Les terroristes d’Al Qaïda Maghreb ont annoncé, ce dimanche soir, qu’ils venaient d’« exécuter » –« assassiner » aurait été plus exact- Michel Germaneau, l’otage français de 78 ans qu’ils avaient enlevé au Niger le 19 avril dernier. Et ils ont précisé que c’était « pour venger la mort de leurs six camarades tués au cours de l’opération lancée par l’armée française et l’armée mauritanienne, jeudi dernier ».

Ces terroristes qui avaient déjà assassiné un otage britannique, Edwin Dyer, l’année dernière, menaçaient, depuis plusieurs jours, d’exécuter Germaneau, ce lundi, si Paris n’obtenait pas la libération immédiate d’un certain nombre de membres d’Al Qaïda détenus dans des prisons de plusieurs pays de la région. On pouvait donc redouter le pire.

Cela dit, il ne fait aucun doute que l’opération absurde menée, la semaine dernière, par des éléments de notre service « Action » et des soldats mauritaniens n’a fait que précipiter le drame.

Samedi nous écrivions ici même : « Jamais, nulle part, aucun commando n’a réussi à libérer un otage perdu dans le désert ou dans la jungle et détenu par des rebelles fanatiques (…). Comment l’Etat-major français a-t-il pu accepter de monter une telle opération vouée évidemment à l’échec et qui (…) ne pouvait se terminer que par la mort de Germaneau ? (…) Quand il y va de la vie d’un homme, il est totalement irresponsable de jouer ainsi les Zorro »

Sarkozy porte une lourde responsabilité dans ce tragique dénouement. Son obsession de « faire des coups », son ignorance des dossiers, son refus d’écouter les vrais spécialistes l’ont poussé à donner l’ordre de lancer cette opération qui ne pouvait avoir que ces conséquences catastrophiques.
Les affaires de prise d’otage sont toujours particulièrement délicates. Il faut d’abord tenter de comprendre qui sont vraiment les preneurs d’otages, puis entrer en contact avec eux, écouter leurs revendications, discuter interminablement et, finalement et toujours, céder « a minima » pour récupérer le ou les otages.

Les opérations militaires ne peuvent se concevoir que si les preneurs d’otages et leurs prisonniers sont regroupés dans un endroit bien précis, que toutes les négociations ont échoué et qu’on peut redouter que les terroristes ne mettent leurs menaces à exécution dans les heures prochaines. C’est ce qui s’est passé à Entebbe ou dans la grotte d’Ouvéa.

Quand il s’agit d’un ou deux otages prisonniers de terroristes qui circulent en permanence dans le désert ou dans la jungle, l’opération de commando n’a aucune chance de réussir.
Un grand spécialiste de ce genre d’affaires avait l’habitude de dire : « Il faut, d’abord et avant tout, ne penser qu’à une chose : récupérer l’otage sain et sauf. Alors, il faut négocier, faire traîner les choses en longueur, puis céder, capituler, payer. Ce n’est qu’une fois qu’on a récupéré l’otage qu’on peut (et même qu’on doit) régler les comptes ». Et il ajoutait : « C’est toujours ce que nous avons fait, çà a toujours fonctionné. Mis à part le commandant Galopin au Tibesti en 1975, nous n’avons jamais eu un seul otage exécuté depuis plus de cinquante ans ».

Ici, tous les spécialistes savaient parfaitement que les terroristes qui s’étaient emparé de Michel Germaneau étaient des fanatiques d’Al Qaïda, fous furieux, prêts à tout (ils avaient déjà assassiné un otage), ayant déclaré la guerre à l’Occident chrétien et connaissant parfaitement leur immense désert. On ne pouvait donc que tenter de négocier avec eux.
A peine la mort de Germaneau était-elle annoncée, dimanche soir, que « les milieux proches de l’Elysée » commençaient déjà à nous raconter n’importe quoi.

Que Germaneau était « mort depuis plusieurs semaines ». Pourquoi alors avoir tenté une opération de commando, jeudi dernier ?
Que cette opération de jeudi avait été « une opération purement mauritanienne » à laquelle Paris s’était contenté d’« apporter un appui logistique ». A qui fera-t-on croire que c’est Nouakchott qui a voulu lancer une telle opération pour récupérer un otage français et que ce ne sont pas les Français qui ont tout dirigé ?

Que Paris n’a « jamais reçu la moindre revendication précise de la part de ceux qui détenaient Michel Germaneau ». Or, on nous disait encore, la semaine dernière, qu’Al Qaïda Maghreb exigeait la libération d’un certain nombre de leurs militants détenus dans des prisons de la région pour libérer Germaneau.

Cet otage inconnu, oublié, a été assassiné au fin fond du désert parce que les autorités françaises l’ont ignoré pendant des semaines et parce que le chef d’Etat a, en effet, soudain voulu faire « un coup ».

Mots-clefs : ,