A peine a-t-on le dos tourné qu’ils multiplient les aberrations. On pouvait d’ailleurs se douter qu’ils profiteraient de la semaine du 15 août pour se surpasser.
De retour de quelques jours « au vert », que découvre-t-on en parcourant les journaux qu’on n’avait pas lus ?
D’abord, qu’Hortefeux s’est bel et bien mis à expulser les Roms sous prétexte qu’une bande de Gens du voyage (et non pas des Roms) installés depuis trois générations dans le même village du Loir-et-Cher avait saccagé la région à la suite de la mort d’un des leurs, tué par un gendarme alors qu’il avait brûlé un contrôle routier. Il est regrettable qu’un ministre de l’Intérieur confonde les Roms (quelques dizaines de milliers sur le territoire, roumains ou hongrois) et les Gens du voyage (400.000, généralement français depuis plusieurs générations et très souvent plus ou moins sédentarisés). Il est vrai qu’il confond aussi, paraît-il, les Arabes et les Auvergnats !
Au-delà de toute considération humanitaire, ces expulsions sont particulièrement absurdes. La France (qui vient de se faire moucher à ce propos par l’Union européenne et par l’ONU) leur donne un pécule de 300 € pour qu’ils retournent « volontairement » chez eux. Mais comme nous savons parfaitement qu’ils vont immédiatement revenir en France (ils le disent d’ailleurs le plus ouvertement du monde et ils en ont parfaitement le droit en tant que citoyens européens) Hortefeux établit un « fichier » pour que, lors de leur prochaine expulsion (toute aussi illégale que la première puisqu’ils sont européens), ils ne puissent pas bénéficier, une seconde fois, du pécule en question. C’est grotesque.
Hortefeux veut plaire à Sarkozy qui veut plaire à l’électorat d’extrême droite lequel a bien juré que le dit Sarkozy ne l’y reprendrait plus.
Les seuls bénéficiaires de cette politique de l’esbroufe médiatique vont être ces malheureux Roms auxquels la République donne un peu d’argent et offre un voyage dans leur pays (qui les déteste et qu’ils détestent) avant qu’ils ne reviennent, comme si de rien n’avait été, s’installer dans de nouveaux campements illégaux de nos banlieues.
Comme, en plus, les Roms n’ont pas vraiment d’état civil très précis (et c’est un euphémisme), ce fichier ne servira strictement à rien. Jusqu’à présent les Roms vivaient de petits boulots, de mendicité et de menus larcins. Maintenant, ils vont pouvoir toucher ce petit pécule sarkoziste tous les trois ou quatre mois, en faisant la navette.
On veut croire que l’opinion publique française va rapidement s’apercevoir que la guerre qu’a déclarée Sarkozy aux Roms est aussi dérisoire que celles qu’il a déclarées à l’immigration clandestine, au travail au noir, à la bigamie, à la délinquance et même aux déficits publics.
Sarkozy est devenu un belliciste tout azimut. Il déclare des guerres, comme d’autres poussent la chansonnette, mais n’a ni stratégie ni munitions. Et il les perd toutes, en même temps qu’il perd bien des occasions de se taire.
Et les petits marquis de son arrière-cour élyséenne qui se prennent pour des maréchaux d’Empire et font de la surenchère, ne sont pas plus brillants.
Quelle mouche a bien pu piquer Estrosi quand il a demandé qu’on punisse les maires qui ne voudraient pas ou ne sauraient pas mener la politique sécuritaire à la mode ? La ville de Nice dont il est maire n’a d’ailleurs pas la réputation d’être l’une des plus sûres du pays. Tous les maires de France ne cherchent pas à récupérer les voix du Font National. Certains n’en ont d’ailleurs pas besoin.
Et quelle autre mouche a attaqué Roselyne Bachelot quand elle s’est dite favorable à l’ouverture de « salles de shooting » pour accueillir les drogués ?
Fillon qui sait qu’il n’en a, sans doute, plus pour très longtemps à Matignon a du désavouer ces initiatives aussi idiotes qu’intempestives. Cà fait désordre !
Mais, en fait, c’est la même mouche qui a piqué le ministre de l’Industrie et la ministre de la Santé. Une sorte de mouche du coche qui s’appelle la courtisanerie. A l’approche du remaniement ministériel, c’est à qui en fera le plus pour se faire remarquer en faisant du zèle et en caressant le souverain dans le sens du poil. Pour sauver leur portefeuille, Estrosi est convaincu qu’il faut en remettre encore une couche sur la sécurité et invente n’importe quoi et Bachelot pense qu’un peu de démagogie sauce gaucho-jeunisto-toxico pourrait séduire le mari de Carla.
Tout cela prouve, une fois de plus, que nous avons au gouvernement un certain nombre d’imbéciles, ce qui est tout de même ennuyeux, et qu’en disant n’importe quoi, dans sa fuite en avant, Sarkozy a incité ses ministres à en faire autant. A mort les trafiquants de drogue et bienvenue aux toxicos !
Aujourd’hui, Sarkozy réunit au fort de Brégançon Fillon, Lagarde et Baroin. Au menu de ce conseil (de guerre) économique d’avant la rentrée de la semaine prochaine : la croissance, le budget 2011, les déficits.
On aura sans doute, ce soir, un communiqué si ce n’est de victoire du moins d’autosatisfaction. Français dormez tranquilles, nous sommes les meilleurs et nous sommes là pour vous préparer des jours heureux !
On se souvient que le gouvernement avait annoncé pour 2011 une croissance de 2,5%. A Bercy, on parie maintenant sur 2%. Les experts les plus sérieux évoquent 1,5%, au mieux 1,8%. Actuellement, pour le deuxième trimestre 2010, nous en sommes à 0,6%, alors que l’Allemagne a fait 2,2%. Il faut savoir qu’une baisse de 0,1% de croissance représente 1 milliard d’euros à trouver.
Pour le budget 2011 et faire passer notre déficit de 8% à 6% (et à 3% en 2012, on rêve !) Sarkozy veut « raboter les niches ». Nous avons 470 niches fiscales ( !) qui représentent pour l’Etat un manque à gagner de 75 milliards. Le gouvernement voudrait, par ce « coup de rabot », gagner 10 milliards.
Là encore, il s’agit d’une escroquerie. Sarkozy nous dit qu’il n’augmentera jamais les impôts mais il va supprimer des baisses d’impôts (ces niches) qui avaient été consenties pour des raisons bien particulières et généralement pour encourager l’emploi ou l’investissement. Or, supprimer des baisses d’impôt c’est, qu’on le veuille ou non, augmenter les impôts. Les Français ne seront sans doute pas dupes.
Certes, la situation est délicate. La crise dont nous sommes loin d’être sortis exige à la fois la rigueur et la relance, ce qui est contradictoire. Sarkozy ne veut pas du mot « rigueur » et on ne voit pas les résultats de son plan de relance. Qu’a fait le ministre chargé de cette relance, Devedjian, depuis des mois ? Et le fameux « grand emprunt » que nous avait annoncé Sarkozy, qu’est-il devenu ?
Ce sont sans doute les derniers jours du gouvernement Fillon. En annonçant d’une manière absurde, des mois à l’avance, ce remaniement d’octobre, Sarkozy a provoqué la débandade chez ses ministres. Il y a ceux qui sont résignés (Morin, Kouchner, Bockel, Létard, Idrac, Novelli, Fadela Amara, etc.) et qui font silencieusement leurs valises et ceux qui tentent de survivre en multipliant les déclarations les plus incohérentes. Cela fait des mois que le gouvernement est… en ordre de déroute.
Comment imaginer qu’un nouveau gouvernement, dirigé par Michèle Alliot-Marie (puisqu’on dit qu’elle tient la corde) ou par Jean-Louis Borloo (puisqu’il a eu le privilège insigne d’être reçu à dîner dans la villa du Cap Nègre) ou par un autre, puisse remonter la pente ?

Mots-clefs : , ,