Nicolas Sarkozy va donc s’adresser aux Français demain soir, du perron de l’Elysée (« si le temps le permet ») en répondant, pendant une heure, aux questions de David Pujadas, l’animateur vedette de la 2.

La première question qui se pose est de savoir si Pujadas est, ou non, « un fasciste », au sens où l’entendent maintenant Xavier Bertrand et ses complices de l’UMP, c’est-à-dire un journaliste digne de ce nom, cherchant à découvrir la vérité et n’hésitant pas, éventuellement, à déplaire au pouvoir. En clair, posera-t-il les bonnes questions et refusera-t-il de se contenter de réponses évasives ?

Mais il n’y aura pas que les questions de Pujadas. Sur sa page Facebook, Nicolas Sarkozy s’est lui-même adressé, avec un certain culot, aux Internautes : « Faites-moi part des sujets qui vous intéressent et des questions auxquelles vous voudriez que je réponde. Merci beaucoup ». A croire que Sarkozy ignore les questions que se posent les Français et qu’ils souhaiteraient lui poser. Les questions qu’on peut imaginer sans peine seront-elles toutes posées ?
Sarkozy va, évidemment, vouloir nous parler de la réforme des retraites qui sera d’ailleurs présentée mardi en Conseil des ministres. Le sujet est important, essentiel et même d’actualité, mais il faut bien constater que pour les Français (qui, majoritairement, contestent le texte tel qu’il est pour l’instant) il ne fait plus partie des toutes premières préoccupations.

Sarkozy peut le regretter, il l’a déjà dit à plusieurs reprises, mais nos compatriotes préfèrent, pour l’instant, se passionner pour ce qu’il a lui-même appelé, à juste titre, « les horreurs » plutôt que pour ces grandes réformes.
Sarkozy aurait grandement tort de nous faire le coup du mépris pour cette « populace » qui s’intéresse à des « rumeurs », à des « ragots », à des « calomnies » sortant du « caniveau ».

Il ne s’agit ni de rumeurs (la justice a lancé des enquêtes) ni de caniveau. Mais de morale et du sommet de l’Etat. Pour les Français, ces « affaires » sont plus importantes que n’importe quelle réforme tout simplement parce qu’il s’agit de savoir si le régime, l’Elysée, les ministres, le parti majoritaire sont corrompus, pourris par l’argent, protègent les milliardaires, touchent des pots-de-vin, des dessous-de-table pour fermer les yeux sur des malversations, attribuer à certains des contrats juteux, à d’autres des facilités pour contourner les lois.

La question est de savoir si le régime est pourri jusqu’à la moelle. On admettra qu’elle puisse passionner les Français en cette période d’austérité et alors que Sarkozy, en personne, nous avait promis une République « irréprochable ».

On attend donc qu’avant de passer à la réforme des retraites, Pujadas, reprenant éventuellement certaines questions des internautes, demande au président s’il est « normal », dans un Etat de droit, que le trésorier d’un parti politique soit, en même temps, ministre du Budget, « normal » que le dit ministre du Budget fasse embaucher sa propre femme par la plus grosse fortune de France comme conseillère de gestion, « normal » que cette plus grosse fortune de France n’ait pas eu à subir de contrôle fiscal et d’autant plus que, de notoriété publique, une bonne partie de cette fortune s’était « évadée » vers des paradis fiscaux.

Certes, l’ancien ministre du Budget en question ne tombe là sous le coup d’aucune loi. Mais était-ce « normal » ?
Le rapport de l’Inspection Générale des Finances qui aura, en principe, été publié quelques heures plus tôt, devrait être au coeur du dialogue. Le président de l’IGF, Jean Bessères, est l’ancien directeur de cabinet de Laurent Fabius à Bercy, donc un homme « de gauche ». Cette étiquette qui le disculpe de toute courtisanerie incite à espérer une certaine objectivité du rapport. On devrait savoir si Liliane Bettencourt a été, ou non, « épargnée » anormalement par les services d’Eric Woerth.

Mais Pujadas doit aller encore plus loin et, les yeux dans les yeux, demander au président s’il connaissait personnellement les Bettencourt, s’il allait fréquemment chez eux et s’il lui est arrivé d’en repartir avec de l’argent liquide plein les poches. Et si les Bettencourt ont financé d’une manière illégale sa campagne présidentielle.

Autant on peut imaginer un Sarkozy bien inspiré et reconnaissant qu’il y a, peut-être, eu, par le passé, certains « dysfonctionnements » et annoncer la création d’une commission chargée d’étudier de nouvelles règles sur les incompatibilités entre les fonctions de trésorier d’un parti et de membre du gouvernement ou entre les conjoints, autant on le voit mal reconnaître qu’il a reçu de l’argent liquide des Bettencourt pour financer sa campagne.

Mais, au fond, ce n’est, peut-être, pas là le plus important. Les Français savent que tous les partis politiques sont financés de manière illégale. Ils s’y sont habitués. Ils n’ont jamais cru que le Parti communiste finançait ses campagnes par la vente du muguet le 1er mai.
Ce qui les a choqués, scandalisés c’est qu’Eric Woerth fasse embaucher sa femme par Liliane Bettencourt avec tout ce que cela signifie comme facilités pour la plus grosse fortune de France.

Si Sarkozy voulait réussir un grand coup, il annoncerait qu’Eric Woerth quitte le gouvernement tout en répétant, naturellement, qu’il est parfaitement innocent mais en reconnaissant qu’un ministre, comme la femme de César, ne peut pas être soupçonné.
Il n’y a aucune chance pour qu’il ait une telle idée. En parlant pour ne rien dire, Sarkozy va encore perdre quelques points dans les sondages. Il est vrai qu’il n’est plus à çà près. Mais on va savoir si Pujadas fait partie des « fascistes ». Là encore, on risque d’être déçu.

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