Nicolas Sarkozy n’a jamais caché l’admiration béate qu’il avait pour les Etats-Unis. Il a, sans aucun doute, toujours regretté que son hongrois de père ait émigré vers Paris plutôt que vers New-York. Ce type aurait aimé être américain et faire fortune à Dallas. Cela fait partie de ses (nombreux) complexes.
Depuis son élection, il a d’ailleurs multiplié les signes d’allégeance, en se rendant à maintes reprises aux « States », en faisant des déclarations d’américanophilie à la limite de l’indécence et en s’alignant comme un petit soldat –disons plutôt un supplétif- dans les troupes de l’OTAN.
Or, pas de chance, voici qu’une nouvelle fois le New-York Times le fusille à bout portant en ironisant justement sur la propension du président français à se présenter en « Sarko l’américain ».
Le New-York Times est sans conteste le meilleur journal de la planète. Ses informations sont toujours vérifiées et incontestables et si ses commentaires peuvent, naturellement, être contestés, comme tous les commentaires, ils reflètent toujours l’obsession du respect des Droits de l’Homme et de la liberté chère aux intellectuels américains.
Bien sûr, on peut dire que, sur le thème de l’immigration, les Américains n’ont pas de leçons à nous donner. Ils ont construit un mur tout au long de leur frontière mexicaine pour tenter d’arrêter l’invasion des Latinos et l’obtention de la fameuse « carte verte » est un parcours du combattant semé d’embûches pour ceux qui ont le rêve américain. Certes, la xénophobie n’a pas cours dans ce pays qui ne compte que des immigrés mais pour ce qui est du racisme, peu de temps encore avant l’élection d’un Noir à la Maison Blanche, il valait mieux être blanc que noir, notamment dans les Etats du sud.
Cela dit, on est bien obligé de reconnaître que, dans son éditorial intitulé « Xénophobie : la chasse aux non-français », le New-York Times a raison. Notamment quand il écrit : « Nicolas Sarkozy attise dangereusement les sentiments anti-immigrés au nom de calculs politiques à court terme ». Rappelant la loi sur les tests ADN et celle interdisant le port de la burqa, le quotidien américain va même jusqu’à affirmer que, maintenant, le président de la République « attise la haine ».
Le New-York Times fait alors remarquer deux choses. D’abord, que le projet sur la déchéance nationale des criminels et des délinquants d’origine étrangère vise, évidemment, les musulmans. « Brice Hortefeux, écrit le NYT, a ajouté la polygamie et l’excision aux cas pouvant entraîner la déchéance nationale de peur que les électeurs ne comprennent pas que la loi visait les immigrés musulmans ».
Ensuite, le NYT rappelle à Nicolas Sarkozy que sa chasse aux Roms est impossible parce qu’illégale. « Les Roms sont des ressortissants de pays européens et sont donc en France en toute légalité ». Le NYT ignore sans doute (comme Sarkozy) que si quelques dizaines de milliers de Roms sont effectivement de nationalité roumaine, l’écrasante majorité de ces 400.000 Gens du voyage est française depuis de nombreuses générations.
Et le New-York Times de conclure cet article au vitriol : « Faire campagne contre les immigrés est populaire chez les électeurs français de souche. Nicolas Sarkozy le sait. Mais, cette fois, il va plus loin et inquiète la droite traditionnelle. Il a tort d’ignorer leurs conseils de prudence ».
Pour l’instant, les sondages ne semblent pas confirmer l’analyse du NYT. La droite traditionnelle ne s’inquiète pas des projets sécuritaires de Sarkozy. Elle les acclame.
Mais que, faisant du zèle, la télévision diffuse les images de quelques opérations musclées de CRS contre des campements de Gens du voyage ou que, comme l’autre soir, elle rappelle les camps organisés par le régime de Vichy pour regrouper les Roms et l’opinion publique pourrait changer. Aussi bien à propos des Roms que des immigrés.
Curieusement, c’est « Besson le traître » qui, le premier, a senti ce week-end la fragilité de ces sondages. Contredisant ostensiblement Hortefeux qui en avait rajouté par rapport à Sarkozy, le ministre de l’intégration a déclaré : « Sur le plan juridique, la déchéance est complexe à envisager, notamment pour la polygamie. D’ailleurs, tous les jeunes Français d’origine étrangère ne sont pas, loin s’en faut, des délinquants. Ne créons pas d’inutile épouvantail ».
Besson, en freinant soudain des quatre fers, avait-il lu le New-York Times ? En tous les cas, on espère que le journal américain a bien été distribué au Cap Nègre.

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