Liliane Bettencourt ne sera donc pas mise sous tutelle. La justice (ou du moins le procureur Courroye) en a décidé ainsi, n’ayant pas reçu les certificats médicaux nécessaires pour une telle décision. Il est heureux –notons-le au passage- que les mises sous tutelles soient strictement encadrées. Trop d’héritiers, surtout de grosses fortunes, ont, paraît-il, tendance à vouloir faire « accélérer les choses ».

Il faut aussi reconnaître que, quand on a vu Liliane Bettencourt, lors des deux interviews qu’elle a accordées à la télévision, on n’a pas eu l’impression que cette dame de 87 ans avait totalement perdu la tête. Cela dit, qu’elle ait tout de même donné un milliard d’euros à ce désormais fameux François-Marie Banier, personnage sulfureux s’il en est, laisse un peu rêveur.

La justice ayant décidé que Liliane Bettencourt n’était pas « gâteuse », sa fille, Françoise Bettencourt-Meyers ne peut plus poursuivre François-Marie Banier pour « abus de faiblesse ». Il n’a pas abusé du grand âge de la vieille dame, il a simplement bénéficié de sa générosité qui est à la hauteur de sa fortune. Quand on possède (au moins) 17 milliards d’euros, on peut parfaitement offrir un milliard à un amuseur.
Du coup, il n’y a plus d’« affaire Banier-Bettencourt », même si l’on peut supposer que l’ambiance familiale ne retrouvera pas toute sa sérénité entre la mère et la fille.

Mais que va-t-il advenir de ce qu’on pourrait appeler les « dommages collatéraux » que cette affaire familiale a provoqués ? « L’affaire Woerth» et même « l’affaire Sarkozy ».

Les écoutes téléphoniques enregistrées, pour le compte de Françoise Bettencourt-Meyers, par le majordome de Liliane Bettencourt, Pascal Bonnefoy, entre la vieille dame et son gestionnaire de fortune, Patrice de Maistre, nous ont révélé que le gestionnaire en question avait embauché Florence Woerth, épouse du ministre du Budget, à la demande de son mari et que, du coup, il se faisait fort d’obtenir certaines facilité du ministre du Budget.
Elles nous ont aussi révélé que Liliane Bettencourt (ou son gestionnaire) pratiquait l’évasion fiscale.

Dans un Etat de droit, la justice ne devrait pas pouvoir se servir de ces écoutes téléphoniques « volées » et devrait se contenter de poursuivre le majordome indélicat et ceux qui, dans l’entourage de Françoise Bettencourt-Meyers, ont diffusé ces enregistrements pour « violation de la vie privée ».
De plus, un rapport de l’Inspection Générale des Finances, contesté et contestable, nous a affirmé qu’Eric Woerth n’avait accordé aucune facilité à Liliane Bettencourt.

Du coup, il n’y a plus d’« affaire Woerth ». D’ailleurs Florence Woerth a démissionné de ses fonctions de gestionnaire de la fortune Bettencourt et Eric Woerth a, lui, poussé le zèle jusqu’à démissionner de ses fonctions de trésorier de l’UMP.

Enfin, les déclarations de Claire Thibout, l’ancienne comptable des Bettencourt qui a affirmé que le couple de milliardaires arrosait copieusement le personnel politique, à commencer par Nicolas Sarkozy et Eric Woerth, sont, elles, sujettes à caution. Claire Thibout a touché beaucoup trop d’argent, et de Liliane Bettencourt et de Françoise Bettencourt-Meyers, pour que ses témoignages soient au dessus de tout soupçon. Elle reconnaît d’ailleurs n’avoir jamais assisté personnellement à la moindre remise d’enveloppe.
Il n’y a donc plus d’« affaire Sarkozy ».
On a fait beaucoup de bruit pour rien…

Voilà, en tous les cas, ce qu’on raconte (et se raconte) aujourd’hui, à l’Elysée, en faisant mine de pousser un grand soupir de soulagement.
Il est très vraisemblable que l’« affaire Banier-Bettencourt », l’« affaire Woerth » et, a fortiori, l’« affaire Sarkozy » vont être maintenant étouffées par la justice et que le juge Courroye aura encore de l’avancement. Seule l’administration fiscale poursuivra, sans doute, Liliane Bettencourt qui pourra alors, juste retour des choses, plaider de sa faiblesse et de son grand âge.

Mais là n’est pas l’important. Ce qui compte, dans une démocratie, c’est l’opinion. Et là, il n’y aura ni non-lieu, ni acquittement, ni amnistie. Et le verdict est déjà épouvantable.

Quoiqu’on puisse désormais leur raconter, les Français ont compris que les ministres étaient « en cheville » avec les grosses fortunes, prêts à camoufler toutes les magouilles et à rendre tous les services, en échange de quelques pourboires et que le financement des partis politiques continuait à être l’occasion de tous les tripotages. Sarkozy leur avait promis une « République exemplaire », elle est nauséabonde.

Dès que l’opinion a appris que Florence Woerth avait été embauchée pour gérer la fortune de Liliane Bettencourt et que les Français ont réalisé qu’Eric Woerth avait cumulé les fonctions de trésorier de l’UMP et de ministre du Budget, Sarkozy aurait, évidemment du le licencier. En se solidarisant totalement avec lui, il confirmait, une fois de plus, l’image détestable qu’il a donnée de lui-même et de son régime depuis le soir même de son élection.

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