Ce qui est bien avec Eric Woerth, c’est qu’il va nous occuper tout l’été. Vacances ou pas et quelle que soit la météo des plages, chaque jour, nous allons pouvoir, grâce à son génie inventif qui semble sans limite, nous indigner en découvrant une de ses anciennes turpitudes de plus.
L’affaire Bettencourt, il faut bien le dire, commençait à nous fatiguer. D’autant plus que si la justice n’a encore qu’à peine entrouvert (très prudemment) le dossier, l’affaire est entendue à nos yeux.

Quoi qu’on puisse nous raconter sur l’intégrité, la probité et la haute moralité du bonhomme, sa femme a bel et bien été embauchée par la plus grosse fortune de France (laquelle pratique l’évasion discale) alors qu’il venait d’être nommé ministre du Budget, chargé précisément de lutter contre l’évasion fiscale. Ailleurs que dans les républiques bananières, les ministres se retrouvent illico au chômage pour moins que çà.

Et quoi qu’on puisse toujours nous raconter, le trésorier de l’UMP qu’il était, coiffé de sa casquette de ministre du Budget qu’il était aussi, a bel et bien tapé les plus grosses fortunes du pays pour en faire de généreux donateurs des caisses de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy. Là, et toujours ailleurs que dans les républiques bananières, c’est derrière les barreaux que se retrouvent les ministres ayant ainsi confondu leurs fonctions gouvernementales et leur militantisme partisan.

Bref, pour les Français, l’affaire est pratiquement classée et Woerth sérieusement déclassé.

Mais, comme dans tous les bons feuilletons de l’été, tout rebondit avec un nouvel épisode. On n’abandonne pas un personnage aussi haut en couleurs.
Ce matin, « Libération » inaugure le nouveau chapitre. C’est toujours Woerth qui a la vedette et c’est encore, à l’origine, une affaire de (très) gros sous, même si elle se la joue « culturel ».

C’est l’affaire de l’héritage de César. Pas l’empereur romain, le sculpteur. Les héritiers se chamaillent, entre la veuve, la fille, l’ancienne compagne et une fondation. Rien que de très banal. Si ce n’est que des œuvres du maître (notées dans son testament) ont mystérieusement disparu et que, bien sûr, çà change tout dans l’évaluation de l’héritage. Ces œuvres ont-elles été vendues par César lui-même de son vivant, ont-elles été volées, ont-elles été subtilisées par des héritiers peu scrupuleux ou n’ont-elles jamais existé ailleurs que dans les projets de César ?

C’est cette dernière version que soutient Alain-Dominique Perrin, président de la fondation Cartier et exécuteur testamentaire de César. Et il a eu gain de cause. Du coup, le ministre du Budget lui a accordé un dégrèvement fiscal de 27 millions d’euros.
Détails amusants : le ministre du Budget en question s’appelait Eric Woerth et Alain-Dominique Perrin est un membre fondateur de l’UMP et un membre important du « Premier cercle », le petit club (très fermé) fondé par le même Woerth mais, cette fois, en qualité de trésorier de l’UMP pour regrouper, généralement à l’Hôtel Bristol, les plus généreux donateurs de la campagne présidentielle de Sarkozy.
Le ministère du Travail a déjà réagi. Woerth a agi en toute légalité, il n’y a eu aucun passe-droit, Alain-Dominique Perrin n’a bénéficié d’aucune faveur, etc., etc.

C’étaient les mêmes qui nous avaient déjà juré sur l’honneur que Woerth n’avait jamais demandé que sa femme soit embauchée chez Liliane Bettencourt, qu’il ne savait pas quelles étaient les activités précises de sa femme au sein de la société Climène (chargée de gérer la fortune de Liliane Bettencourt), qu’il n’avait d’ailleurs jamais, au grand jamais, rencontré Liliane Bettencourt et qu’il ne connaissait même pas Patrice de Maistre (qui avait embauché sa femme et auquel il avait remis la Légion d’Honneur).
Même si, demain, l’Inspection générale des Finances nous sort un rapport affirmant que Woerth n’est strictement pour rien dans les faveurs accordées à Alain-Dominique Perrin, personne n’en croira un traître mot.
Mais on attend déjà, avec impatience, la suite du feuilleton.

Qui de « Libération », « Médiapart » ou « Marianne » va nous ressortir l’affaire Wildenstein ? Là encore, une histoire de milliards et d’héritage que se disputent, cette fois, les deux fils du richissime collectionneur et sa seconde épouse. Et là encore un magot qui a mystérieusement disparu.
A sa mort, en 2001, la fortune de Daniel Wildenstein était estimée à 4 milliards d’euros. Aujourd’hui, les deux fils, Guy et Alec, affirment à leur belle-mère et surtout au fisc que leur père n’a laissé que 42 millions d’euros car il était « ruiné », n’ayant plus de 6.000 € de revenu par mois.
Ils semblent oublier, dans leur chagrin, le ranch de 30.000 hectares que leur père a laissé aux îles Vierges (comme par hasard), ses trois avions personnels et ses deux hélicoptères ainsi, surtout, que les centaines de tableaux de maître qui constituent l’une des plus fabuleuses collections de la planète.
Le ministre du Budget a arbitré en faveur des deux fils, contre la veuve (et l’Etat).

Qui était ce ministre du Budget ? La réponse est facile. C’était Woerth. Qui est Guy Wildenstein ? Là encore, c’est facile. Un membre fondateur de l’UMP et du « Premier cercle » qui ajoute, en plus, à ces deux premières qualités, celle d’être le propriétaire d’une grande écurie de course qui court fréquemment à Chantilly.

On imagine que le ministère du Travail prépare déjà le communiqué indigné qui nous affirmera qu’Eric Woerth n’a rien fait d’illégal dans cette affaire, qu’il s’est contenté d’entériner une décision prise par son administration, ou même qu’il n’était absolument pas au courant de l’héritage Wildenstein.
Tout innocent qu’il soit (peut-être) aux yeux de la loi, Woerth apparaît désormais comme un multirécidiviste aux yeux des Français. Et c’est toujours le même scénario : le « petit chose » qui est bluffé par les grosses fortunes, trop content de pouvoir, grâce à son ascension politique, les approcher, les fréquenter et qui est prêt à tout pour leur rendre service, avec l’espoir qu’ils sauront se montrer reconnaissants.

Woerth avec Liliane Bettencourt, Patrice de Maistre, Alain-Dominique Perrin, Guy Wildenstein c’est Sarkozy avec Bouygues, Bolloré ou Lagardère. Cà commence par de l’admiration, puis çà devient de l’envie et çà finit dans les pires compromissions. En oubliant totalement ce que devrait être une « République irréprochable ». Mais l’ont-ils jamais su ?

Les Français apprécieront…

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