a pas fait gagner une seule voix du coté de l’électorat d’extrême droite et lui en a fait perdre un paquet au centre. Malgré la déchéance nationale, malgré la guerre aux Roms, il plafonne toujours à 32% d’opinions favorables.
L’opposition imagine aujourd’hui que la campagne présidentielle va se jouer sur le thème de l’éthique. Et il est vrai que, sur ce sujet, Sarkozy part vaincu d’avance. Et ce n’est pas la « procédure d’infraction » lancée contre la France par la commission européenne à propos de l’affaire des Roms qui va redorer son blason.
Mais on peut se demander aujourd’hui si cette campagne pour 2012 ne va pas surtout se jouer sur les problèmes économiques, la fiscalité, l’emploi, les revenus. Ce sont là les seuls vrais sujets qui préoccupent et angoissent les Français. Sur ce terrain, un duel Sarkozy-Strauss-Kahn, un bateleur d’estrade face à un expert-comptable, ne se terminerait pas en faveur du premier.

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