Au fond, Nicolas Sarkozy n’est qu’un gosse mal élevé qui croit qu’il a toujours raison, que les autres sont tous méchants et qui s’entête. Même s’il est pris les doigts dans le pot de confiture, il jurera que ce n’est pas lui et il faut vraiment qu’il reçoive une bonne correction pour reconnaître qu’il a, peut-être, fait une petite bêtise.

Sa prestation d’hier à la télévision en est une nouvelle preuve.
Certes, il a concédé que le cumul des fonctions de trésorier de l’UMP et de ministre du Budget n’était pas une bonne idée, que le fait que la femme du même ministre du Budget soit conseillère de gestion de la plus grosse fortune de France n’était pas souhaitable et il nous a confirmé qu’il nommerait un nouveau gouvernement, plus resserré, en octobre, tout en nous racontant que beaucoup de choses pouvaient encore être discutées à propos de la réforme des retraites.

On ne l’avait jamais vu aussi « conciliant » jusqu’à présent. Il est vrai qu’avec 70% d’opinions défavorables dans tous les sondages, 10% de chômage, une gauche qui se requinque et des syndicats auxquels il a donné du grain à moudre, il fallait bien qu’il force un peu son naturel.

Mais quel dommage qu’Henri Guaino ne lui ait pas trouvé quelques formules pour élever le débat et apparaître soudain différent de l’homme qu’on connaît depuis trois ans et que les Français ne supportent plus.
Sarkozy s’entête, comme un enfant teigneux, à ne pas vouloir comprendre que si « l’affaire Bettencourt » est devenue « l’affaire Woerth » et que si « l’affaire Woerth » est devenue « l’affaire Sarkozy » ce n’est pas seulement parce que les Français sont convaincus que leurs dirigeants se sucrent sans pudeur en ménageant les grosses fortunes. Pour nos compatriotes, tout cela va bien au-delà de combines familiales plus ou moins véreuses et de financement occulte des partis politiques.

Pour eux, ce que ce feuilleton a mis au grand jour c’est toute la « philosophe » du régime, la conception qu’on se fait, au plus haut de l’Etat, de la société, des rapports humains, de la hiérarchie des valeurs.
Les Français sont des gens curieux qui rêvent de gagner au loto, qui refusent de parler argent à table, qui boursicotent et qui méprisent les nouveaux riches. Mais pour eux « la politique de la France ne peut pas se faire à la corbeille » et encore moins autour de poubelles bourrées de billets de banque.

Guizot qui, en 1843, leur avait dit « Enrichissez-vous ! » n’a pas laissé un bon souvenir. 164 ans plus tard, en leur promettant qu’ils allaient, grâce à lui, « gagner plus », Sarkozy ne les a séduits que le temps d’un scrutin. Il leur faut autre chose que du fric.

Mais le gosse mal élevé, Rastignac en herbe, continue à faire les yeux ronds (et doux) devant l’étalage le plus impudique des fortunes les plus colossales. Il faut le voir devant ses « amis » Bouygues, Bolloré ou Lagardère. Des « valeurs » sûres, à ses yeux. Sans doute même des modèles. Lui qui, avec un tact discutable, se vante d’avoir « fait un très beau mariage » en épousant son top-modèle milliardaire, il n’est pas impossible qu’il envie secrètement François–Marie Banier qui s’est fait offrir un milliard par Liliane Bettencourt.

Hier soir, il nous a répété pour la énième fois que, s’il avait voulu gagner beaucoup d’argent, il aurait fait un autre métier. Il a d’ailleurs encore tout à fait le temps de se reconvertir. Mais dans cette confidence, on voyait le regret. Et çà, les Français ne le lui pardonnent pas. Il n’arrive pas à « faire président » mais il aimerait bien « faire milliardaire ». C’est sans doute plus facile.

Bref, on aurait aimé, hier soir, entendre un chef de l’Etat nous parler de la grandeur de la France, de la « certaine idée » qu’il se fait de notre pays, de la culture, de la Princesse de Clèves, du message que notre pays peut encore adresser au monde, de l’espoir des jeunes générations, de la place de la France dans le monde de demain, de la solidarité… La gauche a remarqué, avec raison, qu’il n’avait même pas prononcé le mot de « chômage ».

Nous aurions aimé voir un chef d’Etat et nous avons eu un gamin qui a peur de se faire gronder mâtiné d’un caissier de banque qui rêve de faire un hold-up.

Mais on ne se refait pas. Il paraît que les enfants mal élevés ne grandissent jamais.

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