Nicolas Sarkozy : 41%, Dominique Strauss-Kahn : 59%. Tels seraient les résultats du second tour de la présidentielle si les Français votaient aujourd’hui, selon le sondage de la Sofres publié, ce matin, dans le Nouvel Observateur. Voilà qui semble sans appel.
Même si les sondages ne valent que ce qu’ils valent et même si nous sommes encore à plus d’un an et demi des élections présidentielles, ces chiffes reflètent le rejet massif dont Sarkozy est aujourd’hui victime. Il faut remonter aux présidentielles de 1969 (bien particulières) pour avoir un tel écart entre les deux candidats du second tour (Pompidou : 58%, Poher : 42%). De Gaulle, lui-même, avait fait moins bien contre Mitterrand, en 1965 : 55% contre 45%.
Ce sondage de la Sofres est d’ailleurs plus ou moins confirmé par celui d’Ipsos pour Le Point : 62% des Français souhaitent que Sarkozy ne se représente pas et par celui de Viavoice pour Libération : 55% des Français souhaitent une victoire de la gauche.
Mais il faut lire ce sondage avec un peu plus d’attention.
Si c’était Martine Aubry qui portait les couleurs du PS, l’écart se réduirait un peu, 53%/47%, si c’était François Hollande, ce serait jeu égal, 50%/50% et si c’était Ségolène Royal, Sarkozy l’emporterait d’une tête 51%/49%. Preuve que le rejet de Sarkozy n’est pas le seul élément qui entre en jeu puisque les résultats varient en fonction du candidat de la gauche.
D’autre part, le bon score de François Hollande qui n’est pas particulièrement populaire et qui n’est plus dans l’actualité est étonnant. Il laisse entendre que la gauche a gagné du terrain, sans doute grâce à la crise et aux mesures d’austérité envisagées.
Mais le plus étonnant dans ce sondage c’est que les Français qui plébiscitent ainsi DSK ne savent toujours pas si le directeur général du FMI sera candidat et qu’ils n’ont pas le moindre idée sur ce que pourrait être son programme.
Une fois de plus, on est donc obligé de reconnaître que les élections ne se font pas sur les programmes des candidats mais… à la tête du client. C’est l’image qu’ils ont des candidats qui détermine le choix des électeurs.
Sarkozy aura à payer moins le bilan de son quinquennat (pourtant désastreux) que l’image qu’il a donnée de lui-même depuis la soirée du Fouquet’s et qui lui colle à la peau. Et Strauss-Kahn bénéficie, lui, d’une image radicalement contraire. Il apparaît sérieux, posé, avare en promesses, technicien de l’économie. Les Français ont oublié qu’il avait, lui aussi, commis quelques fredaines extraconjugales et ne veulent pas savoir que le directeur général du FMI est un adepte intransigeant de la rigueur et de l’austérité.
Au premier tour, et toujours selon ce sondage, Sarkozy oscille entre 26 et 29% selon le candidat du PS qu’il aura en face de lui. Mais ce candidat du PS (25% pour DSK, 22% pour Martine Aubry) pourra, lui, bénéficier, au second tour, des 15% de l’extrême gauche et des 10% des écologistes. Reste à savoir ce que feront les 7% de Bayrou, les 8% de Villepin, sans parler des 2% de Morin. Visiblement la majorité d’entre eux semble se rallier à DSK. Marine Le Pen, à 12 ou 13% au premier tour, ne pourra pas jouer les trouble-fête comme l’avait fait son père en 2002.
Il est évident que ce sondage va inciter Strauss-Kahn à réfléchir, pousser ses amis à accentuer leur offensive et influencer le vote de ceux qui participeront aux primaires à gauche. Mieux vaut choisir celui qui a le plus de chances de l’emporter même si, pour certains militants impénitents, DSK n’est, depuis longtemps, plus un socialiste convaincu.
A l’Elysée, où ce sondage a du jeter un froid glacial, on va aussi, sans guère de doute, en tirer quelques leçons. Sarkozy comptait sur la réforme des retraites et celle de la dépendance pour finir en beauté son premier quinquennat.
La réforme des retraites (qui sera adoptée) est « plombée » par l’affaire Woerth et sert de thème mobilisateur aux syndicats et à l’opposition. On verra l’ampleur de la manifestation du 7 septembre. La réforme de la dépendance qui s’impose autant que celle des retraites n’est pas un thème particulièrement porteur.
Sarkozy pense aussi redorer son image avec les présidences du G20 et du G8. Mais les Français, échaudés par la mondialisation, ne sont guère sensibles à la géostratégie planétaire. Et, si l’on s’en tient au discours qu’il a prononcé hier devant les ambassadeurs, on peut redouter qu’à la présidence du G20 et du G8, Sarkozy n’apparaisse comme un farfelu irresponsable et totalement inconscient des réalités en prônant une réforme du système monétaire international, un contrôle planétaire du prix des matières premières et une gouvernance mondiale.
Reste le remaniement ministériel. Garder Fillon qui n’a pas démérité en avalant couleuvre sur couleuvre annihilerait toute idée de sursaut. Prendre Alliot-Marie pour se donner un vague vernis gaulliste ? Mais que pèse-t-elle dans l’opinion ? Prendre Borloo pour tenter de séduire les écolos ? Mieux vaudrait, sans doute, sortir une tête nouvelle de son chapeau.
Virer les ministres qui représentaient « l’ouverture » et ont fait la preuve de leur médiocrité et de leur inutilité (Kouchner, Bockel, Fadela Amara, etc.) voire de leur nuisance (Besson) serait évidemment une bonne idée. Mais les remplacer par qui ? Juppé fera-t-il la maladresse d’accepter de retourner au Quai d’Orsay. Son retour ne suffirait sans doute pas à provoquer l’enthousiasme des foules. Et que faire d’Eric Woerth ? Le virer serait le reconnaître coupable. Le garder serait provoquer l’opinion.
Il paraît que Sarkozy aime les situations difficiles. Il doit être comblé en ce moment. Il peut toujours rêver, en relisant le sondage de la Sofres, que la gauche ne choisisse Ségolène Royal comme candidate…

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