L’ineffable Nadine Morano dont on n’avait plus entendu parler depuis quelque temps profite de ce mois d’août pour tenter de refaire surface. Le grand remaniement d’octobre approche et la secrétaire d’Etat à la Famille aimerait bien conserver son fromage et sa voiture avec cocarde et chauffeur.
Elle n’a rien trouvé de mieux pour rappeler son existence (et son zèle) au président de la République que de s’en prendre à l’hebdomadaire Marianne qui a fait sa « une », cette semaine, sur « Nationalité, immigration, délinquance, le voyou de la République », avec une superbe photo en gros plan de Nicolas Sarkozy.
Pour la petite Morano, l’hebdomadaire « doit faire des excuses publiques ou changer de nom, le nom Marianne étant l’un des symboles de la République ». Rien que çà ! Nous étions habitués à ses déclarations toujours « inattendues » et généralement absurdes, mais, cette fois, on en tombe à la renverse. Ignore-t-elle que la liberté d’expression est garantie par notre Constitution qui reprend, en préambule, la Déclaration des Droits de l’Homme ? Sans doute.
Certes, pour une pasionaria du Sarkozisme, la « une » de Marianne était déplaisante. Mais elle devrait savoir qu’en Sarkozie les mots « pauvre con », « racaille », « crapule », « voyou » sont monnaie courante. Elle-même a traité les journalistes de « fascistes » et les responsables de la gauche de « complices des assassins ». Elle peut donc difficilement se présenter en arbitre des élégances du vocabulaire.
La question n’est pas de savoir si Nadine Morano est idiote. Chacun dans le petit monde politique a son opinion là-dessus depuis longtemps. Elle n’est pas non plus de savoir si Marianne a commis un crime de lèse-majesté à l’égard du président, ce crime n’existant plus, heureusement, depuis belle lurette. La question est de savoir si Marianne a, ou non, commis une faute professionnelle en affirmant que Sarkozy était un « voyou ».
Le Petit Larousse est assez précis : « Voyou : individu sans scrupule ni moralité. Enfant mal élevé, garnement ». Sarkozy est-il un individu sans scrupule ni moralité ? « Scrupule : inquiétude de conscience, hésitation inspirées par une grande délicatesse morale », « Moralité : adéquation d’une action, d’un fait, etc. à une morale ».
Ce n’est pas faire injure à Nicolas Sarkozy que de remarquer qu’il n’est pas d’une très grande délicatesse morale, qu’il n’est étouffé ni par les scrupules ni par des inquiétudes de conscience et que ses actions ne sont pas toujours dans une parfaite adéquation avec la morale.
Il n’a tenu aucune de ses promesses électorales qu’il savait d’ailleurs aussi démagogiques qu’irréalisables, il a instauré une véritable oligarchie en bichonnant, casant, arrosant la cour de ses copains au-delà du supportable, et pour faire oublier tous ses échecs, il s’est lancé dans une chasse à l’immigré, à l’étranger, au romanichel en violant tous les principes du droit et de la morale la plus élémentaire. Et personne ne peut imaginer qu’il ait jamais eu le moindre scrupule, la moindre hésitation inspirée par une grande délicatesse morale.
Et le tout avec une attitude, des manières, un vocabulaire de… voyou.
Une fois de plus, Nadine Morano aurait mieux fait de se taire. En voulant plaire au prince qui nous gouverne (si mal) elle va inciter beaucoup de Français à acheter ce numéro de Marianne et à se demander si, notamment à propos de la nationalité, de l’immigration et de la délinquance, puisque ce sont les sujets que traite l’hebdomadaire, Sarkozy ne se comporte pas en voyou.

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