Les « révélations » continuent à pleuvoir. Cette fois, c’est l’ancienne comptable de Liliane Bettencourt qui raconte à la police que, jadis, Nicolas Sarkozy venait souvent déjeuner « à la maison » et repartait toujours avec une grosse enveloppe bourrée de billets de banque. Elle ajoute d’ailleurs que « Dédé » (alias André Bettencourt, mort en 2007) a fait remettre de grosses sommes d’argent à Eric Woerth, trésorier de l’UMP, pour financer la campagne présidentielle du même Sarkozy.

Tout cela ne surprendra personne. Il y a fort à parier que tous les milliardaires qui ont sablé le champagne lors de la fameuse soirée du Fouquet’s en ont fait tout autant. D’ailleurs, Pierre Bergé n’a jamais caché, de son coté, qu’il avait « aidé » Ségolène Royal pendant sa campagne. Chacun a ses milliardaires.
On a eu beau prendre des dispositions législatives pour tenter de moraliser un peu notre vie politique, rien n’y a fait et rien n’y fera jamais. Il faut beaucoup d’argent pour tenter de gagner des élections et il y aura toujours de riches « donateurs » prêts à faire un geste avec, bien sûr, l’espoir de faire, en même temps, un bon placement. Il est même fréquent, parait-il, que ces mécènes arrosent plusieurs candidats concurrents à la fois, histoire de ne pas mettre tous leurs œufs dans le même panier.
Le tout est, bien sûr, de ne pas se faire prendre.

Chirac qui avait senti le vent du boulet -on se souvient de la fameuse cassette Méry- s’en était sorti avec quelques pirouettes -« abracadabrantesque », « pschitt »- et on avait oublié le cadavre de Méry dans le placard.

Pour Sarkozy, les choses vont être beaucoup plus difficiles. Tout simplement parce qu’il n’a jamais caché son goût pour l’argent facilement gagné, pour les grosses fortunes à Ray ban, yachts et Rolex. Ce type pue le fric. Voilà la tare indélébile. Il ne l’a jamais compris. Voulant faire miroiter le bonheur aux Français, il leur avait promis qu’ils pourraient, grâce à lui « gagner plus » et, face à la crise, il n’a rien trouvé de mieux que de renflouer les banques et de s’accrocher au boucler fiscal.

Or, les Français ont un rapport compliqué avec l’argent et s’imaginent, naïvement, qu’on peut faire de la politique tout en gardant les mains blanches.
Maintenant ce n’est plus « l’affaire Bettencourt » (tout le monde a oublié la querelle qui oppose la fille et la mère) et ce n’est pratiquement plus « l’affaire Woerth » (chacun a compris que le ministre du Budget avait casé sa femme chez la vieille dame milliardaire, pour un joli salaire, et qu’en échange, il ne pouvait que se montrer indulgent en face des irrégularités que gérait sa propre épouse). C’est « l’affaire Sarkozy », celle d’un régime où on se fait payer ses cigares, ses jets privés, ses appartements et ses petits plaisirs par la République et celle d’un homme dont les meilleurs amis sont des milliardaires qui ont, sans guère de doute, financé toutes ses campagnes électorales et auxquels il a, sans guère de doute non plus, toujours su renvoyer l’ascenseur.
En attendant que « l’affaire des sous-marins pakistanais » (qui sera autrement plus dévastatrice) ne lui éclate au visage, comment peut-il tenter d’éteindre l’incendie ?

En sacrifiant encore quelques seconds couteaux éclaboussés par « Le Canard enchaîné » du genre Estrosi, Roselyne Bachelot, Rama Yade ou Fadela Amara ? Sûrement pas. En nous offrant les têtes de Joyandet et Blanc, il n’a fait que commencer à donner raison à ses adversaires qui exigent une purge impitoyable des Ecuries d’Augias.

En virant Eric Woerth, son propre trésorier, l’homme qui devait lui donner la victoire en 2012 avec une superbe réforme des retraites ? Là, il n’a plus guère le choix. On ne peut plus sauver « le soldat Woerth » qui agonise au milieu de champ de bataille. Mais çà ne servira à rien. C’est beaucoup trop tard.
En nommant, en plein mois d’août, un nouveau gouvernement, avec Borloo à Matignon (ou pourquoi pas Guéant) et Juppé, Raffarin ou Copé à des postes clés ? Ce serait plaider coupable. Il nous raconterait alors, pour une énième fois, qu’il a « changé ». Personne ne le croirait.

En faisant le dos rond et en attendant que çà se passe ? Mais çà ne se passera pas et on aura alors une véritable crise de régime, avec un gouvernement tétanisé et un chef de l’Etat conspué par les foules descendues dans la rue.

Certains s’amusent à imaginer une dissolution. Elle conduirait évidemment à mener Martine Aubry à Matignon. Et il est vrai que les présidents de cohabitation, Mitterrand en 1988 et Chirac en 2002, ont été réélus. Mais ce n’est qu’une hypothèse d’école…

Ce quinquennat va être interminable.

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