Hier, à Grenoble, Sarkozy a fait une erreur impardonnable et énoncé une vérité d’évidence.

L’erreur impardonnable c’est, bien sûr, d’avoir mélangé les problèmes de sécurité avec ceux de l’immigration. L’évidence c’est, bien sûr, d’avoir reconnu que notre politique d’immigration était catastrophique et ce depuis des décennies.
Personne ne conteste –même s’il est, en principe, interdit par la loi de le dire- que les immigrés ou les fils d’immigrés, voire les petits-fils d’immigrés sont plus souvent délinquants et criminels, que les Français « de souche ». Les immigrés sont surreprésentés dans les boxes de nos tribunaux, surreprésentés dans nos prisons.

Mais s’ils sont ainsi plus délinquants ou criminels que les autres ce n’est pas parce qu’ils sont basanés ou noirs de peau, musulmans ou animistes, originaires du Maghreb ou d’Afrique noire mais parce qu’ils sont aussi surreprésentés parmi les illettrés, les sans-formation, les chômeurs, les habitants des quartiers de non-droit, les exclus. Cela n’excuse en rien la délinquance ou la criminalité, mais cela l’explique, évidemment.

Qu’un chef d’Etat ait ainsi l’air d’affirmer que la délinquance augmente par la faute des immigrés, sans préciser dans quelles conditions vivent nos immigrés, est inadmissible. C’est tout simplement de la xénophobie, du racisme et stigmatiser de la sorte une partie de notre population est irresponsable.
On peut parler « des délinquants » et les dénoncer mais on ne peut pas parler de la même manière « des jeunes », « des Gens du voyage », « des étrangers », « des immigrés », en les mettant tous dans le même sac et en les désignant à la vindicte populaire. Même pour récupérer quelques voix du Font National qu’on avait su capter en 2007 et qui sont, de toute évidence, reparties depuis.

Cela dit, Sarkozy a tout à fait raison quand il dit que notre politique d’immigration est mauvaise depuis des décennies.
L’ennui c’est qu’il en est le responsable depuis huit ans, d’abord en tant que ministre de l’Intérieur, puis en tant que président de la République.
L’immigration est, sans aucun doute, l’un des grands thèmes de débat dans notre société et le sujet sur lequel nos dirigeants politiques, toutes étiquettes confondues, nous ont le plus menti.

Il est vrai qu’on confond tout. Les étrangers, les immigrés (qui peuvent être ou étrangers ou français), les immigrés de la deuxième ou de la troisième génération (ce qui est absurde puisque ce sont leurs pères ou leurs grands-pères qui ont immigré, pas eux).
Cela permet de jouer sur les chiffres et de nous raconter qu’il n’y a pas plus d’immigrés aujourd’hui en France qu’il y a trente ans. Mais, là, on ne nous parler que des immigrés étrangers. Or, comme nous naturalisons plus de 120.000 étrangers par an, cela veut dire que plus de 120.000 étrangers supplémentaires s’installent (officiellement) tous les ans en France. 1.200.000 en dix ans.

Et ces chiffres sont, bien sûr sous-évalués et ne tiennent, naturellement pas compte des 6 à 700.000 clandestins qu’on peut repérer par la présence de leurs enfants dans nos écoles ou leurs demandes de soins dans nos hôpitaux.
On nous dit que nous n’avons pas dépassé le « seuil de tolérance » que François Mitterrand avait lui même fixé à 10%. Ce « seuil de tolérance » (des seuls immigrés étrangers) calculé sur l’ensemble du territoire est évidemment absurde. Les habitants de la Lozère ou de la Creuse n’ont jamais vu de leurs yeux un immigré alors que les immigrés sont largement majoritaires dans certaines régions de la Seine-Saint-Denis ou des Bouches-du-Rhône où ils sont donc devenus… « intolérables ».

Les experts estiment que la France compte plus de 10 millions d’habitants « issus de l’immigration », devenus français ou toujours étrangers, de la première ou de la deuxième génération (et donc français pour ces derniers). C’est beaucoup.
Ce qui est grave et à l’origine de tous les problèmes d’aujourd’hui –Sarkozy a eu raison de le souligner- c’est que les « enfants de l’immigration », nés en France et donc français, n’ayant jamais mis les pieds ni au Maghreb ni en Afrique noire, « se sentent beaucoup moins français que ne se sentaient leurs parents ».

Pourquoi ? Tout simplement parce que, depuis vingt ou trente ans, nous avons radicalement changé de politique d’immigration.
Autrefois, nous accueillions des Polonais, des Belges, des Italiens, des Espagnols, des Portugais et nous les « assimilions » c’est-à-dire qu’en deux générations, grâce à l’école, au service militaire, aux syndicats, à l’Etat, nous en faisions des « Français à part entière ».
Aujourd’hui, au nom d’on ne sait trop quel « respect des différences », nous nous refusons à pratiquer l’« assimilation » (qui est devenue un mot maudit) et nous nous contentons de tenter de faire de l’« intégration », c’est-à-dire que nous créons des « Français à part ».

L’assimilation c’est prendre un individu et l’assimiler à la société française, l’intégration c’est accepter une communauté, avec ses particularités, ses différences, et l’intégrer au sein d’autres communautés qui composent la population française.
On nous dit qu’il était plus facile d’assimiler des Polonais ou des Italiens, de culture européenne, généralement chrétiens, que d’assimiler des Kabyles musulmans ou des Bambaras animistes. Sans aucun doute. Mais ce sont précisément ces différences de cultures, de religions, de modes de vie qui auraient du nous obliger à continuer à pratiquer l’assimilation.

Avec l’intégration, ce pseudo respect des différences, nous avons créé des communautés, des ghettos qui ne peuvent que conduire à l’affrontement, à la guerre civile et qui font que les enfants de la deuxième génération se sentent exclus, hors de notre société, rejetés et qu’ils sifflent La Marseillaise.
En même temps qu’ils faisaient (sans doute par « repentance ») cette erreur fondamentale en passant de l’assimilation à l’intégration, nos hommes politiques nous ont menti effrontément.

Les uns en nous racontant que l’immigration était « une chance pour la France » car elle nous enrichissait sur le plan culturel. Certes, le Maghreb et l’Afrique noire ont eu, jadis, des cultures intéressantes. Mais l’immigré est, par définition, un malheureux sans culture qui arrive, à la recherche d’une survie, avec son baluchon vide de tout trésor culturel.

Et d’ailleurs, même si les « Arts premiers » sont à la mode depuis quelques années, il faudra bien un jour avoir la lucidité de reconnaître que la culture occidentale qui a donné naissance à Descartes, Voltaire, Goethe, Shakespeare, Mozart, Dante, Beethoven, Pasteur ou Einstein (et à la démocratie) est infiniment plus riche que tous les trésors de l’art nègre.

Les autres en prônant une « immigration zéro ». Là encore, il s’agit d’une imposture. Le XXIème siècle sera, évidemment, celui des plus grandes translations de populations que notre planète n’a jamais connues. Le Sud va envahir le Nord, l’Est va déferler vers l’Ouest. Ils sont trop pauvres, nous sommes trop riches. Ils viendront à pied, à la nage, en s’accrochant aux roues de nos avions. Et quels que soient nos règlements, nos barrages, nos fils de fer barbelés.

L’immigration va donc être « le » grand problème de ce siècle qui commence, pour les pays comme le notre. Giscard a eu raison, il y a 35 ans, de parler d’« invasion ». Mais pour y faire face, il a eu l’idée… du « regroupement familial ». Une bien mauvaise idée.
Quelles bonnes idées pourrait avoir Sarkozy puisqu’il semble vouloir s’attaquer au problème ?
D’abord, reconnaître l’inévitable. L’invasion va continuer, s’amplifier.

Ensuite, ne pas se raconter d’histoire. L’« immigration choisie » qu’il prône est un enfantillage. On ne choisit pas ses envahisseurs. Ce ne sont pas les informaticiens, les médecins, les ingénieurs diplômés qui veulent émigrer en masse. Ceux-là, ils peuvent, éventuellement, trouver du travail chez eux et en tous les cas ils ne posent aucun problème. Ceux qui vont débarquer ce sont les paysans misérables auxquels le désert et la sécheresse ont volé la terre et les affamés de tous bidonvilles du Tiers-monde.

Alors ? Eh bien, pour être fidèles, de gré ou de force, à notre tradition de « terre d’accueil » et de « terre de toutes les libertés », il faut, sans aucun doute, en revenir à notre politique d’assimilation pour ceux qui veulent se fixer à jamais dans notre pays et instaurer un statut de « résidant temporaire » pour ceux qui ne veulent pas respecter nos lois, nos traditions, notre culture et qui, alors, bien sûr, ne pourront pas bénéficier de tous les avantages qu’offre notre système.

Il faut en finir avec la notion beaucoup trop floue d’immigré. On est français ou on est étranger. Les Français ont tous les droits. Pas les étrangers.
Et il est évident qu’on ne peut plus attribuer la nationalité française dans des pochettes surprises. Le « droit du sol » n’a plus aucun sens aujourd’hui, à l’heure de la mondialisation et des transports aériens de masse. La « naturalisation par mariage » est absurde quand plus de 50% des mariés divorcent.

Bref, il faudrait tout remettre à plat et imaginer une véritable politique d’immigration du XXIème siècle. C’est sans doute plus urgent encore que la réforme des retraites. Mais il y faudrait de la réflexion, de la concertation, du consensus et il faudrait surtout éviter toutes arrière-pensées électoralistes.
Autant dire qu’on imagine mal Sarkozy menant à bien une telle révolution.

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