Quand les fayots font du zèle cela peut aller très loin. Depuis que Nicolas Sarkozy s’est relancé à corps perdu dans le « tout sécuritaire » en commençant ainsi sa campagne pour 2012, c’est à qui, au gouvernement ou à l’UMP, en fera le plus pour plaire à son maître. Ah, l’envie de rester au gouvernement ou d’y entrer lors du grand remaniement d’octobre prochain !

Le président de la République a, la semaine dernière, annoncé son intention de déchoir de leur nationalité française les Français de fraîche date coupables d’avoir assassiné un policier ou un gendarme. Cette menace plaira sans doute à certains électeurs mais suffira-t-elle pour ramener à la raison un gangster armé jusqu’aux dents et poursuivi par les forces de l’ordre ? Rien n’est moins sûr. Le gangster en question sait déjà qu’il encourt trente ans de prison. Le risque de perdre, en plus, sa nationalité lui semblera, sans doute, dérisoire.

En parfait courtisan, Brice Hortefeux vient donc d’en rajouter une couche. Il veut qu’on prononce, aussi, désormais, cette même déchéance nationale pour tout naturalisé reconnu coupable d’avoir « fait appel au travail illégal, pratiqué l’excision, la traite d’êtres humains ou commis des actes de délinquance grave ». Voilà qui pourrait faire baisser sérieusement le nombre de nos étrangers naturalisés.

Mais deux questions se posent : est-il « normal » d’imposer ainsi une double peine à certains sous le simple prétexte qu’on leur a (sans doute à tort) accordé la nationalité française ? Et surtout le ministre de l’Intérieur pense-t-il vraiment que ces délinquants, marchands d’esclaves ou proxénètes, attachent la moindre importance à leur nationalité ?
Ajoutons qu’il est très vraisemblable que le Conseil Constitutionnel s’opposera à ces projets de loi et que, d’ailleurs, on imagine mal nos magistrats, tels qu’ils sont actuellement, appliquer ces dispositions.

Mais ce n’est pas tout. Il y a quelque temps, le même président de la République avait annoncé qu’on allait supprimer les allocations familiales aux familles dont les enfants manquent à leurs obligations scolaires.
Cette fois, c’est un certain Eric Ciotti, député des Alpes-Maritimes et secrétaire national de l’UMP « en charge de la sécurité » (ce qui devient, de nos jours, un travail à temps plein) qui, ce même week-end, en rajoute une autre couche.
Il vient d’annoncer qu’il préparait un texte sur « la responsabilité pénale des parents » qui prévoit « deux ans de prison ferme et 30.000 € d’amende pour les parents qui laisseraient leur enfant mineur violer les interdictions et les obligations auxquelles il est soumis lorsqu’il a été poursuivi ou condamné pour une infraction ».
Ciotti précise « qu’en cas de condamnation d’un mineur, le magistrat mettra en place un plan de probation –paraître dans certains lieux, entrer en contact avec certaines personnes, répondre à des obligations en termes de résultats scolaires- qui sera sous la responsabilité des parents ». Et il ajoute qu’il veut ainsi « réaffirmer, au sein de l’édifice familial, cette responsabilité dont les bases ont été sapées depuis mai 1968 ». Eric Ciotti a donc de grandes ambitions.
L’idée de jeter en prison les parents de délinquants fuyards n’est pas nouvelle. Pendant l’occupation, on arrêtait déjà les parents des réfractaires au STO. Il faut le rappeler, même si, bien sûr, les circonstances ne sont pas les mêmes.

Certes, les parents ont une « responsabilité » quant à l’éducation de leurs enfants. Mais Ciotti sait-il dans quel état se trouve « l’édifice familial » des mineurs délinquants ? Ce n’est pas mai 68 qui a détruit l’« édifice familial » de ces familles majoritairement monoparentales et confrontées à tous les malheurs des classes défavorisées. C’est le chômage, la crise du logement et toutes les violences des quartiers de non-droit.

Les idées de Ciotti n’ont, bien sûr, guère plus de chances que celles d’Hortefeux d’être acceptées par le Conseil Constitutionnel. Nous sommes encore dans un Etat de droit.

Mais ce qui est grave c’est cette « ambiance » que Sarkozy a voulu créer, en jetant en pâture à la vindicte populaire des populations entières, en multipliant à l’infini les textes répressifs (alors que nous en avons déjà plus qu’il ne nous en faut), en nommant des « flics » de choc à la tête des préfectures, en multipliant les coups de menton et les coups de bâton.

Sarkozy a oublié que si Chirac a été élu en 1995 c’était parce qu’il avait promis de s’attaquer à la fracture sociale et que s’il a été réélu en 2002 c’était parce que les Français l’avaient trouvé « sympa ». La très grande majorité des Français n’est pas xénophobe et rares sont ceux qui rêvent d’un Etat policier.

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