Brice Hortefeux est décidemment lamentable. Chaque fois qu’il ouvre la bouche, il lâche une ânerie. Incapable de faire face à l’aggravation de la délinquance, le ministre de l’Intérieur ne sait plus à qui s’en prendre. Après les immigrés auxquels il veut retirer la nationalité française (ce qui serait contraire à la Constitution), les Roms qu’il veut expulser (ce qui est contraire aux textes européens), voilà qu’il attaque les intellectuels ou du moins ce qu’il appelle « Saint Germain des Près », « le petit milieu politico-médiatique parisien », « la gauche milliardaire ».
D’après lui, ces intellectuels « ne comprennent rien à la réalité de la société française » et « n’ont pas vu que la délinquance avait évolué ». Et, toujours d’après lui, « l’action engagée sous l’autorité du président de la République rassemble les Français » et le gouvernement est « totalement en phase avec nos compatriotes » ce qui voudrait dire que nos intellectuels, eux, sont totalement déphasés par rapport à l’opinion publique.
En lisant cette stupéfiante interview que Hortefeux vient d’accorder au Monde (pourtant symbole même du « petit milieu politico-médiatique parisien ») on s’aperçoit, d’abord, que le ministre de l’Intérieur ne lit ni les sondages ni même les rapports des RG qui affirment, tous, qu’aucun président de la 5ème République n’a jamais été aussi impopulaire que Sarkozy.
Même si certaines rodomontades sécuritaires ont été applaudies par l’opinion, on ne peut pas dire que l’action de Sarkozy « rassemble » les Français ni que le pouvoir actuel soit « en phase » avec eux.
Quand les Français semblent approuver les annonces sécuritaires de Sarkozy, ils font surtout la critique de l’inaction menée par celui qui depuis 2002 est en charge de ce dossier (en tant que ministre de l’Intérieur puis de chef de l’Etat) et en a fait son fonds de commerce. Ils ne sont pas pour autant convaincus qu’après huit ans d’échecs et de balivernes, les coups de menton et les effets de manche du jour permettront de faire face à la situation.
Mais il y a plus grave dans ces déclarations d’Hortefeux.
Il est évidemment facile de stigmatiser Saint Germain des Près. Cà s’appelle de la démagogie, du populisme. Certes, les habitants des 5ème, 6ème et 7ème arrondissements de Paris (où résident de nombreux membres du gouvernement quand ils n’habitent pas carrément… Neuilly) ne sont pas confrontés tous les jours aux problèmes de la délinquance, de l’immigration ou des Roms. Pas plus qu’ils ne sont confrontés quotidiennement à la faim dans le monde, à l’évolution des climats ou à la dictature en Birmanie.
Mais les intellectuels ont, bien souvent, un avantage –en tous les cas sur Hortefeux- ils connaissent l’Histoire, ils ont lu les grands textes de la pensée française, ils savent ce que sont les Droits de l’Homme, la démocratie et ce qui pourrait bien constituer une « morale française » fidèle à quelques grands principes. Ils ont donc le droit à la parole et on peut même dire que cela fait partie de leurs fonctions.
On éclate de rire quand Hortefeux attaque « la gauche milliardaire ». D’abord, parce qu’il y a beaucoup plus de milliardaires à droite qu’à gauche, ensuite et surtout, parce que l’une des grandes caractéristiques du régime actuel c’est précisément sa promiscuité, ses amitiés, ses complaisances coupables avec les milliardaires. Depuis les soirée du Fouquet’s, c’est la première fois qu’un proche de Sarkozy a l’impudence de reprocher à certains de nos compatriotes d’être milliardaires. On imagine que Bolloré, Bouygues, Lagardère, Dassault et les autres ont du sursauter en voyant le petit Hortefeux fustiger leur caste en visant, sans doute, leur ami Pierre Bergé.
Brice Hortefeux ne se rend pas compte qu’en déclarant aussi sottement la guerre à nos intellectuels, au « milieu politico-médiatique parisien », et même aux « milliardaires de gauche », il creuse encore davantage le fossé qui sépare le régime de nos élites.
Ces élites ont généralement été des contre-pouvoirs (c’est leur fonction naturelle) et bien rares ont été les régimes qui ont pu s’enorgueillir d’avoir dans leur cour des intellectuels de haut niveau. De Gaulle avait Malraux, Pompidou ses copains de l’Ecole Normale. Mais jamais aucun président n’a du se contenter d’avoir auprès de lui, comme intellectuels, Johnny Hallyday, Clavier ou Bigard…
Certains ont évoqué les années les plus noires de notre histoire quand Sarkozy et ses amis se sont mis à évoquer la déchéance nationale des naturalisés de fraîche date ou la chasse aux Roms. C’est à cette même époque qu’on brûlait les livres.
Hortefeux va-t-il vouloir brûler les livres ?

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