On peut toujours dire qu’on se contrefiche du Pape, ce vieux croûton qui se la coule douce au Vatican, qu’on se contrefiche de l’Union européenne, ce ramassis de jean-foutre qui se gobergent à Bruxelles, qu’on se contrefiche de l’ONU, ce « machin » inutile et ruineux, et que la presse internationale qui a toujours détesté la France n’a pas de leçons à nous donner.
On peut toujours dire que nous sommes les meilleurs et même les seuls à avoir raison, contre tout l’univers s’il le faut.
Mais cela fait, tout de même, beaucoup de gens, de par la planète, qui viennent de critiquer sans ambages la politique sécuritaire de Nicolas Sarkozy et qui s’inquiètent de la dérive xénophobe et populiste dans laquelle se laisse entraîner le président de la République en pensant aux présidentielles de 2012.
Au lieu de répliquer avec des arguments parfois honteux et toujours pitoyables au Pape, à l’UE, à l’ONU et aux journalistes du monde entier, nous ferions mieux de réfléchir un peu et de nous demander si, par hasard, le président et sa majorité ne seraient pas en train de détériorer gravement l’image de la France qui n’était déjà plus resplendissante depuis quelques années.
Aux yeux du monde entier, la France n’est évidemment plus un grand pays. En face des Etats-Unis, du Japon, de la Chine, du Brésil et de quelques autres, nous ne pesons plus grand chose. Et notre situation actuelle, avec nos déficits, notre dette, nos chômeurs, incite les uns à s’attendrir, les autres à ricaner.
Mais, malgré tout, nous avons encore une place à part que personne ne conteste. Grâce à notre Histoire, à notre littérature, à certains de nos monuments, à la douceur de nos paysages, à notre art de vivre. L’image de la France est complexe. On y retrouve, pêle-mêle, Louis XIV, la Révolution, Napoléon, de Gaulle, le French cancan, Monet et le cassoulet. Et celle des Français, naturellement, idéalisée. On nous imagine Soldats de l’An II, farouches défenseurs de toutes les libertés, sans-culottes toujours prêts à guillotiner nos rois, mais toujours prêts aussi à accorder l’asile à tous ceux qui nous le demanderont.
Personne, de par le monde, ne se souvient du massacre des Vendéens, des Versaillais assassinant les Communards ni des 40 millions de collaborateurs acclamant Pétain et la poignée de main de Montoire. Et il n’y a pratiquement que nous, avec le masochisme savamment orchestré de la repentance, pour évoquer la torture en Algérie, le colonialisme, l’esclavagisme et, sans doute bientôt, les Croisades.
Cette belle image que beaucoup d’étrangers ont encore de nous est précieuse. C’est tout ce qui nous reste de notre grandeur d’antan. C’est ce qui fait venir dans nos universités encore quelques étudiants du monde entier (de moins en moins). C’est ce qui nous permet –pour peu que nous ayons un orateur un peu talentueux- de faire encore entendre (et même écouter) la voix de la France à la tribune des nations.
Or, quelques tartarinades intempestives de Nicolas Sarkozy, faisant des moulinets avec son épée de bois, quelques effets de muscle de Brice Hortefeux faisant casser les pauvres roulottes de ceux qu’on appelait jadis les Romanichels ont brusquement flétri notre image idéalisée.
Tout le monde sait parfaitement que jamais nos magistrats ne prononceront la déchéance nationale de délinquants fraîchement naturalisés. Chacun sait que les Roms expulsés voici quinze jours sont déjà de retour (on les a même vus au journal télévisé). Et tous les Français un peu sensés prennent désormais le ministre de l’Intérieur pour le pire des imbéciles depuis qu’il a inventé coup sur coup « la présomption de culpabilité », « le délit de polygamie… de fait » et, mieux encore « l’expulsion basée sur la volontariat ».
Mais le mal est fait. Pour les étrangers, la France « belle et généreuse », « mère des arts et des lois », de Voltaire, de Victor Hugo et de Zola devient un tout petit pays, hideux, renfermé sur lui-même, étriqué, aigri, où les flics ont soudain plus d’importance que les philosophes et où, à l’Elysée, on tient désormais les mêmes propos avinés, xénophobes et racistes que dans une arrière-salle de bistrot.
Les Français qui s’inquiètent, à juste titre, de l’aggravation de la délinquance ne semblent pas, pour l’instant, avoir compris que les mesures annoncées par Sarkozy ne sont que des paroles verbales et démagogiques qui n’auront, bien sûr, aucun effet sur l’insécurité et que cette plongée, tête baissée et à corps perdu, dans le tout sécuritaire pourrit l’ambiance du pays tout en déshonorant la France à la face du monde.
Obligé de répliquer à Villepin qui avait déclaré que Sarkozy venait de salir d’« une tâche de honte » le drapeau français, François Fillon s’est écrié : « Le drapeau français n’est pas une banderole ». Il a raison.
Mais ce n’est pas non plus un torchon.

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