Archives par moisseptembre 2010



Sarkophobie et antisarkozisme

Christophe Barbier, le directeur de l’Express qu’on voit un peu partout énoncer, souvent péremptoirement, ses vérités et ses contrevérités, établit aujourd’hui un subtil distinguo entre « la sarkophobie » et « l’antisarkozisme ».
D’après lui, les « sarkophobes » sont ceux qui s’attaquent à la personne du président de la République, à son style, à ses manières, à son vocabulaire alors que les « antisarkozistes », eux, lui reprochent ses prises de position, certains de ses discours, voire la politique qu’il mène en général.
Dans sa grande bonté, Barbier admet qu’on puisse, éventuellement, être « antisarkoziste » puisqu’on se place alors dans le combat politique, la querelle des idées. Mais il ne tolère pas qu’on soit « sarkophobe » car, en s’en prenant ad hominem au chef de l’Etat, on manque de la courtoisie la plus élémentaire (« une valeur de la République », va-t-il jusqu’à dire) et on perd toute crédibilité en sortant du domaine de la confrontation politique.
Etant considéré par certains comme un « sarkophage » impénitent, le sophisme soulevé par Barbier m’intéresse particulièrement.
En regardant les choses d’un peu près, on s’aperçoit qu’il a raison. Les Français dans leur ensemble, plus de 67% d’entre eux en tous les cas, sont frappés depuis des mois par une « sarkophobie » galopante alors que certains députés UMP sont simplement atteints, depuis quelques semaines, d’« antisarkozisme ».
Les premiers ne supportent plus physiquement le président de la République. Les seconds se disent qu’au train où çà va ils n’ont plus aucune chance de retrouver le siège de parlementaire auquel ils ont pris goût.
Aux yeux de Barbier, les premiers sont, naturellement, de vulgaires incultes versés dans le populisme et dont les propos ne dépassent pas le niveau des arrière-salles de bistrots alors qu’il est tout à fait prêt à entamer une intéressante discussion avec les seconds, de préférence sur un plateau de télévision, et qu’il se fait fort de la remettre sur le droit chemin.
Barbier n’a rien compris.
Il faudrait, d’abord, qu’il relise la Constitution. Ce n’est pas au chef de l’Etat qu’on peut reprocher tel ou tel aspect de la politique menée. Il n’en est pas le responsable. L’article 20 de la Constitution est formel : « Le gouvernement détermine et conduit la politique de la Nation » alors que l’article 5 précise que « Le président de la République veille au respect de la Constitution. Il assure, par son arbitrage, le fonctionnement régulier des pouvoirs publics ainsi que la continuité de l’Etat ». Le chef de l’Etat, arbitre suprême, est au dessus de la mêlée, il incarne non seulement l’Etat dont il assure la continuité mais, aussi et surtout, la Nation elle-même puisque, à l’instant où il a pris ses fonctions, il est devenu le président de « tous » les Français.
Naturellement, Sarkozy a totalement violé ces deux articles de la Constitution dès son arrivée au pouvoir, en prenant sans aucune pudeur tout en main et en « déterminant et conduisant la politique » du pays, sans la moindre hésitation, la moindre concertation avec qui que ce soit. Elu du peuple, sur un programme précis, il estimait avoir tous les droits si ce n’est tous les pouvoirs pour mettre en œuvre ce programme. Il faut reconnaître que ses prédécesseurs en avaient souvent fait tout autant, mais avec plus de discrétion.
On touche d’ailleurs là à une des incohérences fondamentales de notre Constitution qui prévoit que « le président préside le Conseil des ministres » (article 9) mais que « le premier ministre dirige l’action du gouvernement » (article 21), que « le président est le chef des armées » (article 15) mais que « le premier ministre est responsable de la défense nationale » (article 21), etc.
Cela dit, même si Sarkozy, en jouant sur les textes, avait plus ou moins le droit de présidentialiser à outrance notre régime et d’usurper la fonction de chef du gouvernement en traitant son premier ministre comme un simple « collaborateur », il n’en demeurait pas moins président de la République, arbitre suprême, incarnation de la Nation.
Or, incarner la France c’est évidemment un poste, une fonction, un rôle bien particuliers.
Sarkozy nous avait promis une « République irréprochable ». Les Français n’en demandaient pas tant. Ils voulaient simplement un président irréprochable, un chef d’Etat qui soit un homme d’Etat. C’est-à-dire un homme qui ait « une certaine idée de la France », une vision de l’avenir, une cohérence clairement exposée dans ses projets, mais aussi, en même temps, une certaine tenue, et une certaine retenue, une certaine dignité, un langage plus ou moins châtié.
Or, tout se tient. Car on ne peut « être la France » et se goberger avec des milliardaires, doubler son salaire, épouser un top-modèle au passé sulfureux, insulter des passants, être la risée des chefs d’Etat étrangers par son manque de savoir-vivre, se tenir comme un palefrenier aviné en désignant à la vindicte populaire les métèques et les romanichels.
Sarkozy n’a pas su, pas pu revêtir les habits présidentiels. Les Français –du moins 67% d’entre eux, ce qui est tout de même beaucoup- lui reprochent moins ses échecs sur tous les fronts, le chômage, la délinquance, l’immigration, la politique étrangère, que d’avoir l’air d’un parvenu mal élevé et arrogant installé par effraction dans le bureau du général de Gaulle.
Aussi décrié qu’il ait pu être pendant ses deux mandats, Chirac est aujourd’hui l’homme politique le plus populaire de France. Il savait se tenir à table.
Les Français sont devenus « sarkophobes » parce qu’au-delà des débats politiques qu’animent les « antisarkozistes » Sarkozy n’est pas « présentable ». Ce qui ne va pas l’empêcher de se représenter…

30 Sep 2010 | Comment (1)

Ne pas se tromper de mammouths!

A l’occasion de la présentation du budget 2011, nous avons appris dans quels ministères le gouvernement avait décidé de supprimer des postes pour tenter de respecter la promesse faite par Sarkozy de ne pas remplacer un fonctionnaire sur deux partant à la retraite.
Tous les Français –sauf les fonctionnaires, cela va de soi- sont d’accord pour dire qu’il y a beaucoup trop de fonctionnaires en France. D’abord, cela nous coûte une fortune. Il faut les payer (et ils sont mieux payés que dans le privé), leur fournir bureaux et matériel, prévoir leur retraite, etc. Ensuite et presque surtout, cette prolifération de ronds-de-cuir paralyse le pays. Ils font des textes, plusieurs centaines par jour ouvrable –c’est ce qu’on appelle « la diarrhée normative » de notre administration-, ils les imposent à tous, contrôlent chacun et punissent sans pitié celui qui aurait osé de pas s’incliner devant leurs diktats et leur pouvoir tout puissant.
La France est, depuis des décennies, coupée en deux par un immense comptoir en son milieu. Il y a, d’un coté, les « seigneurs » qui ont tous les droits, puisqu’ils parlent au nom de l’Etat, et tous les avantages grâce au fameux Statut des fonctionnaires (inventé par Maurice Thorez quand le secrétaire général du Parti communiste était ministre d’Etat chargé de la réforme administrative, en 1945) qui leur garantit l’impunité et la sécurité de l’emploi. Il y a, en face, de l’autre coté du comptoir, la foule, la plèbe, les corvéables à merci, les imposables à tout va qui doivent s’incliner, implorer, obéir, payer. D’un coté, le mépris de cette fausse « noblesse » pour la « populace », de l’autre coté, la haine du nouveau « Tiers Etat » pour cette « aristocratie » autoproclamée. Quelques fois ce genre de conflit se termine mal.
Dans aucun pays les relations entre l’administration et les administrés ne sont aussi mauvaises qu’en France. Les fonctionnaires ont oublié –mais le leur a-t-on jamais précisé- qu’ils étaient « au service des citoyens » et les citoyens ont le sentiment d’avoir affaire à des monstres froids et haineux d’une espèce nuisible qui les oppriment, les persécutent, les pourchassent et les étranglent à plaisir.
On sait qu’on différencie un Etat socialiste d’un Etat de libertés en fonction du montant des prélèvements obligatoires, de la proportion des salariés du public par rapport aux salariés du privé et du nombre des textes imposés à la population. Si l’on s’en tient à ces trois critères, la France fait partie –sans que les Français en aient toujours conscience- des derniers pays socialistes de la planète.
Cela dit, si les Français en sont arrivés à détester globalement les fonctionnaires –en étant parfois très injustes car il y a (encore) quelques « commis de l’Etat » compétents et dévoués- nos compatriotes font des différences. Ils veulent moins de fonctionnaires mais ils veulent davantage de médecins et d’infirmiers, d’enseignants et de policiers.
Il est évident que des années de gestion incohérente de notre système de santé (les numerus clausus dans les concours médicaux, l’exigence de rentabilité dans les hôpitaux, etc.) ont considérablement détérioré la médecine française qui fut si longtemps l’une des premières du monde. Aujourd’hui, on manque cruellement de médecins et d’infirmières dans nos hôpitaux, au point d’être obligé d’embaucher à tours de bras des étrangers aux diplômes incertains.
Les Français veulent davantage de personnel médical.
Pour ce qui est des membres du corps enseignant –le « Mammouth » dénoncé jadis par Claude Allègre- c’est un peu différent. On ne manque pas de salariés du ministère de l’Education nationale. Ils sont presque un million ce qui, pour douze millions d’élèves, devrait être amplement suffisant. Mais on manque d’« enseignants » comme le prouvent les classes à 40 élèves et plus, les professeurs absents non remplacés et l’état de déliquescence dans lequel se trouvent d’innombrables établissements « difficiles ».
Les Français veulent des enseignants (de préférence compétents) en face de leurs élèves et s’insurgent d’apprendre que 10 ou 20% (on ne sait même pas exactement) des fonctionnaires du ministère de l’Education se sont volatilisés dans différentes administrations aux bureaux plus confortables que les classes d’éducation prioritaire dans des zones délicates.
Enfin, les Français qui depuis des années entendent Nicolas Sarkozy en personne leur dire et leur répéter que la lutte contre l’insécurité est la priorité des priorités et qui s’aperçoivent quotidiennement qu’en effet la délinquance ne fait qu’augmenter souhaitent moins de discours et davantage de policiers.
Or, qu’apprend aujourd’hui ? Qu’en 2011, l’Etat va supprimer 16.000 postes de fonctionnaires de l’Education nationale, 1.600 postes de fonctionnaires du ministère de l’Intérieur et que pas un poste ne va être créé dans la fonction hospitalière. Un seul ministère va pouvoir augmenter son personnel : la Justice qui va embaucher 400 gardiens de prison. Ce gouvernement préfère embaucher des matons plutôt que des médecins, des infirmières ou des professeurs. C’est assez révélateur.
Et tous les autres ministères vont garder leurs hordes de ronds-de-cuir qui vont continuer à émarger, à pondre des textes liberticides, à emmerder tout le monde et à faire des cocottes en papier.
Cela dit, c’est aussi dans la fonction territoriale qu’il faudrait tirer. On sait que la décentralisation a, parmi tous les dégâts qu’elle a causés, provoqué, au nom du transfert des compétences, l’embauche de plus d’un million de fonctionnaires territoriaux dans les régions, dans les départements, dans les communes, sans qu’on ne supprime pour autant un seul poste de fonctionnaire d’Etat, comme si l’incompétence des uns ne remplaçait pas celle des autres.
Certains pensent que réduire le nombre des fonctionnaires augmenterait le nombre des chômeurs. D’autres, plus clairvoyants, estiment que réduire les dépenses de fonctionnement de l’Etat permettrait de baisser les charges des entreprises et des particuliers et donc de relancer l’économie.
Mais il ne faut pas se tromper de mammouths. Or, c’est ce que vient de faire le gouvernement

30 Sep 2010 | Comments (8)

Budget: le silence assourdissant de Sarkozy

En plus de tout ce qu’on peut lui reprocher, il faut bien reconnaître que Nicolas Sarkozy n’a pas de chance. Il est confronté à d’énormes problèmes économiques et, tout ancien ministre du Budget qu’il soit, de toute évidence, il n’y connaît rien.
Le budget 2011 qui vient d’être présenté au Conseil des ministres de ce matin est épouvantable. Il révèle une situation et des lendemains encore plus catastrophiques que tout ce que les pires pessimistes nous racontaient.
Le candidat Sarkozy nous avait promis de s’attaquer aux déficits publics et à la dette.
Le déficit pour 2010 va battre tous les records. Il était de 7,5% du PIB en 2009, il va être, cette année, de 7,7%. Certes, Christine Lagarde peut toujours nous raconter qu’on redoutait 8,2% mais ce n’est pas une consolation. Et quand elle nous promet qu’il ne sera plus que de 6% en 2011, 4,6% en 2012, 3% en 2013 et même 2% en 2014, elle nous prend –visiblement et une fois de plus- pour plus naïfs que nous ne sommes.
Elle appuie ses prévisions optimistes sur une reprise de la croissance. 1,5% cette année, ce qui n’est pas impossible, 2% en 2011, ce qui tient déjà du fantasme, et de mieux en mieux dans les années suivantes.
Tous les experts sont d’accord : la crise mondiale s’éloigne, la croissance reprend mais… en Asie seulement.
Qui dit déficits aggravés dit, bien sûr, dette publique en augmentation. Cette année, la dette de la France sera de 82,9% du PIB, l’année prochaine 86,2%, en 2012, 87,4%. On sait que la règle européenne est formelle : pas plus de 3% de déficit, pas plus de 60% de dette.
Le candidat Sarkozy nous avait aussi juré ses grands dieux qu’il n’augmenterait jamais les impôts.
Les prélèvements obligatoires représenteront 41,9% du PIB cette année, 42,9% en 2011, 43,3% en 2012, 43,6% en 2013, 43,9% en 2014.
On a beau nous dire que tous les prélèvements obligatoires ne sont pas des impôts et que supprimer ou « raboter » des niches fiscales ce n’est pas augmenter les impôts, les Français qui sont déjà les plus imposés du monde auront, d’année en année, davantage à payer à l’Etat.
Certes, les dépenses de l’Etat sont un peu réduites dans ce budget 2011, passant de 319 milliards à 286 milliards. 31.636 postes de fonctionnaires vont être supprimés, les salaires des fonctionnaires vont être gelés ainsi que les dotations de l’Etat aux collectivités. Et les recettes vont un peu augmenter, à 271 milliards, notamment grâce à la suppression de 22 niches fiscales et au « rabotage » d’un certain nombre d’autres de ces niches.
Mais tout cela est insuffisant (319 milliards de dépenses et 271 milliards de recettes, c’est encore et toujours du déficit), manque de vision d’ensemble (joue-t-on la croissance et la relance ou la rigueur et l’austérité ?) et surtout va paraître profondément injuste aux classes moyennes qui vont, comme d’habitude, faire les frais de cette politique mi chèvre mi chou. Avant de se lancer dans une réforme des retraites, il aurait évidemment fallu faire une grande réforme de notre fiscalité. Mais Sarkozy n’y a pas pensé !
Les Français sont trop préoccupés par leurs difficultés quotidiennes pour être vraiment conscients des drames qu’annoncent nos déficits et notre dette, même s’ils savent que le paiement des seuls intérêts de notre dette est notre premier poste budgétaire (bien avant l’Education nationale) et représente plus que ce que rapporte l’impôt sur le revenu. Mais ils vont, sans doute, très mal réagir à cette augmentation des prélèvements obligatoire à un moment où leurs revenus s’effondrent déjà.
Les derniers partisans de Sarkozy nous disent que ce n’est pas de sa faute, que la crise a été mondiale, que nous nous en sortons mieux que certains pays européens et que les socialistes au pouvoir auraient fait beaucoup moins bien.
Peut-être. Mais ce ne sont pas là des arguments qui pèsent en période pré-électorale. Sarkozy avait promis, Sarkozy n’a pas tenu ses promesses et, quand on prétend prendre la barre, il faut savoir affronter les tempêtes, mêmes imprévues. Sinon l’équipage se met à murmurer (c’est le cas) et les passagers ont le mal de mer (c’est aussi le cas).
Ce qui est le plus étonnant c’est que Sarkozy qui n’hésite pas à nous imposer un grand discours sur sa nouvelle politique ultra sécuritaire quand deux loubards font un braquage à Grenoble n’a pas, aujourd’hui, l’idée de s’adresser à la Nation pour lui expliquer sa politique économique. La sortie (hypothétique) de la crise, la rigueur imposée à (presque) tous et les espoirs (incertains) de relance intéressent infiniment plus les Français que la déchéance nationale de quelques immigrés naturalisés de fraîche date ayant assassiné des gendarmes.
Ce silence de Sarkozy est peut-être reposant, mais il est assourdissant. Les Français vont finir par se demander si le président de la République a la moindre idée pour sortir le pays de la crise, pour relancer l’économie, pour s’attaquer au chômage.
Sarkozy s’imaginait qu’il pourrait remonter sur son cheval en brandissant son épée de carton contre la délinquance. Les derniers sondages prouvent que son discours de Grenoble ne lui a pas fait gagner une seule voix du coté de l’électorat d’extrême droite et lui en a fait perdre un paquet au centre. Malgré la déchéance nationale, malgré la guerre aux Roms, il plafonne toujours à 32% d’opinions favorables.
L’opposition imagine aujourd’hui que la campagne présidentielle va se jouer sur le thème de l’éthique. Et il est vrai que, sur ce sujet, Sarkozy part vaincu d’avance. Et ce n’est pas la « procédure d’infraction » lancée contre la France par la commission européenne à propos de l’affaire des Roms qui va redorer son blason.
Mais on peut se demander aujourd’hui si cette campagne pour 2012 ne va pas surtout se jouer sur les problèmes économiques, la fiscalité, l’emploi, les revenus. Ce sont là les seuls vrais sujets qui préoccupent et angoissent les Français. Sur ce terrain, un duel Sarkozy-Strauss-Kahn, un bateleur d’estrade face à un expert-comptable, ne se terminerait pas en faveur du premier.

29 Sep 2010 | Comments (8)

Une justice de cour

Il paraît que les Français ne croient plus en la justice de leur pays. On peut les comprendre.
Depuis des mois, deux feuilletons judiciaires marquent l’actualité : l’affaire Clearstream et l’affaire Woerth-Bettencourt.
Il faut bien reconnaître que, sur le fond, ces deux histoires ne sont pas des drames épouvantables. Il n’y a pas eu mort d’homme.
Clearstream est une affaire de corne cul où des pieds nickelés ont tenté de discréditer un candidat à la présidentielle en manipulant la presse. C’est un grand classique dans notre vie politique. Ils voulaient nous faire croire que Nicolas Sarkozy avait un compte secret au Luxembourg comme leurs prédécesseurs avaient voulu nous faire croire que le couple Pompidou participait à des orgies. L’affaire Clearstream n’a pas empêché Sarkozy d’être élu, en 2007, pas plus que l’affaire Markovic n’avait empêché Pompidou d’être élu, en 1969. Il faut que la rumeur ait un semblant de réalité pour tuer celui qu’on vise. Chaban a été détruit (en partie) par l’affaire de sa feuille d’impôts, Giscard par celle des diamants.
L’affaire Woerth-Bettencourt ne relève pas non plus des assises. C’est, là aussi, hélas, un grand classique. Un ministre (du budget) a casé sa femme chez un financier qui en attendait, évidemment, la contrepartie et lui a, en plus, fait obtenir la Légion d’Honneur.
Dans un Etat « normal », l’affaire Clearstream aurait du être classée sans suite depuis longtemps puisque les enquêtes n’ont pas permis de découvrir avec certitude le ou les corbeaux, et l’affaire Woerth-Bettencourt aurait dû se terminer par la démission du ministre, indiscutablement coupable de « collusion » avec les « puissances d’argent ».
Mais il se trouve que nous avons aujourd’hui un chef d’Etat « garant de l’indépendance de la justice » qui a une conception très particulière de la dite justice. Elle doit lui permettre à la fois de régler ses comptes personnels et de protéger ses amis. En clair, nos magistrats sont priés de condamner Villepin et d’innocenter Woerth.
Aujourd’hui, nous apprenons que la Cour d’appel de Paris a décidé de retarder le procès en appel contre Villepin. Il était prévu pour mars prochain, il aura lieu en juin. Ce qui veut dire que la décision sera rendue après l’été 2011, c’est-à-dire en plein démarrage de la campagne présidentielle. Et, bien sûr, les magistrats seront priés de ne pas recommencer l’erreur du premier procès qui avait conduit à innocenter Villepin.
Et nous apprenons, au même moment, que le procureur de Nanterre, Philippe Courroye, un grand ami du président de la République, s’assoit sur les « recommandations » que vient de faire le procureur général de la Cour de cassation, Jean-Louis Nadal, qui lui demandait de confier l’affaire Woerth-Bettencourt à un juge d’instruction.
Courroye ne dépend pas du procureur général de la Cour de cassation mais du procureur général de Versailles, Philippe Ingall-Montanier, lequel dépend directement du (de la) Garde des Sceaux. Et, en fidèle petit soldat, le doigt sur la couture du pantalon, il compte bien poursuivre seul l’enquête afin de démontrer la totale innocence de Woerth.
Michèle Alliot-Marie qui rêve d’être nommée à Matignon dans les prochaines semaines, va-t-elle avoir le courage (suicidaire) d’écouter « les recommandations » du procureur général de la Cour de cassation, de désavouer Courroye et de confier le dossier à un juge d’instruction « indépendant » ? Personne n’y croit.
Il est stupéfiant que Sarkozy n’ait pas compris qu’il allait encore s’enfoncer.
Personne ne croit ni en la réelle culpabilité de Villepin ni en la totale innocence de Woerth.
Si, comme le souhaite Sarkozy, Villepin est condamné à l’automne 2011, cette « justice de cour » offrira à l’ancien premier ministre un superbe tremplin pour sa campagne présidentielle. Il ne sera plus celui que la rancoeur incite à s’acharner contre Sarkozy mais la victime d’un système judiciaire inique à la solde du candidat sortant. Il gagnera dix points de popularité dans tous les sondages. Il en avait déjà gagné cinq quand le pouvoir avait décidé de faire appel du premier jugement qui le blanchissait.
Si Woerth est innocenté, ce « déni de justice » soulignera davantage encore l’un des grands reproches que les Français font à Sarkozy : ses relations incestueuses avec les grandes fortunes du pays.
Aux yeux d’une majorité de Français, ce quinquennat qui avait commencé au Fouquet’s se terminera dans le salon de Liliane Bettencourt. Or l’INSEE révèle aujourd’hui que 13% de la population survivent avec moins de 949 € par mois et que plus de 50% de Français ont des revenus inférieurs à 19.000 € par an. Or, malgré leur pauvreté, ces Français ont le droit de vote…

28 Sep 2010 | Comments (3)

« L’appel de Rome » de Fillon

François Fillon vient de nous dire, aujourd’hui à la télévision, qu’« après Matignon, il peut y avoir une autre vie politique », qu’il ne se voyait « pas recommencer presque au bas du terrain », qu’« il faut chaque fois pouvoir se fixer un nouveau challenge », qu’« il faut avoir un objectif, avoir envie, pouvoir se dépasser ».
On ne peut pas être plus clair. Non seulement il est maintenant convaincu que Sarkozy va le remplacer à Matignon dans les semaines qui viennent, mais, en plus, il est persuadé qu’il a « si ce n’est un avenir du moins un destin » pour reprendre la fameuse phrase de Pompidou annonçant, de Rome, en janvier 1969, qu’il serait candidat le jour où le Général quitterait le pouvoir. On sait que certains gaullistes n’ont jamais pardonné à Pompidou d’avoir ainsi poignardé le Général en faisant comprendre aux Français que ce ne serait pas forcément le chaos après le départ de de Gaulle.
En un mot, Fillon s’y voit déjà.
Quel peut, en effet, être « le challenge », « l’objectif » pour un ancien premier ministre qui veut « pouvoir se dépasser » ?
Le secrétariat général de l’UMP ? Pour succéder à Patrick Devedjian et Xavier Bertrand ? « Vous rigolez, Monsieur le Président de la République. J’étais depuis trois ans, par fonction et que vous l’ayez voulu ou non, le chef de la majorité parlementaire. Je ne vais pas devenir le chef de l’appareil du parti présidentiel ».
Fillon connaît son monde. Il sait parfaitement que l’UMP n’existe plus si tant est qu’elle ait jamais existé. Que les centristes veulent retrouver leur autonomie autour d’un Borloo, d’un Morin ou d’un autre et avoir leur candidat en 2012. Que les chiraco-gaullistes sont au bord de la sécession et lorgnent vers Villepin en se demandant s’il va prendre son envol. Que de plus en plus de députés de base ruent dans les brancards, chaque mardi matin, au retour de leurs circonscriptions, en murmurant que Sarkozy les conduit dans le mur. Et que tout le monde est, en tous les cas, d’accord pour penser qu’un grand parti fourre-tout est la pire des solutions, comme l’ont prouvé toutes les dernières élections locales, pour ratisser large et avoir la moindre chance de l’emporter.
Devenir secrétaire général de l’UMP c’est évidement accepter d’être l’homme de main de Sarkozy pour conduire une armée au bord de la débandade dans le combat de la campagne présidentielle de 2012. Il faut donc être un sarkoziste inconditionnel, convaincu que le président sortant et candidat à sa réélection a eu, a et aura toujours raison.
Depuis quelque temps déjà, Fillon fait tout pour faire comprendre qu’il n’est pas entièrement d’accord avec le président. Viré de Matignon, il lui serait impossiblke d’affirmer soudain qu’il n’y a pas l’épaisseur d’une feuille de papier à cigarette entre ce qu’il souhaite et le programme de Sarkozy.
La mairie de Paris ? Certains « fillonistes » (le mot commence à entrer dans le vocabulaire) estiment, depuis déjà quelque temps, que Fillon y serait parfait. Personne n’a oublié que l’Hôtel de Ville fut un merveilleux tremplin vers l’Elysée pour Chirac.
Mais Fillon est un malin, c’est-à-dire un prudent. Contrairement à Chirac, il n’est pas homme à se lancer sabre au clair dans une bataille incertaine. Il n’a jamais osé s’attaquer à la mairie du Mans pour tenter d’investir un fief communiste, comme le lui demandait toute la hiérarchie du RPR, préférant rester prudemment à Sablé. Et il sait que les électeurs parisiens sont désormais majoritairement de gauche et qu’un échec à Paris ne se pardonne jamais comme son « mentor » Seguin l’a démontré à ses dépens.
Reste alors, évidemment, un seul « challenge » possible : l’Elysée.
Il parait que « tout homme qui entre à Matignon ne pense plus qu’à entrer un jour à l’Elysée ». On prête la phrase à Pompidou qui savait de quoi il parlait.
Depuis les débuts de la Vème République, nous avons eu dix-huit premiers ministres. Sept d’entre eux ont été candidats à la présidence de la République. Dans l’ordre chronologique de leur passage à Matignon : Debré, Pompidou, Chaban, Chirac, Barre, Balladur, Jospin. On peut d’ailleurs déjà en ajouter un huitième, Villepin. D’autres en ont rêvé, Fabius, Rocard, Juppé. On ne peut donc pas reprocher à Fillon d’être, à son tour, pris par le vertige des plus folles ambitions.
Pour l’instant –et on veut croire qu’il en a conscience- sa candidature est évidemment totalement ridicule. Même s’il lui est arrivé de bouder un peu dans son coin, il est entièrement coresponsable, complice de tout ce qui a été fait depuis 2007. Pour qu’un premier ministre puisse se présenter contre celui qui a été son président, il faut qu’il ait démissionné avec éclats, comme Chirac qui ayant démissionné en 1976 a pu se présenter contre Giscard en 1981. Et encore. Chirac a traîné cette « trahison » pendant des années.
Pour que Fillon qui n’a pas eu le courage de démissionner puisse se présenter en 2012, il faudrait que la situation de Sarkozy empire encore et qu’il ait lui-même l’audace d’incarner et d’animer autour de lui une véritable rébellion anti-sarkozy. Il est un peu tard. Et les Français qui ont apprécié en lui son brin d’anti-sarkozisme de façade et de bon ton lui reprocheraient sa « trahison ».
Fillon a sans doute voulu prendre date pour 2017. Mais alors là, il est un peu tôt. Et, dans l’hypothèse d’une victoire de la gauche en 2012, on voit mal Fillon tenant, pendant cinq ans, le rôle d’un chef de l’opposition.
Mais il y a eu aussi des premiers ministres qui n’ont pas eu d’avenir, Couve de Murville, Messmer, Mauroy, Cresson, par exemple…

26 Sep 2010 | Comment (1)

Fillon: oui, Sarko: non

Une fois de plus, tous les sondages affirment que François Fillon est l’homme de droite le plus populaire, que la majorité des Français souhaite qu’il reste à Matignon et qu’il a dix à douze points de plus que Sarkozy pour ce qui est de la sympathie.
Quand on y réfléchit, la chose est tout de même stupéfiante.
Sans vouloir être déplaisant avec le premier ministre, et en mettant à part sa touche de « gendre rêvé pour bonne famille de province », on ne peut pas dire qu’il fasse rêver la nuit, qu’il soit enthousiasmant le jour ni qu’il puisse apparaître comme l’homme providentiel qui va sauver la France.
Certes, il a vaguement l’étiquette, un peu vague elle aussi, de « gaulliste social ». Pour l’opinion, cela veut dire à la fois grandeur de la France et humanisme de bon aloi. Deux choses qui nous manquent diablement depuis quelques années. Depuis 2007, pour être précis.
Mais, qu’on le veuille ou non, qu’il le veuille ou non, il est depuis trois ans, par fonction, le premier des sarkozistes. C’est lui, à Matignon, qui est censé mettre en musique les décisions prises à l’Elysée. Il ne peut pas plaider non-coupable.
On nous dit qu’il a passé son temps à avaler des couleuvres, qu’il a, maintes fois, fait connaître, à mi voix, ses désaccords avec la politique qu’il devait mener, et nous avons tous vu qu’en effet le président le méprisait souverainement, prenant, bien souvent, un plaisir sadique à rabaisser publiquement son « collaborateur ».
Mais si Fillon désapprouvait vraiment la politique de Sarkozy et s’il ne supportait pas la conception présidentialiste de la gouvernance de Sarkozy, il n’avait qu’à démissionner. En 1976, Chirac, en désaccord avec Giscard et excédé par la façon dont il le traitait, a fini par claquer la porte.
Comment les Français peuvent-ils « adorer » aujourd’hui un homme qui est, évidemment, co-responsable de la situation politique, économique, sociale, morale que connaît le pays et dont il faut bien dire qu’on ne connaît rien de son programme si ce n’est de ses ambitions ?
Parce qu’il a été « le souffre douleur de Sarkozy » ? Il y a peut-être un peu de cela. Les Français qui s’estiment souvent, eux aussi, victimes des dérives de Sarkozy ont fini par s’apitoyer sur son sort. Ils aiment bien les gens malheureux. Ils s’étaient attendris sur Rocard quand Mitterrand le piétinait, ils se sont mis à aimer Chirac quand Balladur le trahissait.
Mais le grand atout de Fillon est d’avoir incarné, à Matignon, l’anti-Sarkozy. Lui qui, d’après l’esprit même de la Constitution, aurait dû être le « fusible », celui qui, sur le devant de la scène, était payé pour prendre tous les mauvais coups, s’est, par la seule faute de Sarkozy qui voulait tout faire, tout gérer, tout régenter, retrouvé sur la réserve, loin de la mêlée, en dehors des polémiques, silencieux ou presque.
Très curieusement, pendant trois ans, c’est l’hôte de Matignon qui avait des allures présidentielles (presque en période de co-habitation) et l’hôte de l’Elysée qui se démenait, s’occupait du moindre fait divers, débattait avec la presse, faisait sauter des préfets, nommait des responsables de l’audiovisuel, dirigeait tout, pour des inondations ou pour tenter de faire libérer des otages.
Ajoutons à cela une élégance presque naturelle qui s’opposait au bling-bling d’un parvenu, une discrétion d’homme bien élevée qui soulignait les écarts du nouveau riche.
Au fond, pendant trois ans, Nicolas Sarkozy a, bien involontairement, fait campagne pour que Fillon dont l’aura ne dépassait guère le département de la Sarthe devienne aux yeux des Français un présidentiable parfaitement plausible.
Les Français ont bien souvent choisi un candidat parce qu’ils rejetaient son concurrent. Ils ont voté Giscard parce qu’ils rejetaient Chaban, Mitterrand parce qu’ils ne supportaient plus Giscard, Chirac parce qu’ils ne voulaient pas de Balladur, Sarkozy parce que Ségolène ne faisait pas le poids. Aujourd’hui, ils s’amourachassent de Fillon parce qu’il est l’anti-thèse de Sarkozy, même et surtout physiquement. Et qu’importe le programme, les idées qu’il pourrait avoir un jour. Les Français veulent un anti-Sarkozy et Fillon a parfaitement la gueule de l’emploi.
Alors Sarkozy va-t-il le garder à Matignon ? Ce serait évidemment renoncer au grand changement annoncé, bien maladroitement, avant l’été. Et, plus grave encore, garder en face de lui celui qui, de moins en moins involontairement, par sa seule présence, souligne tous les défauts que les Français reprochent au président.
Mais peut-il virer, c’est-à-dire rendre totalement libre, un homme dont il a fait son plus dangereux rival ? Tout le monde sait –à commencer par Sarkozy qui en a bénéficié- que Fillon, sous ses allures de gentil garçon, est épouvantablement rancunier. Chiraquien de naissance, ou presque, il est devenu le plus farouche des anti-chiraquiens parce que Chirac l’avait mis sur la touche en le privant d’un ministère. Du coup, il était devenu, du jour au lendemain, un sarkoziste inconditionnel. Chassé de Matignon, même avec des égards, il va, évidemment, devenir un anti-sarkoziste sans pitié.
Sarkozy n’a décidément pas de chance. Il avait cru se débarrasser à tout jamais de Strauss-Kahn en l’expédiant au FMI. Il n’avait pas compris qu’en en faisant ainsi « l’homme invisible », l’éternel absent, éloigné de toutes les querelles du PS, il en ferait l’idole de la gauche. Pas plus qu’il n’avait compris qu’en nommant à Matignon un homme qu’il pensait fade, transparent, il le transformerait en idole de la droite.

25 Sep 2010 | Comments (3)

« Le monsieur des 62 ans » et « la dame des 35 heures »

Cette deuxième journée de mobilisation générale contre la réforme des retraites va-t-elle faire céder le gouvernement ? Evidement non. On imagine mal Nicolas Sarkozy nous déclarant, ce soir, à la télévision : « Eh bien puisque vous ne voulez pas travailler plus longtemps pour sauver notre système de retraites, je renonce à ma réforme et n’en parlons plus ».
Sarkozy sait que cette réforme est indispensable, même si elle a été mal fagotée et mal présentée. Il aurait mieux valu se contenter d’augmenter le nombre des années de cotisation nécessaires pour avoir une retraite à taux plein et ne pas s’attaquer au tabou des 60 ans. Cela aurait été plus équitable et tout le monde l’aurait accepté.
Mais Sarkozy sait surtout que, finalement, cette réforme restera comme la seule « rupture » à laquelle il aura procédé au cours de son quinquennat. Il nous avait promis monts et merveilles. Or, jusqu’à présent, son règne n’a été marqué que par des maladresses relevant des pages people (sa soirée au Fouquet’s, le yacht de Bolloré, son divorce, son remariage), des pages faits divers (le scandale Bettencourt-Woerth) ou de dérapages impardonnables (de l’affaire de l’EPAD à celle de la burqa ou à celle des Roms).
Ayant été incapable de s’attaquer aux problèmes du chômage, de la précarité, de la baisse des revenus, du logement, de la compétitivité de notre économie, de la crise de notre agriculture, n’ayant pas osé entreprendre une réforme de la fiscalité, Sarkozy n’aura que cette réforme des retraites à présenter aux électeurs lors de la présidentielle de 2012.
Les syndicats et l’opposition vont-ils pour autant, devant l’inflexibilité présidentielle, abandonner le combat ? Evidemment non. Eux aussi, savent que cette réforme des retraites est le seul atout de Sarkozy et, comme ils veulent « sa peau », ils vont continuer de l’attaquer sur les failles du projet (les femmes, la pénibilité, les carrières fragmentées) tout en jouant, bien sûr, sur la démagogie (faire payer les riches) et le peu d’envie qu’ont les Français à travailler plus longtemps, d’autant plus qu’ils savent qu’à 55 ans un chômeur n’a plus aucune chance de trouver un emploi.
La réforme va être adoptée à l’Assemblée. Mais elle va rester à l’ordre du jour jusqu’au scrutin de 2012.
Les présidentielles opposeront « le monsieur des 62 ans » à la « dame des 35 heures » (ou au « monsieur des 35 heures » puisque c’est Dominique Strauss-Kahn le vrai « père » des 35 heures).
Certes, plus personne à gauche ne croit encore aux vertus de ces fameuses 35 heures qui ont été oubliées d’un commun accord (tacite) et ni Strauss-Kahn, ni Martine Aubry ne sont, en réalité, fondamentalement opposés à un allongement de la durée de la vie active. Mais, dans cette affaire, tout est symbolique.
Il y aura, d’un coté, celui qui veut faire « trimer » plus longtemps encore les ouvriers exténués par une vie de travail harassant et, de l’autre, les utopistes qui veulent ignorer les réalités de la démographie et de l’économie.
Pour Sarkozy, c’est une chance. Il aura « tout de même » fait quelque chose de sérieux, au milieu de toutes ses frasques et de toutes ses balivernes.
Mais pour l’opposition, aussi, l’argument aura du poids. Il lui suffira, en effet, de présenter cette réforme des retraites comme une preuve supplémentaire de la collusion entre le sarkozisme et les « puissances de l’argent » en répétant inlassablement que « l’homme à la Rolex préfère faire travailler les pauvres plutôt que de taxer les riches ».
Le débat sur les retraites a été pourri par l’affaire Woerth mais la campagne présidentielle va être marquée par ce dossier des retraites.

23 Sep 2010 | Comments (6)

Sarkozy va-t-il déclarer la guerre au Luxembourg?

Décidemment rien ne nous aura été épargné ! Surtout dès qu’il s’agit de sombrer dans le ridicule.
La France va-t-elle déclarer la guerre au Grand Duché du Luxembourg ? On pourrait presque le croire.
Sous prétexte que la commissaire européenne à la Justice Viviane Reding a critiqué sans ménagement la France à propos de sa politique discriminatoire envers les Roms (en dérapant un peu, c’est vrai, puisqu’elle a évoqué les drames de la seconde guerre mondiale) et qu’elle est de nationalité luxembourgeoise, Sarkozy et les siens ont oublié toutes les convenances, tous les usages, diplomatiques ou autres, et ce sont mis à tirer à vue sur ce malheureux petit Luxembourg.
Il va sans dire que Viviane Reding, commissaire européenne, parlait au nom de la commission européenne et non pas au nom de son « petit » Grand Duché d’origine. Mais qu’importe. Affolé par ces accusations qui venaient après celles du Pape, de l’ONU et de la communauté internationale (mis à part Berlusconi) l’Elysée n’a rien trouvé de mieux que de s’en prendre au Luxembourg, petit pays, certes, mais pays fondateur de l’Union européenne, au cœur du continent, siège du tribunal européen et pays avec lequel, jusqu’à présent, la France n’avait eu aucun contentieux.
Ca a commencé avec Sarkozy lui-même qui a conseillé au Luxembourg d’accueillir des Roms. Ca a continué avec le secrétaire d’Etat aux affaires européennes, Pierre Lellouche, qui est allé à Bruxelles pour faire savoir que la France n’avait « pas de leçons à recevoir d’un petit pays ». Puis, Chantal Brunel, députée de Seine-et-Marne et plus ou moins porte parole de l’UMP, a enfoncé le clou en s’écriant : « La France n’a pas à recevoir de leçon de morale d’une commissaire qui représente un petit pays de 350.000 habitants ». Phrase, on en conviendra, particulièrement idiote. Quelle population au minimum doit avoir son pays pour qu’un commissaire européen puisse s’exprimer au nom de la commission européenne ?
Mais c’est évidemment Philippe Mariani qui a décroché le gros lot en déclarant textuellement : « J’aurais préféré qu’en 1867, Napoléon III et Bismarck aient un entretien qui débouche autrement et que le Luxembourg n’existe pas ». Or, Mariani n’est pas n’importe qui. Sénateur-maire de Compiègne, il est le rapporteur du Budget au palais … du Luxembourg. L’ennui c’est qu’il ignore autant les usages diplomatiques que l’Histoire.
L’entretien entre Napoléon III et Bismarck n’a pas eu lieu en 1867 mais en octobre 1865, à Biarritz. Au cours de cette rencontre, Napoléon III s’était engagé à rester neutre au cas où une guerre opposerait la Prusse à l’Autriche en échange d’une (vague) promesse de Bismarck de faire offrir à la France la Belgique et le Luxembourg. La Prusse ayant pu, grâce à la neutralité française, battre l’Autriche à Sadowa en juillet 1866, Bismarck oublia ses promesses et la Conférence de Londres, en mai 1867, créa un Luxembourg « libre et neutre ». Le maire de Compiègne, « ville impériale », peut reprocher bien des choses à Napoléon III (notamment de s’être fait rouler par Bismarck) mais sûrement pas d’avoir créé le Luxembourg. Mais là n’et pas l’essentiel.
Ce qui est sidérant c’est qu’un chef d’Etat et des responsables politiques perdent ainsi leurs nerfs et confondent soudain la scène internationale avec une cour d’école, voire un champ de foire, où des gamins mal élevés, voire des maquignons, pourraient s’injurier et s’étriper.
Sarkozy déteste personnellement le Luxembourg. Pas seulement parce que s’y trouve le siège de Clearstream mais à cause de l’affaire, autrement plus grave, des sous-marins vendus en 1994 au Pakistan.
On sait que onze Français ont été, en 2002, victimes d’un attentat à Karachi et que toutes les enquêtes tendent à prouver que cet attentat a été fomenté par des personnalités pakistanaises qui reprochaient à la France d’avoir interrompu, en 1996, le versement des commissions qu’elles devaient toucher pour avoir facilité la vente de ces sous-marins.
Naturellement, certains imaginent que ces dessous-de-table (légaux) servaient aussi à distribuer des rétro-commissions (illégales) à certains responsables français. Et on soupçonne Edouard Balladur (dont le directeur de campagne n’était autre que Sarkozy) d’avoir financé, en partie, sa campagne présidentielle de 1995 avec ces rétro-commissions.
Or, la police luxembourgeoise a officiellement fait savoir qu’elle était en possession de « documents prouvant que Nicolas Sarkozy avait directement supervisé, en 1994, la constitution de la société offshore Heine par laquelle transitaient toutes les commissions du contrat Agosta et qu’il avait personnellement recruté les deux dirigeants de cette société, Jean-Marie Boivin et Yves Schmidt ». La police luxembourgeoise détient même des lettres, signées Boivin et Schmidt, adressées à Nicolas Sarkozy, et dans lesquelles les deux hommes protestent contre l’interruption du versement des commissions et demandent des indemnités.
On comprend alors pourquoi Sarkozy a une telle haine contre le Luxembourg. Mais de là à déclarer une guerre, même verbale, au Grand Duché, il y a un pas qu’il n’aurait jamais du franchir.

21 Sep 2010 | Comments (2)

La risée de la planète

Aujourd’hui, à New York, devant l’assemblée des Nations Unies, Nicolas Sarkozy nous a offert une répétition générale de ce que va être son spectacle de président du G8 et du G20 et le moins qu’on puisse dire c’est que çà promet !
Ca commence par un numéro de boy-scout qui découvrirait, horrifié, tous les malheurs du monde. On a tout de suite envie de lui dire : « Eh oui, Monsieur le Président, il y a plus d’un milliard d’êtres humains qui ne mangent pas à leur faim sur notre planète et un gosse qui meurt de faim toutes les trois secondes, il y a un quart de la population du globe qui n’a pas accès direct à l’eau courante, les déserts s’avancent, la tuberculose, la lèpre, le choléra font toujours des ravages, avec maintenant, en plus, le sida… Vous n’allez tout de même pas nous dire que vous ne le saviez pas… Cela fait des années que les braves gens le répètent, tirent des sonnettes d’alarme et poussent des appels au secours ».
Mais après avoir énoncé ces lieux communs et enfilé quelques perles, Sarkozy hausse le ton. On le croirait en campagne électorale. Sans se rendre compte qu’il s’adresse aux chefs d’Etat et de gouvernement de tous les pays de la planète, il retrouve ses intonations de 2007. Il prône la rupture ! Il annonce qu’il va tout changer, qu’il a les solutions, que tous ses prédécesseurs étaient des incapables et ses rivaux des jean-foutre.
La foule, médusée, regarde alors ce chef d’Etat, totalement « à la ramasse » dans son propre pays, qui a des déficits et une dette abyssaux, une balance commerciale dans le rouge depuis des mois, un taux de chômage de 10%, une croissance inexistante, 8% de la population qui survit au dessous de la ligne de pauvreté… et qui, lui, sait et qui va donner des leçons, voire des ordres à la planète toute entière.
Il vire les Roms chez lui mais il promet de s’attaquer à la misère dans le monde entier ! Il ne sait pas comment boucler son budget (en déficit), il en est réduit à « raboter des niches », mais il va trouver les moyens de nourrir un milliard d’affamés en Afrique, en Asie, en Amérique latine.
Et le boy-scout aux ambitions de Mère Térésa se transforme alors en révolutionnaire à la Guevara.
Sa solution, son truc, son idée (dont ne voudrait pas le Concours Lépine car elle a déjà été maintes fois brevetée) est simple : faire payer les riches. Et, cette fois, pas de pitié, pas bouclier fiscal, pas de « premier cercle », pas de combines avec les petits copains.
Sarkozy veut, va trouver l’argent nécessaire pour éradiquer la misère du monde (et les famines, et les épidémie, et l’illettrisme) en imposant une… Taxe universelle sur toutes les transactions financières.
Il suffisait d’y penser ! Il aurait pu proposer d’augmenter le prix de cigarettes (mais çà a déjà été fait et çà va l’être encore) ou de taxer les billets d’avion (mais Chirac l’a déjà proposé) ou les fenêtres (comme autrefois) mais autant s’attaquer aux banques, c’est là qu’est le magot.
Naturellement, le Brésilien Lulla l’a applaudi. On imagine que le Vénézuélien Chavez en a fait autant, comme Castro, Kim il Jung et peut-être même Khadafy qui est fâché avec les Suisses.
Mais qu’en ont pensé les Américains de Wall street, les Britanniques de la City, les Allemands de Francfort, les Arabes du Golfe qui passent leur temps à faire des transactions et les Chinois de Shanghai qui deviennent les maîtres de la planète financière, bref tous ceux qui comptent (en milliards) et qui, du coup, pèsent sur le destin du monde ?
Ils ont écouté stupéfaits ce président français aux idées aussi fumeuses que farfelues, ont souri d’une telle inconscience et sont repartis convaincus que la présidence française du G20 allait être du temps perdu pour tout le monde, avec un tel président devenu la risée de la planète.
Le hasard du protocole leur avait fait écouter, avant Sarkozy, le directeur général du FMI, un certain Dominique Strauss-Kahn. Il leur avait paru autrement plus sérieux.

20 Sep 2010 | Comments (2)

Récuser Sarkozy pour sauver la droite?

Il est évident -et le petit débat un peu vif mais (presque) toujours courtois qui s’est instauré sur ce blog le confirme- que la droite française traverse aujourd’hui ce qu’on pourrait appeler pudiquement « certaines turbulences ».
La droite qui est, en principe, majoritaire dans le pays, même si elle perd régulièrement toutes les élections locales, est actuellement divisée. Il y a ceux qui restent fidèles, quoi qu’il arrive, à Nicolas Sarkozy et ceux, de plus en plus nombreux, semble-t-il, qui ne peuvent plus supporter celui pour lequel ils ont voté en 2007.
Les premiers estiment que Sarkozy a fait « ce qu’il a pu », qu’il n’a pas eu de chance en étant frappé de plein fouet par la crise et qu’il demeure, en tous les cas, le seul rempart contre une nouvelle aventure de la gauche.
Les seconds pensent que Sarkozy n’a pas su endosser le costume présidentiel, qu’il les a trahis (notamment avec « l’ouverture »), qu’il n’a tenu aucune de ses promesses et que le bilan de son quinquennat sera catastrophique aussi bien sur le plan économique (déficits et chômage) que sur le plan de la sécurité ou sur celui de l’image de la France. A leurs yeux, Sarkozy ne peut qu’être battu en 2012 face à un Strauss-Kahn ou une Martine Aubry.
Les premiers accusent les seconds d’être des « traîtres » qui, comme des rats, quittent le navire au milieu de la tempête. Les seconds reprochent aux premiers d’être des moutons disciplinés allant, bêtement et sans même bêler, droit à l’abattoir.
La fidélité est, certes, une qualité humaine, mais, en politique, c’est la lucidité qui doit s’imposer.
Après la mort de Pompidou, en 1974, certains gaullistes ont estimé que leur candidat « naturel », Chaban-Delmas, n’avait aucune chance de l’emporter face à Mitterrand. Ils ont donc cherché un autre candidat et ont fini par se rallier à Giscard. On les a traités de tous les noms. Mais, à la lecture des résultats, on a bien été obligé de reconnaître qu’ils avaient eu raison. Au premier tour, Chaban n’a recueilli que 15% des voix, preuve qu’il n’avait aucune chance, et, au second tour, Mitterrand a obtenu 49,20%, preuve que le danger était réel.
Dans la course à la présidentielle, il faut jouer le bon cheval. Et il est parfaitement normal que ceux qui, à droite, considèrent que Sarkozy est maintenant un « toquard », sans la moindre chance de passer le poteau en tête, soient les premiers à dénoncer ses faiblesses et cherchent désormais, dans l’écurie, un meilleur étalon pour défendre leurs couleurs.
Critiquer Sarkozy, ce n’est pas faire le jeu de la gauche. C’est, au contraire, tenter de sauver la droite en soulignant que ce quinquennat raté ne peut pas être imputable à la droite en tant que telle puisqu’il a été présidé par un « imposteur » qui, usurpant le drapeau de la droite, a mené une politique incohérente d’ouverture à gauche, d’alignement sur l’atlantisme, d’asservissement à la Corbeille, d’augmentation des prélèvements obligatoires, de protection des plus favorisés. La droite ce n’est ni le tout sécuritaire (tout en diminuant le nombre des policiers), ni le bouclier fiscal (tout en supprimant des niches fiscales).
La gauche assiste, évidemment, avec un plaisir non dissimulé à cette querelle au sein de la famille de la droite.
Mais certains, à gauche, sont cependant inquiets. Ils redoutent, en effet, que ces chamailleries à droite ne conduisent à… une victoire de la gauche. Du coup, la gauche serait au pied du mur et démontrerait rapidement que son programme ne peut qu’augmenter encore les déficits publics et aggraver davantage le chômage et la précarité en affaiblissant plus encore notre compétitivité.
Alors ils imaginent (ils espèrent ?) un scénario qui verrait, au lendemain du remaniement ministériel, une « fronde » s’organiser derrière des Juppé, Raffarin, Copé et autres Villepin.
Ces observateurs de gauche qui craignent plus que tout la victoire de leur camp pour pouvoir rester dans la confortable tribune de l’éternelle opposition et qui conseillent donc à la droite un sursaut salutaire ont-ils une chance d’être entendus à droite ?
Il ne fait aucun doute que l’ambiance générale, les sondages, les prochaines élections sénatoriales devraient inciter certains « ténors » de droite à ne plus se contenter de petites phrases assassines murmurées devant les micros du dimanche soir et à avoir le courage de se présenter en recours de la droite, avec un programme qui serait non seulement un réquisitoire sans pitié contre le quinquennat écoulé mais aussi le véritable espoir d’une renaissance de la droite.
Mais qui aura assez de courage pour mener une mutinerie sur la passerelle du bateau en perdition ? Pour l’instant, on a l’impression que certains rêvent encore d’un maroquin et restent prudemment cois jusqu’au remaniement et que les autres jouent 2017 en espérant donc, pour 2012, une victoire de la gauche.
Cela dit, quand on voit Ségolène Royal, Amon, Emmanuelli, Montebourg et quelques autres ressortir du bois de week-end en week-end et fourbir leurs armes contre DSK ou Martine Aubry, on se dit aussi que la gauche a tort d’ironiser sur les divisions actuelles de la droite.
La droite se cherche un candidat de remplacement, la gauche, elle, a trop de candidats.

20 Sep 2010 | Comments (5)

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