L’été, les téléspectateurs français n’ont droit qu’à des navets, des rediffusions usées jusqu’à la corde ou ce qu’on appelle maintenant des « best-of » c’est-à-dire des rediffusions pré-mâchées.
Mais hier soir, la 2 avait, sans doute, voulu faire un effort. La soirée était consacrée à l’Impératrice Eugénie. Un beau sujet qui aurait pu permettre d’évoquer l’une des périodes les plus intéressantes de notre histoire et les plus mal connues : le Second Empire qui vit entrer la France dans l’ère industrielle, avec les chemins de fer, les usines, les mines, les banques, une fabuleuse révolution de la société, se lancer dans les conquêtes coloniales, en Kabylie, en Afrique noire, en Indochine et redessiner l’Europe en battant le Tsar à Sébastopol et l’empire d’Autriche à Solferino, avant de sombrer devant les Prussiens à Sedan. Le tout au milieu de fêtes fabuleuses orchestrées par Offenbach, dans un Paris retracé à grands coups de pioche par Haussmann et devenu la capitale de l’Europe.
Or, Eugénie a joué un rôle important aux cotés de Napoléon III.
Hier, on nous a présenté une très jolie femme, adorant les belles robes et les bijoux (ce qui était exact), trompée par son mari (exact), puis vieillie et frappée par tous les malheurs, l’exil, la mort de l’Empereur puis surtout celle de son fils, tué sous l’uniforme anglais par les Zoulous d’Afrique du sud.
On a simplement oublié de nous dire qu’Eugénie était d’une ambition effrénée, d’une bigoterie inimaginable, qu’elle était totalement idiote et que son influence auprès de Napoléon III a été catastrophique.
C’est elle (avec Morny, il est vrai) qui a poussé l’Empereur à se lancer dans l’absurde expédition du Mexique. Espagnole, elle rêvait de faire réinstaller un souverain catholique à Mexico. Elle qui, voulant protéger les états du Pape, a empêché l’unification totale de l’Italie que Napoléon III avait pourtant préparée avec Cavour. Elle qui s’est opposée à la politique libérale que voulait lancer l’Empereur avec Emile Olivier. Elle, surtout, qui a animé le « clan de la guerre » et poussé un Empereur vieillissant et malade à déclarer la guerre à la Prusse.
Mais la 2 a préféré nous présenter une histoire à l’eau de rose. C’était « Voici », « Gala », « Points de vue et images du monde, le journal de l’actualité heureuse ». Stéphane Bern a remplacé Alain Decaux et Jean des Cars était à la place de Castelot. Il est vrai, diront certains, que Sarkozy occupe le bureau de de Gaulle…
Que la télévision publique nous impose une actualité édulcorée et bien complaisante envers le pouvoir est une chose. Mais qu’elle se croie obligée d’avoir la même complaisance courtisane pour les régimes passés est stupéfiant. A moins qu’on nous prenne vraiment pour des enfants attardés.

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