Sarkozy fait fausse route. Nous avons tous compris maintenant qu’il allait mener sa campagne pour 2012 sur le thème de la sécurité. Sa présidence du G20 va, sans doute, lui permettre d’ajouter un aspect international à cette image de « premier super-flic de France ». Mais il sait, comme tout le monde, que les Français ne se passionnent pas pour les relations internationales. Ils pensent d’abord, et ils ont raison, à ce qui se passe dans leur pays, avant de se préoccuper des grands équilibres planétaires.

La sécurité fait partie du fonds de commerce de Sarkozy. Il s’en était déjà abondamment servi, avec succès, en 2007. Mais son problème pour 2012 c’est qu’à la différence de 2007 il ne pourra plus se contenter de belles promesses et nous annoncer des lendemains radieux. Il aura aussi à répondre de son bilan. C’est le handicap de tous les candidats sortants.

Or, son bilan en matière de lutte contre l’insécurité est aussi mauvais qu’en matière de lutte contre le chômage, d’amélioration du revenu des Français, de réforme de l’Ecole ou du système de santé, sans parler de la lutte contre les déficits et la dette.
Et si pour l’échec du « travailler plus ou gagner plus », du retour à l’emploi et des déficits, il pourra toujours tenter d’évoquer la crise pour expliquer le fiasco de sa politique, cela lui sera beaucoup plus difficile pour ce qui est de l’aggravation de l’insécurité, même si cette fameuse crise, en jetant des pans entiers de notre société dans la précarité, a, sans doute, poussé certains à basculer dans la délinquance.

La sécurité est, bien sûr, l’une des principales préoccupations des Français qui estiment, à juste titre, qu’il est du devoir de l’Etat d’« assurer la protection des personnes et des biens ». Mais les Français en ont assez d’entendre, depuis des décennies, tous les gouvernements successifs leur annoncer qu’on va, enfin, s’attaquer au problème, créer de nouvelles lois, prendre de nouvelles dispositions qui, cette fois, juguleront ce mal.

Les Français sont convaincus que nous avons assez de textes et assez de policiers et de gendarmes pour faire face à la délinquance. Ce qui manque, à leurs yeux, c’est une véritable politique cohérente de sécurité.

En s’agitant comme un diablotin, en multipliant les déclarations (« de guerre » maintenant), les formules à l’emporte-pièce, les coups de menton et en sortant tous les mois de nouvelles idées, Sarkozy s’est totalement discrédité sur le dossier de la sécurité.
Et puis surtout, les Français ont fini par comprendre que l’insécurité n’était, en fait, que le reflet du déclin de notre pays.

La délinquance n’a pas pour origine le manque de moyens de la police ou de la justice. Elle a pour origine la perte des « valeurs morales » (même si l’expression fait sourire), le fossé de plus en plus profond qui s’est creusé entre des riches arrogants et des pauvres désespérés, l’absence de formation (civique et autres) des jeunes, une société qui part à vau l’eau, un pays qui s’est fissuré en communautés.
Or le sarkozisme n’a fait qu’aggraver ce déclin.

Comment reprocher à un petit loubard d’arracher le sac d’une vieille dame quand on assiste, en direct, à l’affaire Woerth-Bettencourt ? Comment reprocher à des gangsters d’attaquer un distributeur de billets quand on apprend les sommes que touchent, au titre des parachutes dorés, d’autres gangsters en col blanc ? Comment reprocher à des voyous de voler une voiture quand on apprend que des ministres se font payer leurs cigares par l’Etat ou s’offrent des jets privés ?

Sarkozy avait raison, en 2007, d’évoquer, d’invoquer une « République irréprochable ». Hélas, la République de Sarkozy restera comme celle de toutes les combines, de tous les passe-droits, de toutes les magouilles.
Le président-candidat fait fausse route en s’attaquant aux délinquants et en désignant les immigrés, les naturalisés, les Gens du voyage.

D’abord, en tant que gardien de nos institutions, il devrait savoir, comme le lui a rappelé ce matin Robert Badinter et comme le savent tous les Français, que, selon la Constitution, les lois de la République sont les mêmes pour tous les citoyens, quelles que soient leurs origines.

Ensuite et surtout, il devrait comprendre que tant qu’il y aura des racailles au sommet de l’Etat, les Karchers ne serviront à rien dans les banlieues défavorisées.

Ce que les Français veulent aujourd’hui c’est qu’on s’attaque au déclin moral du pays. Mais Sarkozy est-il le meilleur candidat pour mener un tel combat ?

Mots-clefs : ,