La France a, depuis plus de trois mois, un « otage oublié », prisonnier quelque part dans le Sahel : Michel Germaneau, 78 ans, cardiaque, qui travaillait pour une organisation caritative au fin fond du Niger. On peut, naturellement, se demander ce que ce brave homme faisait, à son âge et dans son état physique, dans cette région du monde réputée particulièrement dangereuse. Mais la question n’est plus là.
On a très peu parlé de Germaneau jusqu’au jour où le président de la République lui-même a, lors de sa dernière interview sur France 2, évoqué son sort et les inquiétudes « brûlantes » qu’on pouvait avoir pour lui.
Michel Germaneau a été enlevé en avril dernier par l’AQMI, la branche maghrébine d’Al Qaïda dirigée par un Algérien, un certain Abdelhamdi Abou Zeïd qui opère au sud de l’Algérie, au Niger, au Mali et en Mauritanie.
En juin 2009, Abou Zeïd avait fait exécuter un Britannique, Edwin Dyer, qu’il détenait en otage depuis six mois et pour lequel il exigeait la libération d’un certain nombre de ses amis d’Al Qaïda Maghreb détenus dans plusieurs pays de la région.
Aujourd’hui, Abou Zeïd demande la libération de ces mêmes prisonniers en échange de la vie de Germaneau et de deux otages espagnols dont il s’est emparé. Et il menace d’exécuter Germaneau lundi prochain.
Jeudi dernier, l’armée mauritanienne et l’armée française ont lancé un raid, dans une région totalement désertique du Mali, sur un petit groupe de combattants d’Al Qaïda Maghreb qui, selon certains renseignements, détenait Germaneau. Le raid s’est soldé par la mort de sept hommes d’Al Qaïda Maghreb, mais Germaneau n’était pas là.
Il se trouve que les hasards de ma profession m’ont amené à vivre en première ligne une histoire parfaitement comparable. En 1975, j’étais en reportage au Tibesti à la recherche de Françoise Claustre qui avait été prise en otage un an plus tôt par des rebelles tchadiens dirigés alors par Hissein Habré (futur chef d’Etat éphémère du Tchad). A mon retour à Paris, après plusieurs semaines passées « en compagnie » d’Habré et de ses hommes, j’avais été reçu par « les plus hautes autorités de l’Etat » qui voulaient en savoir plus sur ces rebelles et nos otages, Françoise Claustre, Marc Combe et le commandant Galopin (un négociateur que Paris avait très imprudemment envoyé à Habré et qui avait été fusillé, ce que Paris faisait mine d’ignorer).
Giscard qui était alors président et Pierre Abelin, médiocre ministre de la Coopération chargé du dossier, voulaient lancer un commando (du 1er RPIMa de Bayonne) en plein Tibesti pour libérer Françoise Claustre et Marc Combe. Les militaires leur firent remarquer : 1) qu’il était très difficile de repérer un groupe d’une quinzaine d’hommes, particulièrement mobiles, en plein désert, 2) de jouer sur l’effet de surprise puisque le commando arriverait en hélicoptères, 3) qu’il était évident que, dès le début du combat, les rebelles exécuteraient Françoise Claustre et Marc Combe. Je leur donnais pleinement raison en leur rappelant le paysage du Tibesti, la détermination des rebelles et qu’Habré n’avait pas hésité à faire fusiller Galopin.
Giscard hésita longuement et eut finalement la sagesse d’annuler, au dernier moment, l’opération. (Françoise Claustre fut finalement libérée, de longs mois plus tard, grâce à une négociation avec Kadhafi. Marc Combe avait, lui, réussi à s’évader entre temps).
Jamais, nulle part, aucun commando n’a réussi à libérer un otage perdu dans le désert ou dans la jungle et détenu par des rebelles fanatiques. Ingrid Betancourt a été libérée par la ruse, grâce à une opération particulièrement audacieuse montée par les services secrets colombiens, pas par une opération militaire.
Comment l’Etat-major français a-t-il pu accepter de monter -qui plus est avec des troupes mauritaniennes- une telle opération vouée évidemment à l’échec et qui, si les renseignements recueillis par les Mauritaniens avaient été exacts, ne pouvait se terminer que par la mort de Germaneau ?
Depuis qu’il s’est attribué la libération des infirmières bulgares (libérées grâce à une négociation menée par Bruxelles) et d’Ingrid Betancourt (libérée par les hommes du président colombien) et qu’il a réussi à récupérer les charlots de l’Arche de Zoé et notre petite étudiante de Téhéran, Sarkozy aime à jouer les libérateurs d’otages. C’est son coté Zorro !
Mais quand il y va de la vie d’un homme, il est totalement irresponsable de jouer ainsi les Zorro.

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