Archives par moisaoût 2010



Les surprises du sous-chef

François Fillon est un garçon bien élevé. Du coup, il est modéré. On pourrait dire tempéré. Contrairement à d’autres, et notamment à un autre, il n’est pas homme à faire des colères, des éclats, ni même des déclarations intempestives. Mieux encore, il sait avaler les couleuvres sans pour autant avaler son chapeau. Tout un art ! Avec son physique de gendre rêvé, il aurait presque un petit coté « british », peut-être l’influence de sa femme galloise.
Après avoir fait preuve d’une longévité inattendue à Matignon, il est aujourd’hui dans une étrange situation. Vit-il ses dernières semaines de premier ministre comme tout le monde le croit et comme l’a pratiquement laissé entendre Sarkozy ou, faute de remplaçant crédible, va-t-il rester sur place, jusqu’à la fin du quinquennat et devoir animer, dans l’ombre du candidat, la campagne de 2012 ? Est-il partant ou est-il irremplaçable ?
Cette étrange situation lui donne une liberté qu’il n’avait pas jusqu’à présent. S’il s’en va, il n’a plus rien à perdre. S’il reste, il acquiert en face du président une force redoutable, celle de l’homme indispensable.
Alors, après avoir été prudemment bien silencieux tout au cours de cet été « meurtrier », il fait entendre sa petite musique personnelle. Et sans en avoir l’air, il « flingue » à tout va.
Il reconnaît, d’abord, qu’il y a « un malaise à droite ». Ce qui, en clair, signifie que la politique de Sarkozy (et notamment en matière de sécurité) provoque des haut-le-cœur pour ne pas dire la nausée à certains membres de l’UMP et à beaucoup d’électeurs de droite.
Il souligne ensuite que « chacun a sa sensibilité et sa façon de faire les choses ». C’est un lieu commun mais c’est surtout bien faire savoir qu’il n’a rien de commun avec Sarkozy et qu’il désapprouve la brutalité de la politique sécuritaire décidée par le président et qu’il va cependant mettre en œuvre.
Puis, il règle quelques comptes avec les porte-flingues les plus fidèles du président, Hortefeux et Estrosi. Toujours bien élevé, il se contente de dire qu’il a été « surpris » par « un certain nombre de propos » qu’il n’a « pas acceptés ».
Il a notamment été « surpris » par l’idée d’Hortefeux de déchoir de leur nationalité française les polygames et par celle d’Estrosi de punir les maires qui ne rempliraient pas leurs obligations en matière de sécurité. En bref, il condamne les initiatives intempestives des « fayots du président » qui, dans leur course « à la lèche » ont cru devoir en rajouter.
Quand on est premier ministre et qu’on n’accepte pas les propos d’un membre de son gouvernement, on pourrait sans doute dépasser le stade de la surprise. Mais le jeune homme bien élevé attend sans doute son heure.
Il s’est aussi payé Kouchner qui aurait pensé à démissionner pour protester contre les mesures prises à propos de Roms « alors qu’il a défendu cette politique devant les ambassadeurs » et Morin qui a fustigé « les discours de la haine, de la peur et du bouc émissaire » alors qu’il « participe à cette politique depuis trois ans et n’a jamais émis la moindre réserve ».
Fillon s’est donc bel et bien positionné au cours de cette émission de France Inter. Il se dit « surpris » par l’attitude de certains mais c’est nous qui sommes les plus « surpris » par l’habileté du bonhomme.
En substance, il déclare à Sarkozy : si vous me virez, je deviens l’homme recours d’une droite humaniste, gaulliste et de bon ton (regardez d’ailleurs mes sondages), si vous me gardez, il faudra changer de sensibilité et de manière d’agir et je ne veux plus, dans le prochain gouvernement, ni de vos féaux les plus dociles ni de vos énergumènes de l’ouverture, à gauche ou au centre.
Fillon exige les têtes d’Hortefeux, Estrosi, Kouchner et Morin. Les deux derniers, Sarkozy n’en veut plus. Mais Hortefeux et Estrosi… Fillon exige surtout un sérieux coup de barre pour que le navire ne continue pas à dériver dangereusement vers l’extrême droite.
Sarkozy va-t-il accepter ces conditions ? Difficile à imaginer car « le petit Fillon », celui qu’il avait qualifié de simple « collaborateur » et qu’il a méprisé et persécuté pendant trois ans et demi ne lui demande rien de moins que de… ne plus être Sarkozy.

31 Août 2010 | Comment (1)

Khadafy nous redéclare la guerre sainte

Contrairement à ce que Nicolas Sarkozy avait voulu nous faire croire en le recevant royalement à Paris, Khadafy n’a pas changé. On peut même dire qu’il n’a fait aucun progrès et qu’il n’est toujours pas un interlocuteur respectable pouvant s’asseoir sur le banc de la société des nations. Il reste, bel et bien, au ban des pays civilisés.
Hier, à Rome, capitale de la chrétienté, le Guide suprême de la révolution libyenne a affirmé, froidement et sans un sourire, qu’il voulait que l’Islam devienne « la religion de toute l’Europe ». En clair, le Libyen nous déclare de nouveau la guerre sainte, et cette fois, car il a un sens prononcé de la provocation, à l’ombre même du Vatican.
C’était devant un parterre de cinq cents jeunes femmes italiennes qui avaient reçu, chacune, 80 € pour faire de la figuration et auxquelles le dictateur de Tripoli allait faire remettre, à chacune, un exemplaire du Coran.
Khadafy est en voyage officiel à Rome à l’occasion du deuxième anniversaire de la signature, le 30 août 2008, à Benghazi, du Traité d’amitié italo-libyen, texte basé sur la repentance et censé mettre un terme au contentieux qui opposait l’ancienne Tripolitaine à son ancienne puissance coloniale.
Toute honte bue, Rome s’engageait à offrir à la Libye des routes et des installations importantes pour se faire pardonner du passé et en échange de facilités commerciales.
A Paris, Khadafy était venu avec ses « amazones ». Cette fois, à Rome, il est venu avec ses chevaux. Trente pur-sang qui participeront à une grande fantasia en présence de Silvio Berlusconi.
Il nous est, bien sûr, difficile d’ironiser sur la naïve cupidité de Berlusconi qui s’imagine qu’en dînant ainsi avec le diable il va pouvoir rafler des contrats mirifiques. Sarkozy s’était tout autant compromis et nous avait, lui aussi, annoncé que la Libye allait nous acheter des Airbus, des TGV et des centrales nucléaires.
Toutes ces belles promesses se sont, bien évidemment, perdues dans les sables du désert. On n’en parle plus. Comme on ne parle plus des Rafales que nous devions vendre à l’Inde ou au Brésil ou des porte-hélicoptères que devait nous acheter la Russie.
Mais ce qui est grave c’est que, pas plus de Berlusconi, Sarkozy n’avait compris à qui il avait affaire et qu’il s’était imaginé, avec une présomption stupéfiante, pouvoir remettre ce fou furieux sur le droit chemin.
On veut croire que les dangereuses bouffonneries de Rome vont faire comprendre à Sarkozy son erreur. Mais il est un peu tard.

30 Août 2010 | Comments (2)

Les états d’âme de Bernard Kouchner

Décidemment rien ne nous aura été épargné ! Aujourd’hui, nous avons droit aux états d’âme de Bernard Kouchner. Le ministre des Affaires étrangères nous a déclaré, ce matin, sur RTL, qu’il avait « le cœur serré » devant le sort qui est fait (par le gouvernement dont il fait partie) aux Roms et qu’il avait même « pensé à démissionner ».
Il y a pensé mais, bien sûr, il n’en a rien fait.
Chevènement qui s’y connaissait avait dit, un jour : « Un ministre çà démissionne ou çà ferme sa gueule ». Il avait parfaitement raison. Un membre du gouvernement qui n’est pas d’accord avec la politique menée par le gouvernement dont il fait partie et dont il doit, par définition, être solidaire peut, s’il a un minimum de dignité, claquer la porte et partir la tête haute, ou, s’il est en dessous de tout, avaler les couleuvres en mettant son honneur dans sa poche et son mouchoir par-dessus.
Kouchner qui n’en est pas à une incohérence près invente une nouvelle formule. A l’entendre, un ministre çà ne démissionne jamais mais çà peut éventuellement entrouvrir sa gueule.
Il a même précisé sa pensée : « S’en aller, c’est déserter, c’est accepter ». Kouchner ne veut pas déserter un camp avec lequel il n’est pas d’accord et estime qu’en restant membre du gouvernement il prouve clairement qu’il n’accepte pas la politique du dit gouvernement. Il marche sur la tête.
Nous évoquions, hier, l’absurdité de « l’ouverture » instaurée par Nicolas Sarkozy et qui avait consisté à débaucher quelques seconds couteaux (rouillés) de gauche pour faire croire qu’on entrait dans un monde nouveau, tenter de désarçonner l’opposition et bien faire comprendre aux électeurs qu’on les prenait pour des gogos. Kouchner était la plus belle prise de ce tableau de chasse.
Jusqu’à présent, l’ancien French doctor avait tout avalé sans piper : la visite de Khadafy, le ralliement à Bush et à l’atlantisme, les courbettes devant Moscou, la lâcheté devant Pékin (et la trahison du Dalaï Lama), les renforts envoyés en Afghanistan, le retour de la Françafrique, la réduction à la portion plus que congrue des crédits de son propre ministère. Il trottinait, tout heureux, derrière son maître et faisait le beau là on lui disait de le faire.
Seulement voilà, le vent a très sérieusement tourné. Le fromage coule comme un bateau en perdition. Il va, peut-être, falloir bientôt penser à se recaser. Alors, brusquement, Kouchner se souvient qu’il avait une image d’humaniste. Il nous a même dit ce matin : « Les Roms, je m’en occupe depuis 25 ans ». Quand on voit dans quel état sont ces gens, on peut juger de l’efficacité de Kouchner.
Il est évident que tout président digne de ce nom aurait, dès ce matin, fait savoir que Bernard Kouchner n’était plus ministre des Affaires Etrangères.
Mais non. On attend peut-être le remaniement ministériel pour faire savoir à Kouchner que ses états d’âme tout comme ses états de service conduisent à mettre un terme au rôle qu’on lui avait attribué, à tort. L’ensemble des diplomates français attendent cela avec impatience depuis plus de trois ans.

30 Août 2010 | Comments (2)

Quand les ministres oubliés se font huer

Ces deux là, on avait complètement oublié qu’ils étaient ministres. Et pourtant ils ont des portefeuilles importants. La Culture et la Politique de la Ville. Mais il a fallu qu’ils se fassent copieusement hués ce week-end par les spectateurs d’un concert (de musiques maghrébines) à la Villette pour que leurs noms réapparaissent, en quelques lignes, dans la presse.
Ils représentaient, avec quelques autres, « l’ouverture » et « la diversité ». Deux « coups » que Sarkozy nous avait faits en s’imaginant qu’il allait ainsi séduire la gauche et les immigrés.
Mitterrand, c’était un joli nom, bien sûr, une petite vedette de la télévision et, en plus, Frédéric revendiquait, haut et fort, son homosexualité et ses goûts pour les amours tarifées, de préférence dans les pays exotiques. Qui de mieux pour succéder à André Malraux ?
Fadela Amara, elle, avait été la présidente de « Ni putes ni soumises ». Autant dire qu’elle était toute désignée pour lancer, à coups de milliards, un vaste « Plan Marshall » dans les banlieues pourries.
Et puis, bien vite, après quelques déclarations fracassantes et maladroites, quelques scandales étouffés, on les avait négligés, méprisés, puis oubliés.
Le « Plan Marshall » pour les banlieues, annoncé avec tambours et trompettes, s’était perdu dans les sables mouvants des bidonvilles, « l’ouverture » s’était refermée d’elle-même quand on avait pu apprécier la médiocrité des Kouchner, Besson et autres Bockel et « la diversité » n’épatait plus personne depuis qu’on avait vu Rachida Dati à l’œuvre.
Non seulement les « coups » (d’épée dans l’eau) de Sarkozy n’avaient séduit personne, à gauche, mais, en plus, ils avaient parfois scandalisé, à droite, où l’on considérait volontiers ces débauchages d’ennemis d’hier comme des trahisons de l’électorat.
Cela dit, il faut être juste. Avec Sarkozy à l’Elysée, les ministres, qu’ils soient de la diversité ou pas, comptent… « pour beurre », pour reprendre l’expression d’un villepiniste. C’est au Palais que tout se décide, entre le souverain et sa cour de courtisans-conseillers.
Les membres du gouvernement n’ont droit qu’à de jolis bureaux et une belle voiture avec chauffeur et n’ont rien à faire d’autre que de la figuration, le mercredi matin, lors du Conseil des ministres.
On comprend alors qu’ils soient inconnus des Français. Qui connaît la tête ou même le nom de Michel Mercier, Henri de Raincourt, Marc-Philippe Daubresse, Valérie Létard, Nora Berra ou Marie-Luce Penchard, pour ne citer qu’eux. On s’étonne presque que les gardes républicains les laissent pénétrer, le mercredi, à l’Elysée.
Sarkozy a sans doute voulu nous épater (et laisser libre cours à sa volonté de pouvoir) en siphonnant tous les pouvoirs de tous les ministres et en se mettant perpétuellement seul en scène pour interpréter tous les rôles, du jeune premier au hallebardier. Il a oublié l’un des accessoires indispensables du pouvoir : le fusible. Du coup, même son premier ministre, le premier des fusibles, est moins impopulaire de lui et c’est lui, chef de l’Etat, qui reçoit toutes les tomates pourries que jettent les spectateurs mécontents.
Dans ces conditions on se demande à quoi va bien pouvoir servir le vaste remaniement qu’on nous promet. On va changer les potiches.
Cela dit, que Frédéric Mitterrand et Fadela Amara aient été conspués par des amateurs de musique maghrébine est tout de même révélateur. Les communautés de la « diversité » n’ont peut-être pas apprécié qu’on leur annonce brusquement que, contrairement à la Constitution de la République, les Français n’étaient plus égaux devant la loi « quelles que soient leurs origines ».

29 Août 2010 | Comments (3)

L’Arlésien de Washington

De mémoire de vieil observateur, nous n’avons jamais assisté à une situation politique aussi étonnante.
Nous sommes à un an et demi des élections présidentielles et tout le monde nous affirme que les jeux sont déjà faits, que la gauche qui n’a toujours pas de candidat officiel, qui n’a encore présenté aucun programme cohérent et qui est même restée étonnamment silencieuse depuis quelque temps sur un certain nombre de sujets d’actualité va l’emporter haut la main.
Mieux encore, on nous annonce le triomphe d’un homme qui vit à Washington, qui se refuse énergiquement à dire s’il sera, ou non, candidat et qui, du coup, bien sûr, n’a pas évoqué, lui non plus, le moindre programme qu’il pourrait éventuellement présenter aux électeurs.
Certes, bien souvent, dans le secret des isoloirs, les électeurs rejettent un candidat plutôt qu’ils n’adhèrent à son adversaire. Il est évident qu’en 1981, Mitterrand a bénéficié du rejet par les Français de Giscard. Tout comme Chirac a été élu en 1995 parce que les électeurs avaient, au premier tour, rejeté Balladur.
On peut donc imaginer, pour l’instant, qu’en 2012 les Français rejetteront Sarkozy. Tous les sondages le laissent prévoir et on voit mal comment il pourrait, d’ici à l’échéance fatidique, modifier son image, détestable aujourd’hui, et présenter un bilan moins désastreux.
La gauche l’emporterait donc… par défaut.
Le Parti socialiste l’a visiblement compris et on a eu l’impression, lors de l’Université d’été de La Rochelle, que le mot d’ordre était : surtout ne pas bouger d’un poil, d’une oreille, et attendre tranquillement, tous unis, tous amis, que la victoire nous tombe, toute cuite, du ciel.
Il est vraisemblable que, dans les mois qui vont venir, les socialistes vont se contenter de faire du « Tout Sauf Sarkozy » et de critiquer –mais surtout sans affoler personne- toutes les déclarations, toutes les prises de position, tous les projets, toutes les mesures du gouvernement. Surtout ne pas rappeler qu’on est socialiste, qu’on a fait les 35 heures, qu’on veut augmenter les impôts. Se limiter à contester la retraite à 62 ans, à critiquer le tout sécuritaire et à souligner les échecs économiques et sociaux de Sarkozy.
Le succès (virtuel, subliminal) de Dominique Strauss-Kahn est très révélateur. Il joue l’Arlésien. Il plait parce qu’il n’est pas là, qu’il ne parle pas, qu’on ne le connaît pas. Donc il se fait désirer et on l’idéalise. Certains affirment que le directeur général du FMI n’est plus socialiste. D’autres que l’ancien ministre de l’Economie de Lionel Jospin est le père d’une social-démocratie en gestation qui va totalement renouveler la gauche française et la mettre enfin à l’heure du XXIème siècle.
Les Français, écoeurés par une droite que Sarkozy a compromise pour un temps et inquiets d’une gauche pure et dure qui se relancerait dans l’aventure, voient en lui, si ce n’est l’homme providentiel du moins d’antithèse, l’antidote, l’antipode, l’antitout de Sarkozy.
On se souvient de l’engouement qu’avaient éprouvé les Français pour Jacques Delors qu’ils ignoraient et donc idéalisaient tout autant, jusqu’au jour où celui-ci avait annoncé qu’il n’avait pas du tout l’intention de se présenter à la présidentielle.
Sarkozy a fait beaucoup d’erreurs en se croyant plus malin que tout le monde. Il s’imaginait s’être débarrassé à tout jamais de Strauss-Kahn en l’expédiant au FMI de l’autre coté de l’Atlantique. Il n’avait pas compris qu’en lui interdisant ainsi d’être pendant cinq ans dans les turbulences de notre vie politique et au milieu du marigot du PS il en ferait une icône intouchable puis une idole désirable.
Mais si L’Arlésienne de Bizet (d’après un conte de Daudet) est entrée dans l’histoire grâce à sa discrétion, il faudra bien qu’un jour « l’Arlésien de Washington » descende dans l’arène ou plutôt monte sur le ring.
En juin prochain, d’après les règles établies par Martine Aubry qui n’a évidemment pas dit son dernier mot, il devra se prononcer. Déclarer sa candidature ou annoncer son forfait. S’il abandonne alors son trône doré, mais lointain, pour se lancer dans la bagarre, il perdra du même coup son charme d’homme invisible et quelques points dans les sondages. Mais Sarkozy n’en regagnera sans doute pas pour autant.

28 Août 2010 | Comments (3)

Le drapeau français n’est pas non plus un torchon

On peut toujours dire qu’on se contrefiche du Pape, ce vieux croûton qui se la coule douce au Vatican, qu’on se contrefiche de l’Union européenne, ce ramassis de jean-foutre qui se gobergent à Bruxelles, qu’on se contrefiche de l’ONU, ce « machin » inutile et ruineux, et que la presse internationale qui a toujours détesté la France n’a pas de leçons à nous donner.
On peut toujours dire que nous sommes les meilleurs et même les seuls à avoir raison, contre tout l’univers s’il le faut.
Mais cela fait, tout de même, beaucoup de gens, de par la planète, qui viennent de critiquer sans ambages la politique sécuritaire de Nicolas Sarkozy et qui s’inquiètent de la dérive xénophobe et populiste dans laquelle se laisse entraîner le président de la République en pensant aux présidentielles de 2012.
Au lieu de répliquer avec des arguments parfois honteux et toujours pitoyables au Pape, à l’UE, à l’ONU et aux journalistes du monde entier, nous ferions mieux de réfléchir un peu et de nous demander si, par hasard, le président et sa majorité ne seraient pas en train de détériorer gravement l’image de la France qui n’était déjà plus resplendissante depuis quelques années.
Aux yeux du monde entier, la France n’est évidemment plus un grand pays. En face des Etats-Unis, du Japon, de la Chine, du Brésil et de quelques autres, nous ne pesons plus grand chose. Et notre situation actuelle, avec nos déficits, notre dette, nos chômeurs, incite les uns à s’attendrir, les autres à ricaner.
Mais, malgré tout, nous avons encore une place à part que personne ne conteste. Grâce à notre Histoire, à notre littérature, à certains de nos monuments, à la douceur de nos paysages, à notre art de vivre. L’image de la France est complexe. On y retrouve, pêle-mêle, Louis XIV, la Révolution, Napoléon, de Gaulle, le French cancan, Monet et le cassoulet. Et celle des Français, naturellement, idéalisée. On nous imagine Soldats de l’An II, farouches défenseurs de toutes les libertés, sans-culottes toujours prêts à guillotiner nos rois, mais toujours prêts aussi à accorder l’asile à tous ceux qui nous le demanderont.
Personne, de par le monde, ne se souvient du massacre des Vendéens, des Versaillais assassinant les Communards ni des 40 millions de collaborateurs acclamant Pétain et la poignée de main de Montoire. Et il n’y a pratiquement que nous, avec le masochisme savamment orchestré de la repentance, pour évoquer la torture en Algérie, le colonialisme, l’esclavagisme et, sans doute bientôt, les Croisades.
Cette belle image que beaucoup d’étrangers ont encore de nous est précieuse. C’est tout ce qui nous reste de notre grandeur d’antan. C’est ce qui fait venir dans nos universités encore quelques étudiants du monde entier (de moins en moins). C’est ce qui nous permet –pour peu que nous ayons un orateur un peu talentueux- de faire encore entendre (et même écouter) la voix de la France à la tribune des nations.
Or, quelques tartarinades intempestives de Nicolas Sarkozy, faisant des moulinets avec son épée de bois, quelques effets de muscle de Brice Hortefeux faisant casser les pauvres roulottes de ceux qu’on appelait jadis les Romanichels ont brusquement flétri notre image idéalisée.
Tout le monde sait parfaitement que jamais nos magistrats ne prononceront la déchéance nationale de délinquants fraîchement naturalisés. Chacun sait que les Roms expulsés voici quinze jours sont déjà de retour (on les a même vus au journal télévisé). Et tous les Français un peu sensés prennent désormais le ministre de l’Intérieur pour le pire des imbéciles depuis qu’il a inventé coup sur coup « la présomption de culpabilité », « le délit de polygamie… de fait » et, mieux encore « l’expulsion basée sur la volontariat ».
Mais le mal est fait. Pour les étrangers, la France « belle et généreuse », « mère des arts et des lois », de Voltaire, de Victor Hugo et de Zola devient un tout petit pays, hideux, renfermé sur lui-même, étriqué, aigri, où les flics ont soudain plus d’importance que les philosophes et où, à l’Elysée, on tient désormais les mêmes propos avinés, xénophobes et racistes que dans une arrière-salle de bistrot.
Les Français qui s’inquiètent, à juste titre, de l’aggravation de la délinquance ne semblent pas, pour l’instant, avoir compris que les mesures annoncées par Sarkozy ne sont que des paroles verbales et démagogiques qui n’auront, bien sûr, aucun effet sur l’insécurité et que cette plongée, tête baissée et à corps perdu, dans le tout sécuritaire pourrit l’ambiance du pays tout en déshonorant la France à la face du monde.
Obligé de répliquer à Villepin qui avait déclaré que Sarkozy venait de salir d’« une tâche de honte » le drapeau français, François Fillon s’est écrié : « Le drapeau français n’est pas une banderole ». Il a raison.
Mais ce n’est pas non plus un torchon.

27 Août 2010 | Comments (4)

Emplois fictifs, justice fictive

Faut-il que Jacques Chirac soit, aujourd’hui, bien fatigué pour avoir accepté de rembourser, sur sa propre cassette, une partie des sommes qui auraient été indûment versées par la Ville de Paris à des employés « fictifs » qui auraient été embauchés « par complaisance », alors qu’il était maire de la capitale, entre 1977 et 1995.
Jusqu’à présent, l’ancien président avait toujours affirmé que ces emplois étaient « légitimes et utiles à Paris et aux Parisiens ». En acceptant de payer 550.000 € à la Ville (auxquels s’ajoutera 1,650 million payé par l’UMP), il reconnaît implicitement sa « faute ».
Tous les maires, tous les présidents des conseils généraux, tous les présidents des conseils régionaux, sans parler des parlementaires ou des membres du gouvernement, et quelle que soit leur étiquette politique, ont toujours embauché des parents, des copains, des relations aux frais de la République. Dans certains cas, c’est une manière d’avoir des gens « sûrs » autour de soi, dans d’autres cas, une façon de faire « une fleur » à un ami, de préférence utile.
Le tout est de savoir si le bénéficiaire de cette embauche un rien favorisée justifiera, plus ou moins, le salaire qu’il touchera.
Mme Cohen-Solal, conseillère municipale PS de Paris, bénéficiait d’un emploi à la mairie de Lille et n’a jamais mis les pieds dans l’hôtel de ville de Pierre Mauroy. Le fils de François Mitterrand, « papa-m’a-dit », bénéficiait d’un emploi à l’Elysée mais, lui, s’occupait vraiment de l’Afrique, au point, d’ailleurs, de se retrouver traîné devant les tribunaux, notamment pour l’affaire de l’Angolagate. Là, on aurait préféré que son emploi soit totalement fictif.
Jacques Chirac est, depuis des années, poursuivi pour « détournement de fonds publics au détriment de la Ville de Paris » à propos de 21 emplois présumés « fictifs » (sur 20.000 fonctionnaires municipaux).
Parmi les noms de ces bénéficiaires, on trouve notamment ceux de Marie-Thérèse Poujade, femme de Robert Poujade, alors maire de Dijon, Michelle de Charrette, femme d’Hervé de Charrette, alors ministre des Affaires étrangères, ou François Debré, frère des jumeaux Jean-Louis et Bernard.
Ce n’est pas faire injure aux compétences de ces gens que de se demander si leur embauche par la mairie ne ressemblait pas, un peu, à… une gentillesse. Et, par la même occasion, de se demander s’ils ont été bien utiles à Paris et aux Parisiens.
C’était à cette question (difficile) que devait répondre la procédure engagée contre Chirac, même si certains estimaient qu’il y avait prescription (tout cela remonte à plus de vingt ans) et pensaient qu’il était un peu ridicule de s’acharner ainsi sur un ancien chef d’Etat, alors que le « copinage » est pratiqué à l’échelle nationale et que des « scandales » autrement plus importants ont été, sont et seront étouffés.
Ce qui est choquant aujourd’hui c’est d’apprendre qu’il y a eu un « accord secret » entre les avocats de Chirac et ceux de la mairie et que, moyennant espèces sonnantes et trébuchantes, la Ville va retirer sa constitution de partie civile (après confirmation de l’accord par un vote du Conseil municipal).
C’est la première fois, dans une affaire de « détournement de fonds », qu’on voit la présumée « victime » retirer sa plainte parce que le présumé « coupable » s’engage à la rembourser.
Certes, personne ne souhaitait vraiment voir un ancien chef de l’Etat en correctionnelle. Mais cet accord secret a un coté magouille, combine, petit arrangement entre larrons qui est, pour le moins, déplaisant.
Va-t-on demander à Florence Woerth de rembourses ses salaires à Liliane Bettencourt et à Patrice de Maistre de rendre sa Légion d’Honneur pour en terminer avec l’affaire Woerth-Bettencourt ?
Emplois fictifs, justice fictive.

27 Août 2010 | Comments (4)

Le Pape est un boche et Minc un irresponsable

  1. Alain Minc est un mélange d’Attali, de Jean-Marie Messier et de Régis Debray. Autant dire ce qu’il y a de plus détestable dans le Tout Paris « bobo » de la gauche caviar mitterrando-sarkoziste. Il représente à merveille, avec ses trois compères et quelques autres, une bien curieuse exception française. Celle de considérer comme des gourous de la pensée, des phares de l’intelligence des types qui se sont toujours trompés et qui ont tout raté dès qu’ils ont essayé de faire autre chose que de lâcher des lieux communs, des contre vérités ou des jugements pontifiants à l’emporte pièce.
    Voulant se goinfrer à tous les râteliers, il a, maintes fois, retourné sa veste. Depuis quelque temps, il est sarkoziste et se présente comme « le » conseiller du prince. C’est son droit puisque c’est aussi son gagne-pain (de la brioche dorée).
    Mais, cette fois, il a dérapé plus que de coutume. Il est vrai que le dérapage non contrôlé est devenu une figure imposée en Sarkozie.
    Voulant courir au secours de son maître qui venait d’être égratigné par le Pape à propos de l’expulsion massive des Roms, le petit fou du roi s’en est pris à l’origine allemande du Saint Père en déclarant textuellement sur France Inter : « On peut discuter de ce qu’on veut sur l’affaire des Roms mais pas un pape allemand ». Et d’affirmer que le pape en question était un « héritier de l’histoire allemande », en clair que Benoît XVI était un nazi et qu’il ne pouvait donc pas se permettre de critiquer la politique xénophobe de Sarkozy.
    La chose est particulièrement absurde. Benoît XVI est allemand, comme Jean-Paul II était polonais. Mais, Benoît XVI, comme Jean-Paul II, est devenu le chef de l’Eglise catholique et, par là même, ce qu’on appelle « une haute autorité morale » dont la mission est de rappeler sans cesse ce qu’il considère, à tort ou à raison, comme les lois imprescriptibles de la vie humaine.
    On peut, naturellement, contester ses prises de position. Et, depuis la déclaration de Castel Gandolfo, certains courtisans de Sarkozy ne s’en sont pas privés.
    Ne se rendant pas compte de l’idiotie de leurs arguments, ils nous ont répété que le Pape, n’ayant guère d’autres responsabilités matérielles que d’assurer la sécurité dans les jardins du Vatican, pouvait s’offrir le luxe de faire de « la morale » alors que Sarkozy, lui, confronté à toutes les réalités, devait faire de « la politique ».
    Ces avocats du président de la République n’ont donc pas compris que ce que les Français reprochent le plus à Sarkozy c’est, précisément, d’opposer morale et politique. De vouloir faire de la politique et d’ignorer, de mépriser la morale. Or, il n’y a pas de bonne politique sans un minimum de morale. Le cynisme absolu, le mépris de toute morale, le dédain des droits les plus fondamentaux sont l’apanage des pires dictatures.
    Mais Minc a voulu aller plus loin. Le Pape a osé critiquer Sarkozy, le Pape est un allemand, un boche, un fritz, un nazi. Il n’a pas droit à la parole.
    Notre petit intellectuel de pacotille et de salons, s’est-il rendu compte qu’en voulant ainsi défendre le président de la République, il a ouvert toute grande la porte aux pires réflexes de la populace xénophobe ?
    Le Pape « un boche » ? Oui. Mais Sarkozy n’est alors qu’« un hongrois des Carpates », marié à « une ritale ». Et ce n’est tout de même pas « ce juif polonais » de Minc qui va nous donner des leçons.
    Voilà où on en arrive, bien vite, dès qu’on dérape avec de tels arguments, M. Minc !
    Il est vrai que Sarkozy expulse des Roms (roumains) parce que des Gens du voyage (français) ont saccagé quelques villages du Loir-et-Cher…

26 Août 2010 | Comments (5)

Sarkozy: 41%, DSK: 59% !

Nicolas Sarkozy : 41%, Dominique Strauss-Kahn : 59%. Tels seraient les résultats du second tour de la présidentielle si les Français votaient aujourd’hui, selon le sondage de la Sofres publié, ce matin, dans le Nouvel Observateur. Voilà qui semble sans appel.
Même si les sondages ne valent que ce qu’ils valent et même si nous sommes encore à plus d’un an et demi des élections présidentielles, ces chiffes reflètent le rejet massif dont Sarkozy est aujourd’hui victime. Il faut remonter aux présidentielles de 1969 (bien particulières) pour avoir un tel écart entre les deux candidats du second tour (Pompidou : 58%, Poher : 42%). De Gaulle, lui-même, avait fait moins bien contre Mitterrand, en 1965 : 55% contre 45%.
Ce sondage de la Sofres est d’ailleurs plus ou moins confirmé par celui d’Ipsos pour Le Point : 62% des Français souhaitent que Sarkozy ne se représente pas et par celui de Viavoice pour Libération : 55% des Français souhaitent une victoire de la gauche.
Mais il faut lire ce sondage avec un peu plus d’attention.
Si c’était Martine Aubry qui portait les couleurs du PS, l’écart se réduirait un peu, 53%/47%, si c’était François Hollande, ce serait jeu égal, 50%/50% et si c’était Ségolène Royal, Sarkozy l’emporterait d’une tête 51%/49%. Preuve que le rejet de Sarkozy n’est pas le seul élément qui entre en jeu puisque les résultats varient en fonction du candidat de la gauche.
D’autre part, le bon score de François Hollande qui n’est pas particulièrement populaire et qui n’est plus dans l’actualité est étonnant. Il laisse entendre que la gauche a gagné du terrain, sans doute grâce à la crise et aux mesures d’austérité envisagées.
Mais le plus étonnant dans ce sondage c’est que les Français qui plébiscitent ainsi DSK ne savent toujours pas si le directeur général du FMI sera candidat et qu’ils n’ont pas le moindre idée sur ce que pourrait être son programme.
Une fois de plus, on est donc obligé de reconnaître que les élections ne se font pas sur les programmes des candidats mais… à la tête du client. C’est l’image qu’ils ont des candidats qui détermine le choix des électeurs.
Sarkozy aura à payer moins le bilan de son quinquennat (pourtant désastreux) que l’image qu’il a donnée de lui-même depuis la soirée du Fouquet’s et qui lui colle à la peau. Et Strauss-Kahn bénéficie, lui, d’une image radicalement contraire. Il apparaît sérieux, posé, avare en promesses, technicien de l’économie. Les Français ont oublié qu’il avait, lui aussi, commis quelques fredaines extraconjugales et ne veulent pas savoir que le directeur général du FMI est un adepte intransigeant de la rigueur et de l’austérité.
Au premier tour, et toujours selon ce sondage, Sarkozy oscille entre 26 et 29% selon le candidat du PS qu’il aura en face de lui. Mais ce candidat du PS (25% pour DSK, 22% pour Martine Aubry) pourra, lui, bénéficier, au second tour, des 15% de l’extrême gauche et des 10% des écologistes. Reste à savoir ce que feront les 7% de Bayrou, les 8% de Villepin, sans parler des 2% de Morin. Visiblement la majorité d’entre eux semble se rallier à DSK. Marine Le Pen, à 12 ou 13% au premier tour, ne pourra pas jouer les trouble-fête comme l’avait fait son père en 2002.
Il est évident que ce sondage va inciter Strauss-Kahn à réfléchir, pousser ses amis à accentuer leur offensive et influencer le vote de ceux qui participeront aux primaires à gauche. Mieux vaut choisir celui qui a le plus de chances de l’emporter même si, pour certains militants impénitents, DSK n’est, depuis longtemps, plus un socialiste convaincu.
A l’Elysée, où ce sondage a du jeter un froid glacial, on va aussi, sans guère de doute, en tirer quelques leçons. Sarkozy comptait sur la réforme des retraites et celle de la dépendance pour finir en beauté son premier quinquennat.
La réforme des retraites (qui sera adoptée) est « plombée » par l’affaire Woerth et sert de thème mobilisateur aux syndicats et à l’opposition. On verra l’ampleur de la manifestation du 7 septembre. La réforme de la dépendance qui s’impose autant que celle des retraites n’est pas un thème particulièrement porteur.
Sarkozy pense aussi redorer son image avec les présidences du G20 et du G8. Mais les Français, échaudés par la mondialisation, ne sont guère sensibles à la géostratégie planétaire. Et, si l’on s’en tient au discours qu’il a prononcé hier devant les ambassadeurs, on peut redouter qu’à la présidence du G20 et du G8, Sarkozy n’apparaisse comme un farfelu irresponsable et totalement inconscient des réalités en prônant une réforme du système monétaire international, un contrôle planétaire du prix des matières premières et une gouvernance mondiale.
Reste le remaniement ministériel. Garder Fillon qui n’a pas démérité en avalant couleuvre sur couleuvre annihilerait toute idée de sursaut. Prendre Alliot-Marie pour se donner un vague vernis gaulliste ? Mais que pèse-t-elle dans l’opinion ? Prendre Borloo pour tenter de séduire les écolos ? Mieux vaudrait, sans doute, sortir une tête nouvelle de son chapeau.
Virer les ministres qui représentaient « l’ouverture » et ont fait la preuve de leur médiocrité et de leur inutilité (Kouchner, Bockel, Fadela Amara, etc.) voire de leur nuisance (Besson) serait évidemment une bonne idée. Mais les remplacer par qui ? Juppé fera-t-il la maladresse d’accepter de retourner au Quai d’Orsay. Son retour ne suffirait sans doute pas à provoquer l’enthousiasme des foules. Et que faire d’Eric Woerth ? Le virer serait le reconnaître coupable. Le garder serait provoquer l’opinion.
Il paraît que Sarkozy aime les situations difficiles. Il doit être comblé en ce moment. Il peut toujours rêver, en relisant le sondage de la Sofres, que la gauche ne choisisse Ségolène Royal comme candidate…

26 Août 2010 | Comments (10)

Il faut raison garder

Louis Gabriel-Robinet qui fut longtemps mon rédacteur-en-chef au Figaro (celui de Pierre Brisson et de Raymond Aron, aucun rapport avec le quotidien qui porte aujourd’hui le même nom) terminait souvent ses éditoriaux par la formule « Il faut raison garder ». Du coup, ses adversaires l’avaient surnommé « Robinet d’eau tiède » ce dont il était le premier à sourire car, à l’époque, on avait de l’humour au Rond-Point.
Les problèmes de la délinquance et de l’immigration sont évidemment ceux qui soulèvent le plus de passion. Il faut donc, a fortiori, quand on les aborde, tenter de… raison garder.
Garder raison c’est, d’abord, voir les choses en face, refuser les balivernes démagogiques des uns ou des autres, les boucs émissaires qu’ils nous désignent, c’est, ensuite, refuser les effets de manche, les coups de menton et tenter de trouver des solutions réalistes qui ne détruiraient pas les fondements mêmes de la société que nous voulons sauvegarder.
Bien sûr qu’il faut lutter contre la délinquance. Mais il ne faut pas pour autant porter atteinte à notre Etat de droit, persécuter des innocents et laisser se pavaner des crapules en col blanc.
Bien sûr qu’il faut imaginer une politique d’immigration. Mais, il faut, d’abord, reconnaître que l’immigration de masse sera l’un des phénomènes majeurs du XXIème siècle contre lequel nous ne pourrons rien. Le XXème siècle a vu les habitants des campagnes venir dans les villes à la recherche d’une vie meilleure. Ce siècle qui commence verra les populations du Sud (et de l’Est) se précipiter vers nos pays pour tenter de survivre. L’immigration n’est pas « une chance pour la France », elle est une réalité à laquelle nous devons faire face avec des dispositions qui permettront à ces « hordes » de s’assimiler le mieux possible et, là encore, sans détruire nos grands principes.
Certains amis de ce blog m’envoient aux gémonies ou du moins au PS sous prétexte que je suis en désaccord avec Sarkozy qui, pour tenter de dissimuler les échecs de la politique sécuritaire qu’il mène depuis 2002, confond délinquance et immigration, veut déchoir de leur nationalité les délinquants naturalisés de fraîche date et expulse les Roms.
Je m’étonne. Ces amis seraient-ils convaincus que l’humanisme le plus élémentaire, les valeurs de la République, la défense des Droits de l’Homme (et de la Constitution) sont l’apanage exclusif de la gauche ?
Je fais –hélas- partie d’une génération qui a vu la gauche envoyer le contingent faire la guerre en Algérie et le Parti communiste applaudir Brejnev quand il envoyait ses intellectuels au goulag. Et sans remonter à Mathusalem, j’ai vu la gauche de Mitterrand s’en prendre à l’Ecole libre, à la liberté de la presse, au droit de la propriété et même à la liberté d’expression.
Autant dire que, pour moi, la gauche n’a jamais symbolisé les valeurs auxquels j’ai la faiblesse de tenir. C’est la droite, en l’occurrence de Gaulle, qui après avoir donné le droit de vote aux femmes (ce que Blum lui-même avait oublié de faire) a, par exemple, décolonisé l’Empire.
Certes, les choses ont bien changé mais je reste convaincu que, pour ce qui est des libertés, de « la » Liberté, de la dignité humaine, c’est à la droite de les défendre, quitte à laisser l’Egalité, pour ne pas dire l’égalitarisme, à la gauche.
Je rêve d’une droite qui garantirait à chacun, c’est-à-dire à tous, toutes les libertés, de pensée, d’expression, d’entreprendre, de circulation, etc. dans un Etat de droit où la Nation pourrait se retrouver, chaleureuse, fraternelle et où aucune catégorie de la population ne serait fustigée. Autant dire que je ne considère pas Sarkozy comme un homme de cette droite qui se doit, par définition, d’être généreuse. La droite ne peut être ni oppressive, ni xénophobe.
Moi aussi, j’ai été cambriolé (par des Maghrébins) et même attaqué dans la rue de Cléry, donc en plein Paris (par trois noirs). J’ai même visité des prisons et j’y ai bien vu que les détenus « issus de l’immigration » y étaient (beaucoup) plus nombreux que les Français de souche.
Je demeure cependant convaincu que la délinquance (contre laquelle il faut, évidemment, lutter sans pitié) n’est pas une affaire de chromosomes et que ce n’est pas parce qu’ils sont Arabes ou Africains qu’ils sont devenus des délinquants.
Les Blancs qui sont en prison sont devenus délinquants, généralement, parce qu’ils étaient sans formation, sans travail, sans repères, sans avenir. Je suis persuadé qu’il en va de même pour les immigrés. Et s’ils sont plus nombreux que les autres dans nos prisons c’est tout simplement parce qu’ils sont beaucoup plus souvent sans formation, sans travail, sans espoir.
Confondre, comme le fait Sarkozy, immigration et délinquance c’est évidemment réveiller la pieuvre du racisme et de la xénophobie pour tenter, à bas prix, de faire oublier tous les échecs de notre politique d’immigration qui, depuis des décennies, n’a su ni limiter, ni accueillir, ni former, ni insérer les vagues d’immigration qui ont déferlé sur notre pays. Il faut raison garder.
D’autres amis du blog me reprochent d’avoir rallié Villepin. Je n’ai rallié personne.
Mais j’avoue être un nostalgique inconsolable du gaullisme et de la France que j’ai connue, adolescent. Que signifie le gaullisme plus de quarante ans après la mort du Général ? Un Etat fort qui sait remplir tous ses devoirs régaliens mais qui n’outrepasse jamais ses droits, un Etat protecteur pour les plus faibles mais où les combines des puissants n’ont pas cours, où la politique ne se fait pas « à la corbeille », où chacun a sa chance, quelles que soient ses origines, un Etat « républicain » et« irréprochable » (comme a osé dire Sarkozy), avec une morale et une vision de l’avenir. Sans parler, bien sûr, d’« une certaine idée de la France », inséparable d’une aspiration profonde à « la grandeur ».
Chacun ses goûts, comme le dit un lecteur.
Or, c’est vrai, quand, avec ma lanterne, je cherche désespérément quelqu’un qui pourrait, peut-être, éventuellement, avec un peu de chance, avoir quelque chose d’un brin gaulliste dans les veines, je n’en vois pas beaucoup d’autres que Villepin.
Certes, il a quelque chose d’insupportable avec ses allures d’aristo et sa morgue. Certes, on lui impute encore aujourd’hui la responsabilité de la dissolution de 97 (mais c’est Chirac qui l’a décidée et, d’ailleurs, a-t-on jamais tort de retourner aux urnes quand l’opinion semble avoir basculé ?) et le CPE (mais était-ce vraiment une si mauvaise idée que de vouloir donner leur chance aux jeunes les plus défavorisés ?)
Il pourrait incarner aujourd’hui « le gaullisme social ». C’est-à-dire l’anti-sarkozisme parfait, celui précisément dont nous avons tant besoin pour faire face au déclin et à la crise.
Va-t-il, au cours des mois qui viennent, se révéler comme étant « l’homme recours » qu’attend la France ? On va voir.
Mais, d’ailleurs, à moins de souhaiter que la France ne se relance dans une expérience socialiste ou socialo-tout-ce-qu’on-veut avec « la dame des 35 heures » ou « le monsieur du FMI » et quand on est conscient que Sarkozy va droit à la défaite, a-t-on vraiment le choix ? Borloo ? Morin ? Bayrou ? Juppé ? Copé ? Il faut raison garder…
Certains d’entre vous m’ont demandé (avec insistance) de préciser ma pensée. Voilà. Je souhaite une lutte contre la délinquance « efficace », une politique d’immigration « réaliste » et, plus que tout, un « sursaut » pour notre pays.
En ouvrant ce modeste blog voici quelques mois, j’avais espéré qu’il devienne une petite tribune où chacun pourrait s’exprimer en toute liberté. Jamais aucun commentaire (même déplaisant) n’a été censuré. Je souhaite simplement pouvoir, moi aussi, m’y exprimer, avec mes doutes, mes incertitudes, mes convictions, mes espérances. Et sans oublier qu’il faut toujours… raison garder.
Et si, c’est vrai, j’apparais, par moments, comme un « sarkophage » c’est parce que nous n’avons pas grand chose d’autre à nous mettre sous la dent tant il envahit notre vie quotidienne en multipliant ce qui me semble être erreurs et monstruosités.

25 Août 2010 | Comments (11)

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