Décidemment rien ne nous aura été épargné ! Aujourd’hui, nous avons droit aux états d’âme de Bernard Kouchner. Le ministre des Affaires étrangères nous a déclaré, ce matin, sur RTL, qu’il avait « le cœur serré » devant le sort qui est fait (par le gouvernement dont il fait partie) aux Roms et qu’il avait même « pensé à démissionner ».
Il y a pensé mais, bien sûr, il n’en a rien fait.
Chevènement qui s’y connaissait avait dit, un jour : « Un ministre çà démissionne ou çà ferme sa gueule ». Il avait parfaitement raison. Un membre du gouvernement qui n’est pas d’accord avec la politique menée par le gouvernement dont il fait partie et dont il doit, par définition, être solidaire peut, s’il a un minimum de dignité, claquer la porte et partir la tête haute, ou, s’il est en dessous de tout, avaler les couleuvres en mettant son honneur dans sa poche et son mouchoir par-dessus.
Kouchner qui n’en est pas à une incohérence près invente une nouvelle formule. A l’entendre, un ministre çà ne démissionne jamais mais çà peut éventuellement entrouvrir sa gueule.
Il a même précisé sa pensée : « S’en aller, c’est déserter, c’est accepter ». Kouchner ne veut pas déserter un camp avec lequel il n’est pas d’accord et estime qu’en restant membre du gouvernement il prouve clairement qu’il n’accepte pas la politique du dit gouvernement. Il marche sur la tête.
Nous évoquions, hier, l’absurdité de « l’ouverture » instaurée par Nicolas Sarkozy et qui avait consisté à débaucher quelques seconds couteaux (rouillés) de gauche pour faire croire qu’on entrait dans un monde nouveau, tenter de désarçonner l’opposition et bien faire comprendre aux électeurs qu’on les prenait pour des gogos. Kouchner était la plus belle prise de ce tableau de chasse.
Jusqu’à présent, l’ancien French doctor avait tout avalé sans piper : la visite de Khadafy, le ralliement à Bush et à l’atlantisme, les courbettes devant Moscou, la lâcheté devant Pékin (et la trahison du Dalaï Lama), les renforts envoyés en Afghanistan, le retour de la Françafrique, la réduction à la portion plus que congrue des crédits de son propre ministère. Il trottinait, tout heureux, derrière son maître et faisait le beau là on lui disait de le faire.
Seulement voilà, le vent a très sérieusement tourné. Le fromage coule comme un bateau en perdition. Il va, peut-être, falloir bientôt penser à se recaser. Alors, brusquement, Kouchner se souvient qu’il avait une image d’humaniste. Il nous a même dit ce matin : « Les Roms, je m’en occupe depuis 25 ans ». Quand on voit dans quel état sont ces gens, on peut juger de l’efficacité de Kouchner.
Il est évident que tout président digne de ce nom aurait, dès ce matin, fait savoir que Bernard Kouchner n’était plus ministre des Affaires Etrangères.
Mais non. On attend peut-être le remaniement ministériel pour faire savoir à Kouchner que ses états d’âme tout comme ses états de service conduisent à mettre un terme au rôle qu’on lui avait attribué, à tort. L’ensemble des diplomates français attendent cela avec impatience depuis plus de trois ans.

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