Faut-il que Jacques Chirac soit, aujourd’hui, bien fatigué pour avoir accepté de rembourser, sur sa propre cassette, une partie des sommes qui auraient été indûment versées par la Ville de Paris à des employés « fictifs » qui auraient été embauchés « par complaisance », alors qu’il était maire de la capitale, entre 1977 et 1995.
Jusqu’à présent, l’ancien président avait toujours affirmé que ces emplois étaient « légitimes et utiles à Paris et aux Parisiens ». En acceptant de payer 550.000 € à la Ville (auxquels s’ajoutera 1,650 million payé par l’UMP), il reconnaît implicitement sa « faute ».
Tous les maires, tous les présidents des conseils généraux, tous les présidents des conseils régionaux, sans parler des parlementaires ou des membres du gouvernement, et quelle que soit leur étiquette politique, ont toujours embauché des parents, des copains, des relations aux frais de la République. Dans certains cas, c’est une manière d’avoir des gens « sûrs » autour de soi, dans d’autres cas, une façon de faire « une fleur » à un ami, de préférence utile.
Le tout est de savoir si le bénéficiaire de cette embauche un rien favorisée justifiera, plus ou moins, le salaire qu’il touchera.
Mme Cohen-Solal, conseillère municipale PS de Paris, bénéficiait d’un emploi à la mairie de Lille et n’a jamais mis les pieds dans l’hôtel de ville de Pierre Mauroy. Le fils de François Mitterrand, « papa-m’a-dit », bénéficiait d’un emploi à l’Elysée mais, lui, s’occupait vraiment de l’Afrique, au point, d’ailleurs, de se retrouver traîné devant les tribunaux, notamment pour l’affaire de l’Angolagate. Là, on aurait préféré que son emploi soit totalement fictif.
Jacques Chirac est, depuis des années, poursuivi pour « détournement de fonds publics au détriment de la Ville de Paris » à propos de 21 emplois présumés « fictifs » (sur 20.000 fonctionnaires municipaux).
Parmi les noms de ces bénéficiaires, on trouve notamment ceux de Marie-Thérèse Poujade, femme de Robert Poujade, alors maire de Dijon, Michelle de Charrette, femme d’Hervé de Charrette, alors ministre des Affaires étrangères, ou François Debré, frère des jumeaux Jean-Louis et Bernard.
Ce n’est pas faire injure aux compétences de ces gens que de se demander si leur embauche par la mairie ne ressemblait pas, un peu, à… une gentillesse. Et, par la même occasion, de se demander s’ils ont été bien utiles à Paris et aux Parisiens.
C’était à cette question (difficile) que devait répondre la procédure engagée contre Chirac, même si certains estimaient qu’il y avait prescription (tout cela remonte à plus de vingt ans) et pensaient qu’il était un peu ridicule de s’acharner ainsi sur un ancien chef d’Etat, alors que le « copinage » est pratiqué à l’échelle nationale et que des « scandales » autrement plus importants ont été, sont et seront étouffés.
Ce qui est choquant aujourd’hui c’est d’apprendre qu’il y a eu un « accord secret » entre les avocats de Chirac et ceux de la mairie et que, moyennant espèces sonnantes et trébuchantes, la Ville va retirer sa constitution de partie civile (après confirmation de l’accord par un vote du Conseil municipal).
C’est la première fois, dans une affaire de « détournement de fonds », qu’on voit la présumée « victime » retirer sa plainte parce que le présumé « coupable » s’engage à la rembourser.
Certes, personne ne souhaitait vraiment voir un ancien chef de l’Etat en correctionnelle. Mais cet accord secret a un coté magouille, combine, petit arrangement entre larrons qui est, pour le moins, déplaisant.
Va-t-on demander à Florence Woerth de rembourses ses salaires à Liliane Bettencourt et à Patrice de Maistre de rendre sa Légion d’Honneur pour en terminer avec l’affaire Woerth-Bettencourt ?
Emplois fictifs, justice fictive.

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