Rémy Pflimlin va prendre, lundi matin, ses nouvelles fonctions de président de France Télévision, succédant ainsi à Patrick de Carolis. Il est le premier patron de la télévision publique à avoir été nommé directement par le président de la République, en vertu de la nouvelle loi sur l’audiovisuel.
On sait que, selon cette loi, le président de France Télévision est, notamment, chargé de « garantir l’indépendance du groupe public ». C’est écrit noir sur blanc.
La première décision de Rémy Pflimlin, avant même de s’être officiellement assis dans son fauteuil de président (mais la chose ne sera annoncée que lundi) est de virer Arlette Chabot, directrice de l’information de France 2.
Question : Pflimlin garantit-il ainsi vraiment l’indépendance du groupe public et de ses journalistes ?
J’avoue que je n’aimais pas Arlette Chabot. Non seulement je ne la trouvais pas particulièrement télégénique quand elle apparaissait sur le petit écran mais, en plus, je trouvais qu’elle dirigeait très mal les débats qu’elle était censée animer et surtout l’information politique qu’elle dirigeait depuis mars 2004 sur la 2 m’a toujours paru à peine digne des télévisions africaines par sa complaisance à l’égard du pouvoir.
Je suis donc d’autant plus à l’aise pour dire que je suis sidéré que la toute première décision du nouveau patron de la télévision publique soit de virer la responsable de l’information sur la grande chaîne publique.
Comment ce type dont la nomination directement par le chef de l’Etat est forcément contestable et suscite inévitablement toutes les suspicions a-t-il pu commettre une telle erreur qui ne peut que donner raison à tous ceux qui affirment que, nommé par l’Elysée, le patron de la télé ne peut être qu’un valet du pouvoir.
Tout le monde dans le petit univers médiatique savait depuis longtemps que Nicolas Sarkozy voulait la peau (et la tête) d’Arlette Chabot. Un clash avait eu lieu il y a quelques mois à New-York à l’issue d’une interview au cours de laquelle Sarkozy n’avait pas trouvé David Pujadas assez complaisant (alors que l’homme tronc du JT avait, comme à son habitude, fait preuve d’une courtisanerie déshonorante pour un journaliste). Sarkozy, perdant ses nerfs, avait attaqué Chabot bille en tête et lui avait même reproché le manque d’émissions politiques de qualité sur la 2. Les témoins de la scène, stupéfaits par l’attitude du chef de l’Etat, en avaient déduit que les jours de Chabot étaient comptés.
Ils avaient eu raison.
Personne ne pleurera le départ d’Arlette Chabot qui serait remplacée par Thierry Thuillier d’ITélé. Mais ce qui est scandaleux c’est qu’une fois de plus le président de la République fasse sauter des têtes de journalistes qui ne lui reviennent pas et impose des courtisans à des postes clés de la télévision publique.
Le paysage médiatique français devrait pourtant le satisfaire tel qu’il est déjà aujourd’hui avec son ami Bouygues (TF1), son ami Bolloré (Direct 8), son ami Serge Dassault (Le Figaro), son ami Christophe Barbier (L’Express), son ami Lagardère (Match), etc. Mais non. Convaincu que son rejet par l’opinion publique n’est dû qu’aux journalistes, il ne supporte plus que des larbins aux ordres.
Pflimlin s’est déconsidéré avant même d’avoir pris ses fonctions. Mais ce n’est pas le plus grave. Le plus grave c’est cette dérive dictatoriale du quinquennat.
Une « République exemplaire » est une République où le président ne nomme pas (et ne balance pas) les journalistes.

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