Quatre personnes viennent d’être mises en garde-à-vue dans l’affaire Bettencourt-Woerth-Sarkozy. François-Marie Banier, Patrice de Maistre et deux comparses dont on n’avait pas entendu parler jusqu’à présent, M° Fabrice Goguel, ancien avocat de Liliane Bettencourt, et Carlos Vejarano, gérant de l’île d’Arros aux Seychelles, île que Liliane Bettencourt aurait oublié de déclarer au fisc et qu’elle aurait par la suite offerte à Banie. La Justice commence à faire son travail. C’est très bien.

François-Marie Banier est accusé par la fille de Liliane Bettencourt d’avoir « abusé de la faiblesse » de la vieille dame et de s’être fait offrir pour un milliard de « petits cadeaux ». Quand on a vu l’héritière de l’Oréal, lors des deux interviewes qu’elle a accordées à la télévision, on se dit qu’elle n’est pas aussi gâteuse que l’affirme aimablement sa fille.

Mais la garde-à-vue de Banier n’a rien de scandaleux. La justice doit éclaircir cette affaire.
Cela dit, il ne semble pas que Banier soit le seul à avoir « abusé » de la… « générosité » de Liliane Bettencourt. La vieille dame a su se montrer très généreuse, aussi, avec beaucoup d’autres de ses relations, comme par exemple et notamment, avec Eric Woerth, pour sa petite association de Chantilly, Valérie Pécresse, pour sa campagne des régionales, ou l’UMP pour les présidentielles. Ces autres bénéficiaires de sa générosité vont-ils être poursuivis, eux aussi, pour « abus de faiblesse » ? La question reste posée.

Patrice de Maistre, lui, était le gestionnaire « en chef » de la fortune de Liliane Bettencourt. Il n’est pas impossible qu’en faisant un peu de zèle pour défendre les intérêts de sa cliente, il ait, sans doute par inadvertance, violé quelques règles établies par l’administration fiscale. Lui, ou certains de ses collaborateurs au sein de sa société Clymène. Voire même « une » de ses collaboratrices, comme, par exemple, Florence Woerth qui, depuis que son mari avait été nommé ministre du Budget, travaillait avec Maistre pour mieux gérer la fortune Bettencourt. Il va sans doute être difficile de retrouver ceux des salariés de Clymène qui allaient le plus souvent en Suisse pour faire évader quelques bribes de la fortune de la vieille dame.

Mais il n’est pas scandaleux que la Justice ait mis Maistre en garde-à-vue, histoire d’éclaircir encore certains points un peu équivoques.
Il faut dire que Patrice de Maistre avait, si ce n’est un alibi, du moins une excuse. Si l’on s’en tient aux enregistrements (volés) qui sont à l’origine de sa mise en garde-à-vue et qui sont très explicites. Il connaissait le ministre du Budget lequel, selon lui, ne pouvait rien lui refuser depuis qu’il avait embauché son épouse.

Ce qui est scandaleux et que l’opinion va sûrement mal comprendre c’est que la Justice mette en garde-à-vue (ce qui est tout de même, quoi qu’en dise, le début de l’infamie) des hommes qui sont soupçonnés, l’un, d’avoir profité de l’amitié que lui portait une vieille dame et, les autres, d’avoir, peut-être, fraudé le fisc alors qu’un ministre soupçonné, lui, d’avoir couvert ces irrégularités et sa femme soupçonnée, elle, d’y avoir participé vont continuer à se pavaner dans les salons dorés de la République.

On a l’impression, mais sûrement à tort, que la Justice de notre pays met les uns en garde-à-vue et se met, elle-même, au garde-à-vous devant le pouvoir. C’est déplaisant.

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