Des hordes de romanichels qui cassent tout dans des villages du Loir-et-Cher, département qui n’était pourtant pas réputé pour ses violences, des bandes de voyous qui saccagent un quartier, brûlent des voitures et tirent sur les forces de l’ordre à Grenoble, on ne peut pas dire que, ces jours-ci, la politique sécuritaire de Brice Hortefeux ait été couronnée de succès, en dépit de ses déclarations et ses rodomontades de la semaine dernière. On comprend qu’il ait donné ordre à ses services de ne plus publier le nombre de voitures incendiées chaque week-end. Mais le ministre de l’Intérieur peut difficilement censurer toutes les informations.

Il est incontestable que les violences s’aggravent actuellement considérablement en France et que le gouvernement ne sait pas y faire face.
La crise économique fait, évidemment, basculer dans la délinquance certains de ceux qu’elle frappe. Le chômage augmente et avec lui la précarité, la misère et l’exaspération, alors que la rigueur fait réduire partout les aides sociales qui permettaient de maintenir hors de l’eau les plus fragiles et les subventions aux associations qui encadraient, tant bien que mal, ceux qui étaient déjà à la limite de la légalité.

Des jeunes des banlieues difficiles qui jusqu’à présent ne commettaient que de petits larcins en viennent maintenant à organiser des braquages de banques.
Certains diront que les scandales en cascades qui défraient depuis des semaines l’actualité ne peuvent que « désorienter », le mot est faible, bien des exclus. On parle de milliards, de pots-de-vin, de corruption, de combines. S’imagine-t-on les réactions que peut provoquer le feuilleton Bettencourt-Woerth, chaque soir au journal télévisé, dans les quartiers de non-droit ?

La délinquance est le reflet d’une société et son aggravation soudaine celui d’une société en crise économique et en crise morale. Victor Hugo disait « Ouvrez une école et vous fermerez une prison ». Aujourd’hui, on pourrait ajouter « Ouvrez une usine et vous fermerez une prison », voire : « Jetez en prison les escrocs en col blanc et voitures officielles et vous pourrez parler de morale ».

Cela dit (mais qu’il fallait dire), les incidents du Loir-et-Cher comme ceux de Grenoble ont, les uns et les autres, fait suite à la mort d’un romanichel qui avait forcé un barrage routier et à la mort d’un braqueur de casino poursuivi par les forces de l’ordre. Les enquêtes diront, peut-être, dans quelles circonstances les gendarmes et les policiers ont du ouvrir le feu et s’ils étaient vraiment en état de légitime défense.

Mais la mort de ces deux délinquants pose tout de même une question. Dans son obsession d’« avoir des résultats », de « faire du chiffre », Brice Hortefeux n’aurait-il pas donné ordre aux gendarmes et aux policiers de faire un usage excessif de leurs armes ?
Ce n’est pas la première fois qu’un chauffard brûle un barrage et tente de prendre la fuite, ni que des braqueurs s’en prennent à la caisse d’un casino. Jusqu’à présent cela ne se terminait pas par la mort des fuyards.

En voulant jouer les cow-boys qui tirent à vue, Hortefeux semble ignorer, d’une part, que le trafic de la drogue a permis à de nombreuses bandes de banlieue de s’équiper en armes à feu et, d’autre part, que la fracture entre ces populations en marge et les autorités de la République est telle que des affrontements les plus violents sont à redouter à tout instant.

L’idée de « nettoyer au Karcher les racailles » n’était déjà pas heureuse. Celle de tirer comme au ball-trap sur les loubards pourrait être dangereuse.

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