Cet été va être particulier. D’habitude, l’actualité estivale se limite à des incendies de forêt dans le midi, des histoires de cyclistes dopés sur le Tour de France et des émeutes dans nos prisons surpeuplées. Cette année, nous allons avoir l’embarras du choix entre le feuilleton Bettencourt-Woerth qui rebondit tous les matins, avec des « pics » tous les mercredis, jour de parution du « Canard enchaîné », et les démêlés judiciaires de nos footballeurs empêtrés dans des affaires de proxénétisme aggravé.

Tout cela n’est pas très ragoûtant et, quelle que soit la météo, nous allons avoir un été pourri au cours duquel les Français vont voir entrer dans les locaux de la justice aussi bien certains membres du gouvernement que certaines idoles (déchues) de nos stades. Cela ne va pas améliorer le moral de nos compatriotes.

Quels que soient les témoignages, les aveux, les démentis, les contradictions auxquels nous allons avoir droit, il est évident que cette affaire Bettencourt-Woerth-Sarkozy qui s’est ajoutée aux affaires des cigares de Christian Blanc, du permis de construire de Joyandet, des appartements de fonction d’Estrosi et de Rama Yade et des doubles salaires de Roselyne Bachelot et de Michèle Alliot-Marie a « tué » le gouvernement Fillon et porté un énième coup épouvantable à l’image de Sarkozy qui apparaît plus que jamais, aux yeux des Français, comme l’homme du fric, des passe-droits et de toutes les combines.

Cela dit, et très curieusement, les malheurs (mérités) du couple Woerth ont totalement occulté le reste de l’actualité politique. La loi sur l’interdiction totale de la burqa a été adoptée en première lecture à l’Assemblée, la réforme des collectivités locales s’est faite plus ou moins retoquer au Sénat, l’UMP a voté contre des aménagements du dialogue social à l’Assemblée sans que personne n’y prête la moindre attention.

Personne ne s’est même aperçu que le président de la République s’était mis aux abonnés absents. Certes, il nous a gratifiés d’une interview sur la 2 au cours de laquelle il a défendu avec l’énergie du désespoir Woerth et sa réforme des retraites, mais c’était tout de même le service minimum. Il n’a évoqué qu’un seul projet d’avenir : un texte sur la dépendance.
Les retraites et la dépendance sont, évidemment, des problèmes importants mais ce ne sont, sans doute, pas ceux qui permettront le mieux de mobiliser les jeunes.

On est bien loin de l’époque où Sarkozy fourmillait d’idées, de réformes, multipliait les coups de menton, les coups de théâtre, se rendait à tous les enterrements et affirmait à qui voulait l’entendre qu’il était bien obligé, devant l’incapacité des autres, de prendre lui-même à bras le corps tous les dossiers.
On a l’impression que le président de la République est tétanisé par la crise économique, sociale, morale dans laquelle le pays s’enfonce. Il est à bout de souffle, au bout du rouleau, les bras ballants, ne sait plus à quel saint se vouer et s’aperçoit –peut-être- qu’il n’était pas vraiment (ou vraiment pas) fait pour ce job.

Une chose est sûre : il a grand besoin de ses vacances dans la villa de rêve et de sa belle-famille, au Cap Nègre, pour se requinquer.
Il lui faut remonter sur son cheval et partir à l’assaut de la présidentielle de 2012.
La première étape sera la formation d’un nouveau gouvernement. La chose s’annonce particulièrement délicate.

En effet, cette nouvelle équipe annoncera les thèmes qu’il se sera choisis pour faire campagne. En 2007, il avait voulu faire rimer « rupture » et « ouverture » et les deux mots avaient rimé avec « déconfiture ». Les « traîtres » qu’il avait pu récupérer à gauche (Kouchner, Bockel, Besson, Rama Yade) vont donc disparaître sans que personne ne s’en aperçoive d’ailleurs tant leur inexistence était devenue discrète. Et il y a bien peu de chance qu’il tente de recruter de nouveaux renégats.

Quels thèmes va-t-il choisir pour sa campagne de 2012 ? Sans doute quelque chose autour de la solidarité. Pour faire oublier ce premier quinquennat marqué par le fric, le bling-bling, le bouclier fiscal et ses relations avec l’oligarchie. Mais il faudra affiner les slogans.

Le choix du nouveau premier ministre qui sera, en fait, son directeur de campagne, va être la première difficulté. Tous ceux qu’on avait présentés comme « premier ministrables » ont perdu, comme par hasard, toutes leurs chances, Xavier Darcos, viré, Jean-Louis Borloo, épuisé, Christine Lagarde, sur les genoux, Luc Chatel, pour le moins décevant à l’Education nationale, Woerth, bien sûr. Appeler un Juppé ou un Raffarin, les anciens premiers ministres de celui qu’il surnommait « le roi fainéant » serait, évidemment une capitulation en rase campagne. Et rien ne dit qu’ils soient volontaires.

L’idée qui, paraît-il, lui traverse par moments la tête, de nommer Guéant semble absurde. On ne peut pas reprocher à Villepin de n’avoir jamais été élu et mettre à Matignon un préfet sortant, lui aussi, du secrétariat général de l’Elysée.

En fait, il lui faudrait un nouveau visage, inattendu, surprenant, mais connu et ayant de l’expérience sans avoir cependant été « mouillé » d’une quelconque façon ni aux scandales, bien sûr, ni même aux échecs du quinquennat. Certains évoquent le nom de Baroin. Mais, d’une part, c’est un chiraquien et, d’autre part, il risque bien d’être éclaboussé par l’affaire Woerth auquel il a succédé au Budget.
L’oiseau rare semble introuvable.

Tout comme il ne sera pas facile de trouver des volontaires « de qualité » pour s’embarquer dans la galère de la campagne tout en assumant les fonctions de tous ceux qui auront été virés, aux Affaires Etrangères, à la Défense, à la Santé, à l’Education Nationale, au Travail, aux Sports, etc.
Quelle qu’elle soit, cette nouvelle équipe va se trouver dans une situation impossible. Il lui faudra, en effet, faire campagne tout en tentant de terminer ce quinquennat en beauté. En clair, à la fois réaliser quelques réformes spectaculaires mais forcément impopulaires et promettre des jours meilleurs à partir de 2012.

En 2007, Sarkozy pouvait annoncer la rupture avec le passé, c’est-à-dire avec le chiraquisme (même s’il y avait totalement collaboré) mais, cette fois, il ne peut guère s’attaquer… au président sortant. Et, avec son bilan désastreux, affirmer qu’il va continuer, comme si de rien n’était, sur sa lancée avec ses projets et ses réformes serait suicidaire.

Bref, l’été sera pourri pour lui aussi, même au Cap Nègre.

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